Archives des éditos

Edito de novembre :

Transmettre le patrimoine : la passion et la raison

Les travaux de réfection de la cour de notre hôtel sont achevés. Après la restauration des façades, notre demeure se renforce et s’embellit encore. Nous sommes heureux de nous inscrire dans la lignée des propriétaires responsables qui nous ont précédés jusqu’en 1947, date à laquelle l’hôtel nous a été donné par le docteur Siméon Durand. Celui-ci avait suivi la démarche logique de tout propriétaire de patrimoine historique qui cherche à transmettre un bien auquel il est attaché : trouver un successeur qui aura la capacité de l’entretenir mais, surtout, qui saura le conserver et le transmettre sans le dénaturer. S’agissant de l’hôtel Dumay, on comprendra donc sans peine que la motivation de notre donateur a résidé davantage dans notre implication pour la sauvegarde du patrimoine que dans l’évaluation de nos moyens financiers… Notre passion pour le patrimoine de notre ville nous a poussés à accepter ce don que la raison aurait dû nous conduire à repousser compte tenu de l’état de nos finances.
La passion est au coeur de la sauvegarde du patrimoine mais « pour qu’elle déplace les montagnes », il faut lui instiller quelques doses de raison. La gestion de notre bel hôtel nous y a fatalement conduits. Devenir propriétaire vous engage à user du bien « raisonnablement ». On peut regretter que ce qualificatif ait remplacé en 2014 dans notre droit celui de « en bon père de famille ». Cette formule ancienne supprimée au nom du droit à l’égalité des sexes était pourtant très appropriée au patrimoine. Elle contenait une dimension affective qui est le propre de celle qui existe entre le propriétaire et le bien et qui n’est pas sans rappeler le lien familial entre parents et enfants.
Le coup de coeur qui, en 1947, a débouché sur « l’adoption » de l’hôtel Dumay par les Toulousains de Toulouse, aurait pu se transformer en cauchemar si nous n’étions pas parvenus à raisonner objectivement sur les besoins de l’édifice et si nous n’avions trouvé, au-delà de nos propres adhérents, des partenaires pour nous permettre d’y faire face. Non pas pour notre seul intérêt de propriétaire mais pour préserver et mieux ouvrir au public un bel hôtel renaissance qui concourt à l’attractivité de Toulouse et du midi toulousain.
Passion et raison sont condamnées à faire bon ménage pour transmettre un patrimoine. Les Toulousains de Toulouse continueront à cultiver l’une et l’autre.


Aline Tomasin

Edito d'octobre

Entre mémoire et histoire


On a longtemps mis en avant l’histoire avec un grand H, démarche scientifique qui s’appuie sur des éléments matériels (monuments, documents d’archives, découvertes archéologiques etc.…). On a, en revanche accordé longtemps peu de crédit aux démarches de collecte de la mémoire ferment de la construction de mythes et de légendes, éléments immatériels par excellence.
Ces dernières décennies, certains se sont insurgés contre cette opposition entre mémoire et histoire en considérant que « les deux ont leur place dans la trame narrative du temps »( ). Conjugués, ils permettent d’écrire en effet d’écrire une histoire qui nous concerne, dans laquelle on se reconnait et qui devient le terreau d’une mémoire collective.

Les sujets de ce numéro de l’Auta témoignent de cette volonté d’unir l’histoire et la mémoire.

L’histoire de la « Belle Paule » nous fait entrer dans le monde de la légende. Cette femme réputée d’une grande beauté est d’ailleurs représentée dans la salle des illustres de notre Capitole, panthéon légendaire à la gloire de notre cité. La confrontation de cette belle histoire à la réalité de sources historiques fait apparaître des contradictions. Mais, il y a fort à parier qu’elle n’entamera pas la puissance d’évocation de cette légende si chère aux toulousains !
Pourrait appartenir au domaine du mythe, l’histoire (on pourrait dire « l’affaire ») de la sépulture de Pierre de Fermat dont le lieu est revendiqué par plusieurs territoires mais reste incertain malgré les recherches historiques menées ou mises à profit pour en déterminer l’authenticité.
Cette imprécision prive ceux qui revendiquent son authenticité de l’avantage de compter ce grand mathématicien parmi les siens, mais elle n’entame pas la notoriété de ce grand savant de légende.

Le travail de mémoire permet de restituer aux Toulousains le parcours méconnu de l’un des leurs. C’est le cas de l’histoire de Marc Bernet, militaire de son état et « pionnier méridional du chrysanthème »( ) !
Le travail sur la biographie peut être également mis à profit par les historiens pour brosser un épisode de la vie de notre cité. C’est ce qui nous est proposé au travers de la personne du sénéchal de Toulouse Bernard de Vabres. En replaçant dans son contexte la mission remplie par Bernard de Vabres en sa qualité de sénéchal de Toulouse, l’auteur nous transporte avec méthode, rigueur et pouvoir d’évocation au XVIe siècle dans la complexité et la cruauté des guerres de religion dans notre ville.
Nous sommes, loin des mythes et des légendes, transportés dans la réalité crue de l’histoire envers laquelle nous avons, bien entendu un devoir de mémoire.

Aline TOMASIN


Août-septembre 2017
La querelle des anciens et des modernes

La querelle des anciens et des modernes particulièrement active en France pendant la période classique n’a cessé depuis d’occuper les beaux esprits littéraires. Le débat va s’incarner, à partir d’une fable d’Ésope, autour de deux insectes symboliques ; l’abeille et l’araignée.

L’abeille est une bienfaitrice qui bénéficie d’un capital de sympathie évident. Elle assure la continuité en mettant en œuvre des protocoles acquis qui se réfèrent au passé. Elle sera, pour ces raisons, choisie comme référence par les « anciens » respectueux et gardiens des traditions. L’araignée, de son côté, est une prédatrice solitaire qui tisse sa toile où bon lui semble sans avoir besoin d’autre chose que sa propre substance. Ces caractéristiques la feront classer dans les créatifs et elle sera placée dans le camp des « modernes ».

Le débat entre tradition et modernité a été récemment remis à l’ordre du jour par Marc Fumaroli([i]) dans un essai qui étend la querelle aux enjeux de l’art en général. Il y montre à la fois son actualité et sa relativité dans un monde qui témoigne d’une « euphorie de progrès » souvent préjudiciable au maintien des repères et des valeurs de notre société.

C’est bien cela que mettent en avant les articles de ce numéro à partir des différents sujets abordés. L’évocation talentueuse de notre patrimoine culturel intervient tout d’abord au travers de deux articles : l’un consacré à la place de la Trinité le deuxième aux cinémas. Ils nous apportent des repères riches et évocateurs d’un univers intellectuel familier qui a façonné nos repères. Cela est fait sans fausse nostalgie et sans éluder, s’agissant du patrimoine bâti, la question de l’évolution de la ville et des transgressions qui les accompagnent parfois. L’article intitulé  « Quand Toulouse se joue des tours » répond à  « l’euphorie de progrès » dénoncée par Marc Fumaroli. L’auteur y décrit avec distance et humour les soubresauts de l’évolution de notre ville partagée entre le camp des anciens et celui de modernes (dont les architectes font partie…).

L’histoire de notre ville ne pourrait se passer des personnalités qui ont « fait » Toulouse ou l’ont mise à l’honneur dans leur parcours de vie ou ont porté sur la ville le regard du visiteur. Présentes dans cette revue au titre du monde des arts des sciences ou de la politique, chacune est un maillon indispensable de notre mémoire collective et de la richesse de notre patrimoine culturel.

Ces sujets « mémoriaux » nécessaires à la construction de notre identité relèvent ils du monde des anciens ou de celui des modernes ou aux deux à la fois ?

Existe-t-il, pour trancher ce débat un compromis acceptable ?

Aline Tomasin

 

 


[i] Historien, essayiste et académicien français auteur d’un essai intitulé « les abeilles et les araignées »en préface à l’ouvrage collectif : La querelle des anciens et des modernes Gallimard 2001  ISBN : 9782070387526

Edito d'avril 2017

Cher lecteur,

Depuis 2009 nous essayons de conserver dans L’Auta du mois d’avril le caractère amusant et l’esprit primesautier et blagueur qui faisait autrefois la joie des plaisantins de tout âge. Il s’ensuit la publication de textes originaux et humoristiques sinon décalés par rapport au sérieux qui accompagne, généralement, nos articles…
Cette année nous n’avons malheureusement pas réussi à découvrir un dessin original de poisson d’avril, digne de figurer sur notre couverture. Nous l’avons remplacé par ce patchwork réalisé à partir d’œuvres de Jean Metteix (voir article page 156), et centré sur un gros détail d’une aquarelle originale (p. 158) qui exalte la résistance de l’armée Française et la victoire de la Marne. Le dinosaure avec un casque à pointe représente probablement l’empereur Guillaume. Il est accompagné d’une petite tortue en uniforme, Helmuth Comte von Moltke ? Chef d'état-major de l'armée allemande, il fut relevé de ses fonctions après la bataille de la Marne. Derrière eux on aperçoit un gros canon, la grosse Bertha. Les deux font face à un général français (Joffre) qui les asperge avec un clystère sur lequel est inscrit La Marne. Cette allégorie intitulée : Petite pluie abat grand vent, réalisée en 1917, montre l’adhésion du dessinateur humoriste à l’élan patriotique de l’époque. Tout autour figurent d’autres productions du même dessinateur avec une affiche pour l’arrache-clous Cavalade, une publicité pour L’association sportive L’Escagarol, le grand bal de la fête de charité étudiante, le bal de l’union des femmes commerçantes et industrielles de Toulouse et sa région, une carte postale patriotique « j’ai un petit frère sous les drapeaux », un détail de l’affiche de l’exposition rétrospective du bi-centenaire du théâtre du Capitole.
Ce numéro vous fera également découvrir un autre grand dessinateur, Antoine de Caunes et c’est pour nous l’occasion de remercier très vivement l’un de ses descendants : Laurent de Caunes dont la précieuse collection nous a permis d’enrichir ce numéro (informations et images).
Nous espérons que la lecture de ce numéro vous fera oublier les soucis quotidiens !

Jacques Frexinos

Edito de mars 2017
Dix ans de présidence…

Il y a dix ans, le 10 mars 2007, conformément à une décision prise longtemps à l’avance, Lucien Remplon quittait la présidence de notre société. Il évoquait alors, trop modestement, tout le travail accompli depuis 1998. Il avait en effet sorti les Toulousains de Toulouse d’une dangereuse léthargie, puis célébré avec éclat notre double centenaire, celui de la société en 2004 et celui de la naissance de l’Auta en 2006. Il reconnaissait laisser à ses successeurs une « sorte de feuille de route » incontournable !
Je nous vois déambuler tous deux dans les salles désertes du premier étage de l’hôtel Dumay, déprimés par la vision des innombrables lézardes parcourant les murs, par la misère des planchers et par les teintes défraîchies des peintures, bref par la vétusté générale d’un musée quasi « abandonné » ! Victime d’une sérieuse attaque de vrillettes, il était en effet fermé au public depuis le mois d’octobre 2005. Nous cherchions désespérément des moyens financiers pour entreprendre les travaux les plus urgents. C’est dans ces conditions difficiles mais stimulantes que le conseil d’administration( ), à l’unanimité, me désignait pour prendre la présidence.
Les lignes qui suivent ne sont que le résumé schématique d’une série d’aventures dignes d’un roman picaresque où les héros, les pieds dans la glaise et la tête dans les étoiles rêvent d’un avenir meilleur…   

Les interminables travaux et avatars de l’hôtel Dumay !

La lutte contre l’infestation par les vrillettes nécessita dans un premier temps le déménagement dans la salle Pierre-de-Gorsse de centaines d’œuvres provenant du musée et des réserves afin de les traiter par anoxie dans des bulles pendant plusieurs semaines. La première fonctionna dès la mi-octobre 2007 et la seconde à partir de la mi-mars 2008. Ensuite l’escalier et les charpentes furent désinsectisés chimiquement.
Quelques mois après commença la restauration de quatre salles, Gabriel Gay, Rozes de Brousse, Henri Rouzaud et Félix Mathieu. Ce fut un grand chantier de plâtreries, de peintures et de réfection des murs, des sols et des plafonds. Tous ces travaux furent réalisés grâce au soutien financier de la Ville de Toulouse, du Conseil général de la Haute Garonne, du Conseil régional de Midi-Pyrénées, de la Direction régionale des affaires culturelles et aussi grâce également au généreux mécénat des laboratoires Pierre Fabre.
Le musée était enfin rouvert le 1er juillet 2008 à notre plus grande satisfaction et avec un grand soupir de soulagement. Mais c’était oublier que l’hôtel Dumay est l’exemple moderne du mythe de Sisyphe ! Au cours du mois de septembre 2009, en pleine visite, lors des journées du patrimoine, l’affaissement de la cloison mitoyenne entre les salles Félix Mathieu et Henri Puget, provoquait une impressionnante fissure décollant le haut du mur du plafond. Les experts expliquèrent calmement que la poutre posée en 2002 au dessus de la salle Pierre-de-Gorsse avait légèrement bougé ! Une nouvelle fermeture du musée et de nouveaux travaux, heureusement réalisés en période hivernale 2009-2010 étaient nécessaire. En fin de compte cela nous amena à refaire les salles Félix Mathieu et Henri Puget et à redistribuer certaines collections.  
Au début de l’année 2012, le conseil d’administration, motivé par les superbes résultats obtenus, décidait de rénover complètement des deux dernières salles, celle des ATP (Arts et traditions populaires) dont l’ancienneté détonnait manifestement avec les rénovations récentes. Ainsi en cinq ans tout l’intérieur du musée fut refait et l’abord d’un nouveau projet scientifique commença à être discuté. Mais l’extérieur du bâti restait largement à parfaire !  
Au printemps 2012, nous entreprîmes donc des travaux d’étanchéité et de réparation sur la terrasse et les toits adjacents. Puis au cours de l’été 2012, dans un nuage de poussière rose, après la pose de vertigineux échafaudages, débutait le grand chantier de la façade « sud » sur cour avec un retour sur la façade « est ». Il fallut d’abord enlever les énormes bourrages de ciment qui obturaient depuis des décennies les pertes de briques puis combler tous ces vides par de nouvelles briques mais « anciennes » ! Le résultat était superbe, la cour devenait splendide…
Après une année de repos bien mérité, nous reprenions en 2014 la suite des restaurations au niveau du porche d’entrée et de la calade adjacente puis de l’échauguette sud (toit et la pierre de faîtage). Nous terminâmes par le mur mitoyen « est », sujet de récriminations très anciennes de nos voisins car des plaques de ciment tombaient régulièrement dans leur cour…
Tout se déroulait selon nos prévisions quand arriva soudain un événement surprenant. Une mousse grisâtre poussait dans nos réserves où l’hygrométrie dépassait effectivement les 80 %. Il avait certes beaucoup plu… mais à la place d’appétissants champignons de Paris, des penicilliums et des eurotiums fleurissaient sur les toiles et les cadres en bois. Un nouveau grand combat fut engagé avec une aération quotidienne et la mise en action de gros déshumidificateurs qu’il fallait vider tous les jours. De mémoire de Toulousains de Toulouse  le phénomène n’avait jamais été constaté ! Le stockage au rez-de-chaussée des objets contaminés et leur traitement par de l’éconacide d’azote devinrent indispensables privant pendant plusieurs mois nos sociétaires du secrétariat d’accueil tandis que des restaurations coûteuses étaient programmées pour certaines toiles et papiers. Quelques temps après les étagères en aggloméré des réserves durent être remplacées  par des supports métalliques. Une consolation, notre cour faisait l’admiration de tous nos visiteurs..., mais en comparaison la façade sur la rue Du May paraissait maintenant de plus en plus lépreuse !
Il fallait donc la rénover, ce qui fut fait au cours de nouveaux travaux de 2015 à 2016.  Une grande fête pour l’inauguration se tint le 13 avril 2016 en présence des autorités municipales et des représentants de la Fondation du Patrimoine et de la délégation Midi-Pyrénées et de notre mécène, la Fondation Total. Cette importante tranche de restauration fut également rendue possible grâce à une subvention de la Ville et à la participation essentielle de la DRAC. Enfin ! Avions-nous envie de dire…
Tous ces travaux réalisés entre 2012 et 2017 ont été conduits par Bernard Voinchet, architecte des monuments historiques et supervisés par Aline Tomasin, notre vice-présidente qui a assuré de A à Z toute la gestion de ce dossier capital, depuis les demandes d’autorisation jusqu’à la réception des travaux sans oublier la gestion financière et la recherche de subventions. Sans elle et sans l’aide des partenaires qu’elle a rassemblés autour de ce projet rien n’aurait pu être fait.   

Notre musée et nos expositions temporaires

Aujourd’hui le Musée du Vieux-Toulouse (MVT) possède l’écrin précieux qu’il mérite et tout sera parfait quand la cour sera refaite et les travaux sont déjà lancés ! Mme Martine Martinel( ), sur son fonds parlementaire, nous a accordé une subvention importante pour créer un chemin accessible aux personnes à mobilité réduite.
Notre hôtel « Renaissance tardive » est devenu un des plus charmants du centre-ville, et représente une visite appréciée dans les périples urbains, organisés par l’Office du Tourisme. Plus de 6 000 visiteurs se pressent chaque année, entre mai et octobre dans le musée du Vieux Toulouse( ) (MVT). Notre livre d’Or est le témoin irréfutable de leur satisfaction et de leur enthousiasme car, à côté de nos richesses muséales, ils apprécient également l’accueil à la fois chaleureux et savant assuré par nos bénévoles. Grâce à eux( ) le MVT est devenu le musée d’histoire et de charme de la Ville de Toulouse avec des visites guidées( ) passionnantes et très appréciées par nos visiteurs.
Au cours de ces dix ans, le MVT s’est enrichi de plusieurs acquisitions, dons et achats, ces derniers pouvant sembler trop peu nombreux car limités par notre budget. Il faut reconnaître qu’au cours de cette dernière décennie, notre politique a d’abord porté sur les travaux de sécurisation et de restauration du bâtiment.  
En 2012, pour la première fois depuis longtemps, a eu lieu une exposition temporaire estivale dont le thème était centré sur : Fêtes et divertissements à Toulouse 1850-1950, à partir de nos collections dans les archives réorganisées par Pierre Nouilhan. Le succès étant au rendez-vous nous avons poursuivi l’expérience. En 2013 le choix se porta sur le Commandeur, Marius Cazeneuve et en 2014 c’était La  bataille de Toulouse. 10 avril 1814. L’année 2015 vit s’exposer nos Trésors cachés, avec comme sous- titre Le musée du Vieux Toulouse se dévoile. Cette année 2016 a été consacrée aux Images de Toulouse au XXe siècle. Toutes ces expositions ont pu être réalisées grâce à des équipes de bénévoles volontaires et dynamiques, aidés par Amandine de Pérignon et Jérôme Kerambloch nos deux assistants de conservation du musée. Elles ont été accompagnées pour la majorité d’entre elles par l’édition d’un numéro spécial de L’Auta afin de garder ainsi en mémoire ces éphémères mais si intéressants moments culturels et artistiques.  

Notre bel étendard : l’Auta

Rédacteur en chef de l’Auta, le plus vieux mensuel toulousain, je suis fier de présenter en cette fin de mandat, un bilan très positif,  régulièrement conforté par les très nombreuses félicitations reçues à notre secrétariat. Notre petit « bulletin paroissial » de quatre pages au début, a bien progressé depuis 1906... Il remplit avec succès sa triple mission symbolisée par sa devise actuelle, proposée par Georges Soubeille : Histoire, Arts et Lettres en Midi toulousain !  Le remarquable travail d’Amandine de Pérignon( ), assistante de rédaction depuis 2011, et de Jérôme Kerambloch, est pour beaucoup dans cette belle réussite.
Les articles, demandés ou spontanément proposés, mais tous contrôlés par le comité de rédaction ou par des lecteurs indépendants,  abondent. Ce qui entraîne parfois, un long délai de parution malgré l’augmentation récente du nombre de pages passant de 40 à 44.
Avec la 5e série débutant en janvier 2009, L’Auta a changé radicalement d’allure, tandis qu’un numéro spécial musée était édité au cours de l’été 2010 pour proposer à nos visiteurs un petit guide des œuvres exposées par le MVT.
Une des premiers changements, sur une idée de Pierre Nouilhan, fut l’augmentation de la taille du mensuel. Il ne s’agissait que de deux petits centimètres (15 x 21 au lieu de 15 x 19 !) mais ce changement  bouleversa fortement quelques anciens administrateurs. Il fallut expliquer l’intérêt de cette opération destinée à gagner des lignes supplémentaires !  Ce fut également la modification de la UNE, avec une couverture « imagée », destinée à mettre le plus  possible en valeur les œuvres  de notre musée ou des autres musées toulousains. L’utilisation des illustrations en couleurs a également enrichi la qualité iconographique de nos numéros.  
La deuxième révolution, moins visible, fut encore plus utile. Sous l’impulsion de notre très regrettée bibliothécaire Marianne Miguet, accompagnée d’Anne-Marie Félix, d’Odette Molinier et de Georges Brielle, un travail extraordinaire fut réalisé dès 2009 pour constituer une « table des matières » exhaustive de tous les articles parus de 1906 à nos jours ! Cette immense compilation pendant plus de deux ans fut ensuite valorisée au centuple par sa mise en ligne dès octobre 2012 sur Internet avec la création du site des Toulousains de Toulouse, régulièrement tenu à jour par Amandine de Pérignon.  
Enfin, toujours grâce à Marianne Miguet et à toute son « équipe » vint le troisième temps, celui de la numérisation. Il fallut d’abord  produire des centaines de demandes d’autorisation, magistralement gérées par Amandine de Pérignon qui se chargea également avec quelques aides de rédiger les centaines de « fiches d’état » pour l’envoi à la Bibliothèque Nationale de France via la Bibliothèque Municipale de Toulouse. La BNF nous apporta son concours entièrement à titre gracieux pour numériser les quatre premières séries allant de 1906 à 2008. L’Auta, véritable « monument historico-littéraire » de Toulouse, devenait enfin complètement « visitable » en juillet 2015. Plus d’un millier d’articles sont aujourd’hui facilement disponibles sur notre site et sur le site Gallica de la BNF ! C’est là le plus beau « cadeau » que Marianne Miguet nous ait laissé en souvenir de son trop court passage aux TDT.

Des activités diverses, anciennes et nouvelles

Parmi toutes nos activités, à côté des trois prix distribués tous les ans lors de assemblées générales (médaille du Vieux-Toulouse,  prix Sydney Forado et prix des Toulousains de Toulouse) et dont les montants ont été revalorisés, il en est deux, parmi les plus anciennes, remontant au tout début de la création de notre société, qui mériteraient le surnom d’Alma Mater. Nos deux mères nourricières en quelque sorte : les visites mensuelles dans Toulouse et la sortie annuelle.
Les visites ont été longtemps dirigées par Alain Le Pestipon auquel à partir de 2013 a succédé Odette Molinier. Tous deux ont remarquablement assumé cette importante charge mensuelle, nécessitant à la fois de l’imagination, des repérages et souvent des autorisations afin de satisfaire la curiosité de nos sociétaires. Ceux-ci découvrent parfois des lieux très secrets habituellement inaccessibles au grand public mais parfois aussi redécouvrent avec surprise des sites qu’ils croyaient déjà bien connaître !  
L’excursion annuelle, le grand « pèlerinage », est régulièrement suivi par au moins une centaine de fidèles. Il a été, au cours de toutes ces années, magistralement administré par Josette Bélaval avec l’aide de plusieurs administrateurs selon les thèmes et les sorties. Le trio château, église, musée reste la base fondamentale du menu touristique mais il faut savoir que pour les organisateurs la difficulté majeure est de trouver à proximité la bonne table capable d’accueillir une centaine d’affamés ! Voici un rappel des destinations visitées.
2007 : Narbonne romaine et médiévale, cathédrale Saint-Just, etc.
2008 : En Couserans. Saint-Lizier. La cathédrale et ses fresques. La pharmacie de l’Hôtel-Dieu.
2009 : Abbaye cistercienne de Boulaur, Château de Caumont, Gimont, musée campanaire de l’Isle-Jourdain.
2010 : Le pays de Pierre de Fermat sous l’égide de l’association La Lomagne. Mémoire pour demain.
2011 : Abbaye de Loc Dieu, bastide royale de Villefranche -de-Rouergue, collégiale, grand- place, chartreuse Saint-Sauveur.
2012 : Château de Laréole et abbaye de Belleperche.
2013 : Bastide royale de Revel, musée du Canal du Midi, abbaye-école  et cité de Sorèze.
2014 : Auch, la cathédrale Sainte-Marie, l’ancien palais épiscopal devenu préfecture.
2015 : Abbaye de Saint-Hilaire, le Vieux Limoux, le  musée Petiet, Notre-Dame de Marceille.
2016 : Notre-Dame de la Drèche, Hôtel de Ville d’Albi, salle des Etats albigeois, Cathédrale, cloître Saint-Salvi.

A côté de ces « grands classiques », à la fin de l’année 2008, nous avons lancé un cycle de conférences mensuelles sous le titre les Lundis de l’hôtel Dumay, la première ayant eu lieu le lundi 15 décembre 2008. La série, dirigée d’abord par J.-P. Suzzoni jusqu’en 2015 puis actuellement par Odette Molinier, rencontre grâce à leurs efforts et à la qualité des conférenciers un succès largement mérité, parfois débordé par l’afflux des auditeurs dans la salle Pierre-de-Gorsse.

L’association pense aussi aux très jeunes petits toulousains en leur racontant l’histoire de leur ville. Depuis 2014, Amandine de Pérignon avec l’aide de Jérôme Kerambloch a imaginé et réalisé quatre parcours : Les monuments de Toulouse - Découvre Toulouse en 1900 - Au fil de la Garonne - Le canal du Midi. Ces activités se déroulent dans le cadre du dispositif mis en place par la Ville de Toulouse et intitulé : les Passeports pour l’Art. Le MVT accueille ainsi une centaine de jeunes que nous espérons revoir un jour dans les rangs des TDT !

Bien entendu notre société  apporte chaque année sa participation à la Nuit des Musées et aux incontournables Journées du Patrimoine. La cour retentit à ces occasions de la Toulousaine et d’autres chants régionaux avec la très appréciée participation de plusieurs chorales dont SuperSonic, la Villanelle, Lou Cantarels, La Garonnette…
Nous avons également participé à la Commission d’orientation pour la candidature de la Ville au projet UNESCO. Plus traditionnellement notre société est aussi représentée à la commission du nom des voies.  
Les inaugurations de nos expositions temporaires sont suivies généralement d’une « garden party », manifestations très suivies et très réussies. Le pli est désormais pris et ces nouvelles traditions festives s’installent dans la cour de l’hôtel Dumay.  

Avec ma très vive reconnaissance !

Ces instants joyeux, même éphémères, compensent largement les soucis récurrents qui ont accompagné cette présidence pendant dix ans. Il a fallu souvent redescendre des « étoiles ». Mais devant les résultats obtenus, j’ai envie de dire : ça en valait vraiment la peine !
C’est une grande et belle  « équipe » qui m’a suivi, soutenu et aidé, à la fois avec sympathie, efficacité et compétence. Je l’en remercie très vivement et tout particulièrement Françoise Peyré, secrétaire général remarquable depuis octobre 2015, notre vice-présidente Aline Tomasin, nos deux précieux conseillers-trésoriers Josette Bélaval et Jacques Barré  et nos deux indispensables « piliers », Amandine de Pérignon et Jérôme Kerambloch qui soutiennent à la fois le MVT et notre association.
Toute ma profonde reconnaissance va également aux collectivités locales et à tous nos adhérents qui en ces temps  difficiles, nous ont toujours apporté leur aide et leur soutien financier, indispensable au bon fonctionnement de l’association( ).
Edito de mars  2017En 2007 nous étions 1423 adhérents, aujourd’hui nous sommes plus de 1500. Les années passent, notre démographie inexorablement évolue, les nouvelles adhésions compensent heureusement les inévitables disparitions. Les Toulousains de Toulouse ont maintenant 115 ans et sont toujours là, plus nombreux que jamais. Sans leur fidélité et leur générosité l’association aurait périclité depuis longtemps.

En épilogue : un évènement « historique »

Le 10 janvier 2017, le conseil d’administration a élu à la présidence de notre association Aline Tomasin, ancienne conservatrice régionale des monuments historique, ancienne directrice de la culture à la région Midi-Pyrénées, vice-présidente des Toulousains de Toulouse depuis cinq ans. Elle prendra ses nouvelles fonctions lors de notre assemblée générale du 4 mars. Je la remercie très vivement d’avoir accepté d’assurer cette charge et me réjouis très vivement de ce succès, très mérité en raison de ses grandes capacités personnelles qui en faisaient la candidate parfaite ! Cette élection peut être qualifiée « d’historique » car c’est la première fois depuis 1904, qu’une femme accède à cette présidence( ).
Longue vie aux TDT et que notre étendard, aux couleurs de l’Histoire, de l’Art et de la Littérature en Midi toulousain, continue à flotter bien haut sur notre hôtel Dumay, sur le MVT et sur l’Auta !

Jacques Frexinos

Edito de février 2017

Pour la propreté de Toulouse : des pourceaux et des chèvres ?

Cette question mérite d’être posée devant la saleté de nombreuses rues de « l’hyper centre » et d’ailleurs ! Détritus divers, restes de nourriture, mégots, cartons, déjections variées, etc., forment quotidiennement une insalubre décoration urbaine, enlevée journellement et réapparaissant systématiquement le lendemain ou au mieux au cours des jours suivants.
Pour lutter écologiquement contre ce désordre, des esprits conservateurs mais éclairés (certains vont dire réactionnaires) ont récemment proposé la constitution d’un troupeau municipal de pourceaux et de chèvres. Reprenant une tradition médiévale, ces animaux auraient pour mission de nettoyer les rues du Vieux Toulouse. Ils pourraient être gardés, suggestion audacieuse, par ces dizaines de « bergers sans troupeaux » qui, affalés avec leurs nombreux chiens dans les rues capitolines, attendent une « impossible » transhumance…

Depuis sa création, L’Auta publie régulièrement des éditoriaux signalant la malpropreté de la ville. Les Toulousains de Toulouse ont mené au début du XXe siècle une campagne victorieuse contre l’affichage sauvage qui couvrait les murs de multiples annonces publicitaires transformant les monuments publics en hideuses enseignes. Cette victoire n’a hélas pas suffi à améliorer complètement la propreté de la ville. C’était certes un excellent début mais la poursuite de ce combat n’arriva pas à vaincre la malpropreté suis generis des Toulousains…
Lucien Remplon a rappelé récemment tous les efforts et tentatives effectués depuis des siècles pour rendre Toulouse plus propre. L’histoire commence avec les égouts romains, puis les corvées médiévales et se poursuit avec les ébelotières et les bedoucettes du début du XXe siècle. Le ramassage des déchets et ordures a été ensuite amélioré par des moyens modernes, la traction hippomobile étant remplacée par le moteur à essence puis électrique. Des collectes spécifiques et supplémentaires sont aujourd’hui effectuées pour les commerces urbains. Mais la facilité des habitudes et les vessies impatientes sont toujours là et les besoins pressants se soulagent où ils peuvent (ou veulent) malgré l’existence de vespasiennes transformées en sanisettes gratuites.  

Toutes les municipalités se sont efforcées avec beaucoup de volonté et de patience d’améliorer la propreté de la ville, avec hélas des résultats très relatifs. Toulouse reste une ville « sale », relevant  toujours du dicton qui lui été appliqué au XVIIIe siècle : « Toulouse sale, sainte et savante ». Si la sainteté a peut être diminué, la science, représentée autrefois par nos académies et aujourd’hui par nos universités et instituts, est heureusement toujours présente, hélas associée à une saleté également persistante.
Les touristes la voient, les toulousains la connaissent et s’en plaignent, surtout quand ils reviennent d’un séjour à « l’étranger » et pas seulement des pays « nordiques ».

Un fait est certain : le toulousain est sale ! Il crache dans la rue, jette ses mégots par terre, se débarrasse n’importe où des restes de ses sandwichs, des imprimés ou des papiers publicitaires. Par « toulousains » nous désignons non seulement les habitants permanents (bien sûr ni vous, ni moi…, mais les autres !) mais aussi toutes les personnes qui « vivent » dans les rues de Toulouse et qu’il serait bien injuste de ne pas inclure dans cette opprobre. La situation actuelle de la société en est-elle une explication suffisante ? Il semblerait que « notre » saleté, un moment contenue soit actuellement plus que jamais revigorée et même encouragée. Ainsi en témoigne la découverte récente par un de nos administrateurs d’un graffiti au niveau du quartier du Salin. « Votre ville propre est une ville morte ». Cette phrase mérite une réflexion approfondie ! Qui l’a écrite ? Probablement un non toulousain car l’imprécateur a clairement désigné « votre ville ». Pourquoi associe-t-il la mort à la propreté ? Les ordures citadines témoigneraient-elles d’une force vitale essentielle ? Le squelette à la « Gamelin », placé en signature, confirme cette menace de risque mortel lié à la propreté. Poésie ou anarchie ? Cette déclaration, qui glorifie l’encouragement et le développement d’une révolte ordurière, rappelle des slogans de mai 1968. On pouvait lire alors sur le beau mur de briques de la bibliothèque  universitaire, rue du Taur, ce tag : Ville propre = ville muselée.

Malgré la résurgence de certaines idées bien tristes, résistons à la dépression réactionnelle. Comme proclamaient d’autres slogans tout aussi révolutionnaires : Continuons le combat ! Nous faudra-t-il mettre en pratique cette lumineuse idée écologico-médiévale : utiliser des pourceaux et des chèvres ?  Avant d’appliquer cette méthode extrême imaginons la réaction du comité de sélection de l’UNESCO ! Dans l’immédiat, commençons par balayer devant nos portes et encourageons tous nos concitoyens à faire un effort supplémentaire. Toulouse mérite une grande campagne publicitaire dédiée à la propreté de la ville avec ce nouveau slogan : Toulouse la belle, vivante et propre !

JACQUES FREXINOS

Edito de janvier 2017

Où Candide découvrit les affres de l’embarras du choix


En cette période de fêtes, Candide voulut reprendre une de ses bonnes vieilles habitudes qui marquaient le changement des saisons et les grandes fêtes carillonnées devenues également républicaines. Ainsi en était-il des purges salutaires, des saignées bienfaisantes et des bains purificateurs associés à quelques très nécessaires soins capillaires.

Pour les purges notre jeune homme réussit à trouver un vieil apothicaire qui conservait la casse et le séné, à l’état desséché dans de précieux pots hérités d’un arrière grand-père qui avait connu l’orviétan et de la thériaque. Il les vendait à de plus en plus rares clients qui dédaignaient les laxatifs chimiques modernes, pourtant si pratiques et si anodins…
La saignée fut plus difficile à réaliser car aucun barbier ne voulut pratiquer un acte si dévalué dans cette indication purificatrice. Le miracle arriva quand, passant sur la place du Capitole, Candide vit la baraque roulante d’une société collectant du sang pour le plus grand bénéfice des anémiques. En une bonne demi-heure la messe était dite, le sang recueilli et stocké et un réconfort alimentaire savoureux fut même offert au généreux donateur.  
Restaient les soins corporels. A défaut d’une impossible baignade hivernale dans la Garonne, Candide se résolut à fréquenter un des rares établissements de bains publics dont le confort était largement supérieur à celui des berges de La Grave. Mais pour nettoyer son abondante tignasse un savon spécial était indispensable. Candide pénétra alors dans un de ces gigantesques magasins aux multiples échoppes intérieures auprès duquel le marché de Samarkand devait faire figure de vide grenier. Il y découvrit un espace de beauté, véritable temple à multiples chapelles dont une était exclusivement dédiée aux soins capillaires. Le savon s’appelait ici shampoing et était présenté sous diverses marques dans des flacons aux couleurs flamboyantes.
Devant l’immensité vertigineuse du choix, notre jeune homme fut pris d’une profonde angoisse et essaya de rationnaliser sa sélection( ) en fonction des conseils écrits sur les contenants. Il élimina rapidement certains shampoings aux extraits essentiels d’olivier destinés à lutter contre le vieillissement capillaire et à régénérer « les cheveux affaiblis », à « redensifier » (sic) en profondeur la fibre et à assouplir la chevelure… Un autre produit, au dattier du désert (sic) attira davantage Candide qui regretta de ne point connaître le nom du site producteur, tandis qu’un troisième à la pulpe de cédrat était spécialement destiné aux usages fréquents pour cheveux normaux. Cette notion de fréquence parut rédhibitoire à l’intéressé. Toutefois, il nota qu’en cas de cheveux normaux « regraissant vite » (sic) un produit aux extraits d’ortie et de citron était fortement conseillé. Par contre pour les cuirs chevelus irrités, et Candide éprouvait parfois quelques démangeaisons, le shampoing « apaisant aux extraits de pivoine de Chine » pouvait être utile. Le jeune homme admira le perfectionnisme des fabricants qui envoyaient leurs employés cueillir les pivoines dans l’Empire du Milieu pour apporter à leurs clients un bien-être maximum.
Tout au long des présentoirs, Candide allait de surprise en surprise, découvrant des produits dont les compositions évoquaient tout autant des recettes gastronomiques que des mélanges saponacés pour nettoyer corps et cheveux. Candide retint l’existence de shampoings aux œufs, délaissa les « ultra doux  pour cheveux blonds » ou ceux à la camomille et miel de fleurs, ainsi que ceux « aux trois huiles » (olive, karité, avocat) destiné à nourrir, réparer et fortifier « en pénétrant chaque couche du cheveu pour le soigner de l’intérieur » !
Il s’arrêta longuement devant les antipelliculaires, tantôt « sensitifs » (sic) à base de zinc pyrithione, d’acide acétylsalicylique, et d’extrait de saule d’origine naturelle, tantôt « forces ultimes » (sic) pour cheveux affaiblis redonnant force et éclat de la racine à la pointe. Il rêva quelques minutes d’un voyage au Moyen-Orient, devant un produit « deux en un » composé d’huile d’amande, de savon d’Alep, d’aloé vera et de sel de la Mer morte, avec « un pH neutre respectant l’intégrité du cuir chevelu », tandis que la formule avec de la caféine était recommandée spécifiquement pour les cheveux clairsemés.

Candide stupéfait par ces affirmations supposa qu’elles reposaient sur des milliers d’heures de recherches effectuées par des centaines de savants capilliculteurs. Il les imagina cultivant des brins de cheveux sur des crânes synthétiques, recouverts d’une peau artificielle qu’ils arrosaient successivement d’huile de jojoba ou d’avocat, d’acide lactique, d’extrait de grenade ou de concombre, de camomille, de beurre de cacao ou de karité, d’huile de coco etc. Quelle science et quelle conscience ! Toutefois quelques questions le tourmentaient.  
Comment ces chercheurs passionnés avaient-ils pu démontrer qu’un mélange de moelle de bambou, de protéines de blé, d’huile de macadamia et d’aloé vera était le remède idéal pour hydrater les cheveux secs ?
Par quelle géniale démonstration concluaient-ils que le shampoing au ginseng et à la biotine  devait être réservé aux seuls « cheveux masculins, fermes et volumineux " ? N’était-ce pas là faire preuve de véritable misogynie ?
Quel génie avait inventé un produit Ultra Doux pour enfant à base d’abricot et de fleur de coton (venait-il de Louisane ?) puis l’avait  testé sous contrôle pédiatrique et ophtalmologique afin de démontrer qu’il « ne piquait pas les yeux et éliminait les nœuds » ? Avaient vraiment compté les nœuds avant et après ?
Bien sûr, ces produits, étaient conçus pour le « respect et la douceur  du cheveu », tous étant garantis sans paraben, silicone et colorants, substances éminemment nocives, principe de précaution oblige !

Si les informations écrites sur les flacons étaient réellement utiles, il fallait avoir des yeux de lynx ou une très bonne loupe pour les déchiffrer ! Candide, dont la vue était encore excellente, n’arrivait cependant pas à se décider et allait se résigner à prendre conseil auprès de Pangloss quand une charmante vendeuse le voyant dans l’embarras lui proposa son aide. Elle contempla rapidement la tignasse du jeune homme et s’approchant de son oreille lui dit en confidence : Pour vous, ils sont tous pareils ou presque, prenez le moins cher !    
Candide très satisfait par ce déroutant conseil qui anéantissait l’heure de profondes réflexions passées à à cet achat, remercia vivement la pragmatique vendeuse. Il choisit un shampoing aux œufs, d’abord parce qu’il adorait les omelettes et ensuite parce que la couleur jaune du produit et surtout son prix modique lui plaisaient énormément. Cela fait, il pensa qu’il devait y avoir quelques abus dans les indications des fabricants mais il se consola avec l’adage « Abondance de biens ne nuit pas » et  conclut que « Tout était encore pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ».

JACQUES FREXINOS

Edito de décembre

Toulouse, ville « pionnière » de la photographie !

Le 19 août 1839, à Paris, le savant François Arago (1786-1853) présentait devant l’Académie des Sciences la découverte de Louis Jacques Mandé Daguerre (1787-1851) comme étant « l’une des plus extraordinaires inventions depuis le commencement du siècle » ! Ce dernier, après la mort en 1829 de son associé, Joseph Nicéphore Niepce, avait poursuivi ses travaux, faisant progresser la technique en utilisant une plaque de cuivre recouverte d’une couche d’argent, les vapeurs d’iode étant l’agent sensibilisateur. Le daguerréotype était né !

Moins de quatre semaines plus tard, à Toulouse, le dimanche 15 septembre 1839, Antoine Bianchi fils, ingénieur-opticien au 73 rue de la Pomme, effectuait les premiers daguerréotypes de la place du Capitole, de la rue de la Pomme et de l’Hôtel-Dieu, avec un nouveau matériel qu’il venait de recevoir de Paris. C’était la première utilisation provinciale de l’invention ! Dans la foulée, notre opticien réalisait le 22 septembre une démonstration dans le grand foyer du théâtre du Capitole. Après un premier échec, les spectateurs médusés virent se dessiner sur la plaque métallique  la façade de l’hôtel Vidal, tout proche.

La rapidité de l’utilisation du daguerréotype à Toulouse a une explication… Le père d’Antoine Bianchi, opticien à Paris, était installé rue du Coq Saint-Honoré tout près d’un autre opticien nommé Giroux, distributeur officiel des chambres photographiques de Daguerre. Antoine Bianchi fils, bénéficia de cette proximité en obtenant les premiers appareils, mais il ne se contenta pas seulement d’exploiter et de vendre cette nouvelle invention. Avec l’aide de son père il la perfectionna en inventant une technique capable de redresser les images inversées des tout premiers daguerréotypes.

La publication récente du livre de François Bordes, archiviste-paléographe, ancien directeur des Archives municipales de Toulouse et administrateur de notre société, aujourd’hui inspecteur du Patrimoine au ministère de la Culture, nous incite à souligner à nouveau la place pionnière occupée par notre ville. Passionné depuis plus de trente ans par ce sujet, François Bordes raconte le développement de cet art à Toulouse de 1839 à 1914, veille de la Grande Guerre, dans une encyclopédie, enrichie de nombreux documents provenant des fonds des Archives municipales ou des musées toulousains dont le nôtre ! Il souligne en particulier la révolution technique déterminante, des années 1880 au tournant du siècle, que fut la mise au point du gélatino-bromure, de l’appareil Kodak et du film en rouleau. Avant cette époque, la capture de l’image était réservée à quelques privilégiés et professionnels ; après, ce fut l’ouverture vers une clientèle plus large, avec l’expansion considérable des cartes postales illustrées et de la similigravure.  
François Bordes fait également revivre les professionnels et les amateurs éclairés qui placèrent Toulouse au premier rang de cet art nouveau. Depuis 1839, Toulouse est ville de l’image. De l’opticien Bianchi, pionnier du daguerréotype, à Jean Dieuzaide, créateur en 1974 de la Galerie municipale du Château d’Eau, une longue chaîne d’artisans et d’artistes, d’amateurs et de professionnels, a donné à la photographie toulousaine ses lettres de noblesse. Parmi eux, au début figurent Eugène Trutat, Charles Fabre, Emile Cartailhac, Félix Regnault, Georges Ancely, les frères Pelegry etc., et toutes les associations Toulousaines, promotrices de concours et d’expositions.
A la suite de cet historique passionnant, François Bordes propose un essai de typologie de la production photographique toulousaine envisageant successivement le portrait, les paysages urbains, les monuments modernes, les transformations urbaines, une ville qui disparaît, une ville qui bouge. Un impressionnant dictionnaire illustré rassemblant tous les photographes professionnels, amateurs, toutes les sociétés photographiques, tous les commerces et marchands liés à la photographie, termine cette remarquable encyclopédie qui ravira tous les amoureux de Toulouse et donc tous nos sociétaires !

Aujourd’hui, la photographie numérique a fait quasiment disparaître la technique argentique et les appareils photographiques « classiques ». Finies les opérations lentes, précises, complexes où il fallait jongler avec l’ouverture du diaphragme, la vitesse d’obturation, la focale et la mise au point ! Le temps des « opticiens photographes » est complètement oublié…
Les smartphones prennent quotidiennement des millions, des milliards de photos avec une facilité déconcertante : presser sur un « bouton », en fait effleurer une plaque de verre. Le règne de la facilité, de la quasi perfection et de la quasi gratuité des photos est arrivé ! La plupart c'est-à-dire 99%, vont se perdre dans l’abime vertigineux des cartes mémoires où l’absence de classement les rendra irrécupérables. Au bout de quelques années, parfois de quelques jours, elles auront disparu, l’appareil ayant été perdu, volé, cassé ou dépassé par une nouvelle technique. Envolés les ridicules « selfies » et les multiples photos familiales prises à tort et à travers. Evanouis les souvenirs fugitifs que l’on voulait préserver et qui ont été engloutis  dans la masse démentielle des millions de photos inutiles.
Certains disent que ce gâchis de consommation n’est que le reflet d’une société dépensière, désordonnée et chronophage où le futile est privilégié et où le temps manque toujours pour la réflexion et le classement… Heureusement une partie du passé toulousain, a été conservée grâce aux pionniers de la  « photo » et au travail des archivistes et des conservateurs !
Merci messieurs Trutat, Fabre, Cartailhac, Regnault, Ancely, Pelegry, etc. pour les merveilleuses images que vous nous avez laissées.
Merci, cher François Bordes, pour avoir magnifiquement narré les grands moments de cette épopée et aussi, pour votre remarquable action au cours de ces dix-huit années passées à la tête des Archives municipales de Toulouse sans oublier votre contribution très appréciée au sein du conseil d’Administration de notre société.

JACQUES FREXINOS

Edito de novembre 2016

Commémorons, commémorons…
Comme dirait Beaumarchais, il en restera toujours quelque chose !


Les 350 ans du Canal du Midi et sa vingtième année de reconnaissance par l’Unesco, ont été commémorés avec succès par la Ville de Toulouse en partenariat avec les Voies navigables de France. En plein centre ville, au niveau du square Charles-de-Gaulle et de la rue d’Alsace-Lorraine, de nouvelles « pseudo » colonnes Morris cubiques ont été dressées temporairement. De superbes photographies représentant diverses structures et vues toulousaines du canal (bassins, écluses, ponts, ports, etc.) associées à des commentaires pertinents, ont racontée, à nos concitoyens et à nos visiteurs, la belle histoire écrite par M. Riquet et ses successeurs.
Combien de passants y jettent un œil ? Combien s’arrêtent pour admirer ces souvenirs imagés et lire les explications détaillées qui rappellent cet extraordinaire exploit architectural ? Aucune enquête n’a été faite, aucun sondage à notre connaissance n‘a évalué le degré d’intérêt et d’attractivité de ces informations. C’est regrettable. Peut être cette absence nous évite-t-elle de cruelles désillusions !
Quoiqu’il en soit un très grand bravo pour cette excellente initiative qui transforme en mémorial temporaire ce square-esplanade, devenu le véritable forum toulousain où se succèdent bateleurs en tout genre, (et pas toujours des meilleurs), musiciens ambulants, marchés temporaires et expositions diverses.
Bravo mais…

Car il y a un MAIS !
Nous avons en janvier 2014, raconté dans ces mêmes pages la grande et belle histoire des monuments qui existaient sur ce site, avant la création, juste à la fin du XIXe siècle, du jardin public. C’était l’enclos municipal, véritable place forte dans la ville, entourée de hautes murailles. On y trouvait la tour des Archives, notre actuel « donjon », flanquée de la tour de l’Horloge. C’était à la fois le coffre fort, l’armurerie et les précieuses archives toulousaines. Il y avait à proximité le quartier carcéral avec le centre judiciaire, puis le quartier « fiscal » et les bâtiments du « Poids ». Tout près le Grand et le Petit consistoire, avec la Chapelle et bien sûr la cour Henri IV. Le quartier militaire avec l’Arsenal se situait face à la Poste actuelle. Plus loin se dressait le Petit Versailles qui abritait des logements de fonction et plus tard l’Académie des Arts puis le Conservatoire de Musique.
Quatre-vingt-quinze pour cent de toutes ces élévations ont disparu au cours des travaux d’amélioration de la ville et du percement de la rue d’Alsace-Lorraine. C’était il y a seulement 230 ans ! Quel souvenir en reste-t-il ? Combien de Toulousains connaissent cette grande page d’Histoire de notre ville ? Pratiquement aucun !

En 2014, nous évoquions la possibilité d’ériger, à proximité de l’Office du Tourisme, une belle et grande reproduction du plan représentant le Capitole au XVIIe siècle. Dans le nouveau square des repères historiques auraient indiqués l’emplacement et la fonction des anciens bâtiments. Notre suggestion était alors restée sans aucune réponse émanant de la municipalité de l’époque. Nous en fûmes alors fort dépités.
La « réapparition » et la mise en valeur au cours de cet été d’une petite partie du rempart  romain, récemment mise à jour, nous donne un nouvel espoir. Serons-nous entendus ? Peut-être écoutés ?  
Au moment où Toulouse se mobilise pour son « classement » à l’Unesco, il est capital de faire redécouvrir et aimer l’histoire de notre ville en rappelant à nos concitoyens et à nos visiteurs ce qu’il y avait sous leurs pas, il y a seulement un peu plus deux siècles ! Le magazine bimensuel à TOULOUSE à publie d’excellentes pages historiques, la « mise en scène » in situ de notre histoire pourrait compléter cette pédagogie culturelle.  

Jacques Frexinos


Edito d'octobre 2016

Il y a pratiquement neuf cent vingt ans, Raimond IV quittait Toulouse…

Le 14 septembre 1096, Raimond IV, appelé encore Raimond de Saint-Gilles quitte définitivement Toulouse par la porte Narbonnaise pour participer à la première croisade. Il est entouré de ses meilleurs chevaliers, suivi par une armée considérable et accompagné d’une énorme foule de pèlerins. Commence alors un des plus beaux épisodes de la saga des comtes de Toulouse .

L’histoire de cette croisade a été écrite en son temps par différents chroniqueurs, chacun étant attaché à un chef des cinq grandes armées participantes. Les médiévistes texans, Laurita et John Hill, ont publié en 1959, avec l’aide de Philippe Wolf et Francisque Costa, chez l’éditeur Privat, un travail exceptionnel, fruit de plusieurs années de recherches. Ils ont systématiquement et méticuleusement procédé à une analyse comparative des diverses chroniques disponibles. Pour ne citer que trois d’entre elles, ils ont constaté à plusieurs reprises des contradictions flagrantes entre les Gesta de Raimond d’Aguilers, clerc au service du comte de Toulouse, la version Normande de Raoul de Caen ou celle d’Albert d’Aix attaché à Bohémond ! L’histoire est, comme toujours, écrite par les vainqueurs   et ces « secrétaires-écrivains » ont volontairement ou subjectivement défendu les « intérêts » de leur « maître », transformant ou omettant la réalité des faits. Ils laissaient aux historiens modernes la lourde et parfois impossible tâche de rétablir la vérité.

Quelles que soient les divergences de leurs narrations, les causes de cette première croisade sont bien connues. En 1078, les Turcs Seldjoukides chassent de Jérusalem les Fatimides qui y étaient installé depuis 970. Ils interdissent ensuite l’accès de la ville et du Saint-Sépulcre aux pèlerins chrétiens, jusque là autorisés à circuler, et soumettent la population chrétienne locale à l'esclavage. Ces mêmes Turcs Seldjoukides envahissent une partie de l'empire chrétien d'Orient de l'empereur Alexis Ier Comnène, qui sollicite alors l’aide de Rome. Le 27 novembre 1095, au cours du concile de Clermont, le pape Urbain II lance un appel à la croisade, afin de secourir l'empereur byzantin et de libérer Jérusalem.

Quand Raimond IV se croise, il a 54 ou 55 ans . Pour l’époque, c’est un homme déjà âgé, qui a passé sa vie à défendre ou rétablir les possessions de sa famille. En 1096, il est à la tête d’un véritable royaume qui n’a rien à envier à celui de France. Qu’elles peuvent bien être ses motivations pour se lancer dans une aventure si périlleuse ? Les sacrifices sont nombreux. D’abord quitter une paix durement acquise, ensuite abandonner son comté aux mains inexpérimentées de son fils Bertrand  et parcourir des milliers de lieues en traversant des régions inhospitalières.
Raimond IV doit non seulement entretenir à ses frais ses troupes et mais aussi protéger et nourrir les milliers de pèlerins qui le suivent. Faute de quoi l’indiscipline, les exactions et les pillages ne manqueront pas de se développer comme cela va arriver à certains moments.
Sa décision s’explique d’abord par une très grande Foi, certainement associée au désir de satisfaire les souhaits du pape . Urbain II a effectivement besoin de Raimond IV qui lui apporte le plus fort contingent militaire de la croisade et en devient le pilier central.
Dominique Baudis, dans son remarquable livre Raimond d’Orient, le fait revivre certes sous les traits d’un homme ombrageux et intransigeant, ni brute, ni saint, mais qui à l’appel du pape abandonne son royaume pour délivrer le Saint Sépulcre et gagner son salut. Certains historiens ont également avancé un désir de nouvelles conquêtes, avec la possession de nouvelles terres. Avait-il vraiment besoin d’agrandir son comté au détriment de sa tranquillité ? Cet argument résiste mal à sa situation réelle. On peut toutefois supposer que l’orgueil d’être désigné par le pape comme chef de la croisade, de cette extraordinaire Militia Christi, ne l’ait pas laissé complètement insensible. (ne l’a pas laissé ???)

Dix ans après, Raimond d’Orient meurt en Palestine, âgé de 63 ou 64 ans, le dernier jour de février 1105, au Château Pèlerin, face à la ville de Tripoli qu’il n’a pu encore conquérir. Il a entièrement respecté son serment, il s’est loyalement allié à l’empereur de Byzance, il a activement participé à la délivrance du Saint-Sépulcre et il n’a pas revu les rives de la Garonne. Il s’est néanmoins attribué le titre de comte de Tripoli et, sous le nom de Raimond Ier, sera ensuite considéré comme le fondateur de la lignée des comtes de Tripoli, continuant à défendre les Lieux Saints.
Au cours des dix dernières années de sa vie Raimond de Saint-Gilles est devenu le héros de cette grande épopée de la fin du XIe siècle. Les livres d’histoire mettent toujours en avant le nom de Godefroy de Bouillon en « déclassant », sinon en oubliant, celui Raimond de Saint-Gilles qui joua pourtant dans cette croisade le rôle majeur. Sans lui, sans son courage et sans ses armes, sans sa sagesse et sa vaillance, les croisés ne seraient jamais arrivés à Jérusalem. S’il avait accepté d’être le roi de la Cité sainte, il aurait certainement poursuivi la politique éclairée qu’il avait initié avec les byzantins. Tout laisse supposer qu’il aurait laissé une marque encore plus profonde dans l’Histoire de France et  dans les livres scolaires.

Projetons-nous maintenant dans le futur.
En 2096, dix siècles se seront écoulés depuis le début de cette épopée. Souhaitons que les Toulousains d’alors n’oublient pas de célébrer dignement cet anniversaire.  
En attendant, entretenons fidèlement le souvenir de notre grand comte Raimond d’Orient !

Jacques Frexinos



Edito de Septembre 2016

La guerre des kiosques n’aura pas lieu !

Au cours du mois de février 2016 la Ville de Toulouse a fait part de son intention de fermer les kiosques de l’esplanade François–Mitterrand et de les déplacer ailleurs (sans préciser où), soulevant une émotion intense parmi les kiosquiers de l’esplanade…
Les premiers articles annonçant cette future disparition paraissent dans la presse toulousaine à partir du 18 mars et provoquent immédiatement les réactions indignées et le mécontentement de nombreux toulousains dont les TDT qui se font très rapidement l’écho auprès de la municipalité.
Lors de notre assemblée générale du 12 mars, profitant de la présence du maire, nous avons fait part des problèmes soulevés par la « destruction » ou la « transplantation » de ces édicules. M. le maire nous a alors assuré qu’aucune décision n’était encore prise… A plusieurs reprises, par mail (en mars) ou oralement (le 8 avril) les Toulousains de Toulouse par la voix de leur président ont alerté le maire et son adjoint chargé du Commerce, M Bolzan, et exprimé leurs craintes et leur oppositions.
Entre temps la presse a continué à publier des informations alarmistes. Côté Toulouse affirme le 18 mars : Les kiosques de Jean-Jaurès disparaîtront d’ici la fin de l’année 2016. La Dépêche (4 avril 2016) renchérit en annonçant Destruction des kiosques de Wilson : le passé assassiné ! Le projet municipal inquiète, alarme, affole ! Les arguments « pour », développés par M. Bolzan, sont certes logiques : sécurité, hygiène, etc. Paradoxalement le blog Casa Nova, souvent hostile à la municipalité, conforte le projet municipal en plaidant pour la suppression des soi-disant facsimilés. Mais la vox populi gronde toujours et refuse le grand changement proposé ! Pourquoi ?

Pourquoi il ne faut ni détruire, ni déplacer les kiosques
Parce que ces kiosques font « historiquement » partie de cette place toulousaine, petite certes par sa dimension mais grande par son historique, sa position centrale au cœur de la Ville et sa côte d’amour dans le cœur des Toulousains ! Ils donnent toujours à ce lieu une « authenticité toulousaine historique » avec ce panorama si prisé par les habitants actuels de la Ville rose qui l’ont « toujours » connu d’autant que la façade du cinéma des Variétés UCG bâtie vers la même époque est parfaitement intégrée au style de ces années 1930 ! Souvenirs d’enfance, de jeunesse, premier rendez-vous, promenade des retraités, passage rapide mais quotidien, achats de fleurs, de presse, d’en-cas, etc., sont autant d’actes ou d’images inscrits dans mémoire de ce lieu, plein de vie, d’activités mais aussi de poésie. Il n’est pas facile de lutter contre des sentiments aussi forts…

Conserver mais aussi adapter
Derrière cette évocation idyllique, il ne faut pas nier les problèmes et les nuisances de plus en plus croissantes de cette agora apparemment si accueillante qui se transforme selon les heures en esplanade surpeuplée, chargée d’une atmosphère plus tendue. Des « commerces » illégaux prolifèrent alors et les flâneurs paisibles laissent la place à des rodeurs inquiétants.
Le prochain doublement de sa population itinérante lors de l’allongement des rames du métro fait craindre par moment des difficultés de la circulation piétonnière favorisant d’éventuels désordres publics… Aussi un agrandissement de cet espace piéton a pu logiquement sembler souhaitable aux services publics, ne serait-ce que pour faciliter l’accès au métro , cela se traduirait par le déplacement des deux kiosques les plus proches de l’entrée du métro…
D’autre part, nos chers petits kiosques carrés doivent s’adapter aux fonctionnalités liées à des activités « alimentaires » et travailler dans des conditions « saines et hygiéniques ». On peut certes comprendre le projet municipal de les « transplanter » ailleurs mais l’espace libéré serait-il suffisant pour justifier leur destruction ? Leur suppression fera-t-elle disparaitre miraculeusement et complètement les commerces illicites qui se déplaceront quelques mètres dans un endroit tout aussi accueillant ?
Au moment où la Ville se lance dans le grand projet UNESCO, il ne paraît pas très opportun d’effacer ce passé certes « récent » (1931) mais combien attachant pour nos concitoyens.. Il y a d’autres moyens qui peuvent être mis en jeu pour céder aux sirènes d’un avenir plus sécuritaire (vidéo surveillance renforcée…). Tous ces arguments ont été présentés plusieurs fois par le Conseil d’administration des TDT à M. le maire et à son adjoint M. Bolzan.

Une décision municipale de bon sens !
Toutes ces démarches, associées à d’autres interventions dont celles de plusieurs membres de l’opposition municipale, paraissent avoir eu un effet déterminant sur la récente décision de la municipalité toulousaine.
Une ultime réunion tenue samedi 16 mai dans le bureau du maire a scellé dans le bon sens, le sort de ces petits espaces professionnels (La Dépêche – 16 avril. Sylvana Grasso) ; Côté Toulouse confirme également l’abandon du projet (21-27 avril 2016) : Les kiosques de Jean-Jaurès sauvés. Les huit seront rénovés, six resteront sur place, seuls les deux les plus proches de l’entrée du métro seront déplacés pour faciliter le flux piétonnier ! Où et quand ? Un peu de suspense…
Cette nouvelle va-t-elle clore définitivement la guéguerre des « pour » et des « contre » ? D’aucuns soutiennent déjà qu’il fallait sauver tous les huit ! Quatre ont déjà disparu depuis 1931. La discussion est-elle définitivement close ? L’avenir nous le dira …

Jacques Frexinos


Edito du mois de juin 2016

Toulouse qui s’éloigne…

Cette année, du 15 juin au 15 octobre, notre exposition estivale de la salle Pierre-de-Gorsse sera consacrée, à des Images de Toulouse au XXe siècle. Des images parce qu’il s’agit de peintures, mais aussi de gravures, de dessins, de lithographies représentant des lieux de notre ville que des artistes de talent ont voulu fixer . Ils proviennent de nos réserves et de prêteurs amicaux. Nous aurions aimé pouvoir présenter un panorama de la peinture à Toulouse au XXe siècle mais nous n’avons pu l’envisager en raison de notre pauvreté pour être exhaustif. C’est un projet d’exposition passionnant dont nous espérons qu’un musée plus riche que le nôtre l’organisera. Nous avons donc choisi, à travers les œuvres exposées, de faire percevoir divers regards sensibles sur Toulouse, dans le siècle dernier qui s’éloigne à grands pas.

Si on compare l’espace d’alors avec celui que nos yeux voient aujourd’hui la modification est déjà évidente ; l’église Saint-Roch (A.-P. Lupiac) paraît s’être échappée d’un coin d’Italie, les colonnes des Minimes mettent en scène un lieu que l’on ne voit plus (L. Vieillard) et les arènes du Soleil d’Or, en construction, semblent posées dans un champ de luzerne (P. Mesplé). La place du Capitole n’est plus peinte aujourd’hui, c’est un lieu qui n’inspire plus, un lieu encore destiné aux marchés mais où règne le piéton, si différent de celui peint par Yarz, où l’on vend des légumes. La crise des valeurs figuratives a frappé les représentations dans la deuxième partie du siècle et a diminué nettement les peintres travaillant sur le motif. L’abstraction, le surréalisme, l’art conceptuel ont remplacé l’influence du post impressionnisme et des nabis. Le paysage urbain, les vues des places et des coins de rues, du canal ou de la Garonne sont devenus plus rares. Ce n’est pas une critique de la modernité, tout juste la nostalgie de ce qui a été perdu, celle qui peut nous prendre lorsqu’on entend la chanson de Trenet qui nous dit : Que reste-t’il de nos amours ? Il reste la beauté des toiles de Bergougnan, de Bouillères, de René Aspe - ô combien loin de nos modes, mais si authentique et fraîche dans sa peinture, dans son dessin sûr, et ses couleurs joyeuses -. Il reste tous ces peintres que les pages suivantes évoquent, certains inconnus, d’autres à découvrir puisque la presque totalité des images proposées est inédite. On raconte que pour réaliser son film Les visiteurs du soir le metteur en scène Marcel Carné s’est inspiré des miniatures des Très Riches Heures du Duc de Berry. Or, voyant ce film on est frappé par la présence des années quarante, pendant lesquelles il a été tourné : lumière, visages, coiffures, tonalité des voix tout renvoie à ces années, même les rêves et les amours des personnages. Ainsi des images représentant des lieux s’imprègnent-elles comme le parfum sur un manteau, du temps où elles ont été créées. Souhaitons à ces images de Toulouse au XXe siècle qu’elles réveillent un temps qui pourrait s’endormir dans nos cœurs.

Pierre Nouilhan

Remercions ici pour leur aide précieuse : Pierre Cadars, Marianne Miguet, Odette Molinier, Jean-Pierre Suzzoni, Philippe Valmary, Christophe Marquez, Jérôme Kerambloch, Amandine de Pérignon, Françoise Peyré et bien évidemment toutes les personnes qui ont consenti à prêter des œuvres, M. et Mme Paul Bézy, M. et Mme Patrick Bernard, M. Marc Rauffet, Mme Geneviève Guitard et M. Hubert Couget.

Edito du mois de mai 2016

Allocution du président

Notre 113e assemblée générale s’est tenue le 12 mars à l’hôtel d’Assezat,en présence de Mme Martine Martinel, députée de la Haute-Garonne (4e circonscription), de M. Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse, et de M. Francis Grass adjoint au maire, chargé des Affaires Culturelles .

Chers sociétaires,
Je mentirai effrontément en déclarant que notre société, aussi ancienne soit-elle, ne se porte pas bien. Cette double négation, classique figure de rhétorique pour conjurer un optimisme trop enthousiaste, veut aussi dire que tout pourrait être encore mieux, mais ne soyons pas trop exigeants ! Certes sur le plan financier, nous ne roulons pas sur l’or mais quand nous regardons le chemin parcouru et le travail effectué, comme vont vous le présenter notre secrétaire général et nos trésoriers, nous pouvons raisonnablement être satisfaits et constater que nos efforts ont été largement productifs.
Je pense que nos membres fondateurs seraient satisfaits de l’état actuel de « leur société » et ne nous en voudraient pas trop d’avoir dû et su adapter nos actions aux exigences actuelles ! La défense du patrimoine toulousain, archéologique, historique, artistique et culturel reste notre mission fondamentale et comme charité bien ordonnée commence par soi-même nous avons aussi poursuivi le travail de conservation de notre vieil et noble hôtel Dumay.

Le 13 avril nous inaugurerons la restauration de la façade qui donne sur la rue du May, ancienne rue Pélégantière où étaient établis des artisans et marchands de peau. Cette restauration a été possible grâce au dynamisme éclairé de notre vice-présidente, Aline Tomasin, qui, depuis plusieurs années, dirige l’ensemble des travaux de rénovation dont je vous rappelle très schématiquement l’essentiel. De 1986 jusqu’en 2014, date où a été terminée la façade sud de la cour, huit grandes tranches de travaux ont été achevées. Pour rappeler la plus récente ce fut, en 2014, l’intérieur du porche d’entrée, sa calade et le mur mitoyen Est. La rénovation de la façade de la rue du May a été effectuée, en 2015, grâce à l’aide d’une participation de la DRAC, d’une subvention municipale de 10 000 euros et de la bourse de la fondation Total (50 000 euros) obtenue grâce à la Fondation du Patrimoine. Désormais l’hôtel Dumay fait partie des monuments historiques dont la ville de Toulouse peut très justement se glorifier. Il constitue une étape quasi obligatoire dans les visites effectuées par l’Office du Tourisme.

Nos projets architecturaux sont encore loin d’être terminés. Nous devons avant l’ouverture du musée, le 18 avril, refaire le dallage de la galerie du premier étage. Ultérieurement un accès doit être aménagé à la cour et à la salle Pierre de Gorsse pour les personnes à mobilité réduite afin de leur permettre d’accéder aux expositions temporaires ainsi qu’aux réunions et conférences qui peuvent s’y dérouler. Une grande partie du financement de cette opération sera apportée par une subvention obtenue sur la réserve parlementaire de Mme Martine Martinel, députée de la Haute-Garonne que nous remercions très vivement.
Ce geste généreux, associé aux deux précieuses et indispensables subventions annuelles (Municipalité et Conseil départemental), reflète bien l’intérêt porté à notre patrimoine commun qu’il soit Toulousain, départemental et même régional, même si le Conseil de Région est resté totalement étranger à nos anciennes demandes.

L’Auta poursuit brillamment sa grande incursion dans l’Histoire, les Arts et les Lettres en Midi toulousain. La bibliothèque sous la direction attentive de Marianne Miguet gagne en lisibilité et en richesses. Parmi les actions en cours, il faut signaler le recensement de tous les journaux et périodiques répertoriés par Georges Brielle et Daniel Périssé soit plus de 10 000 pièces et plus de 400 titres.

Il faut aussi annoncer notre prochaine exposition temporaire estivale (15 juin-15 octobre) « Images de Toulouse au XXe siècle » sur une idée de Pierre Nouilhan, entouré de Pierre Cadars, Françoise Peyré, Marianne Miguet, Odette Molinier, Philippe Valmary. Voilà une tradition récente qui doit certainement enrichir l’attractivité du MVT.

Le 14 juin 2016 notre traditionnelle sortie annuelle se fera vers Albi. Après avoir visité le matin Notre-Dame-de-la-Drèche, nous serons accueillis à la mairie par Mme Stéphanie Guiraud-Chaumeil, puis après un excellent repas au restaurant Le Parvis nous irons visiter la cathédrale Saint-Cécile et terminerons par la collégiale Saint-Salvi et son cloître, le tout sous la conduite de guides professionnels.

Tout ce que nous avons fait, tout ce que nous allons faire est dû au dévouement sans bornes de nombreux membres du Conseil d’Administration et à la quarantaine de bénévoles qui, remarquablement « pilotés » par Geneviève Brunies-Raffy, nous permettent de maintenir le musée ouvert et surtout de le rendre extrêmement accueillant. Vous avez certainement lu dans L’Auta de décembre 2015 l’éditorial consacré à nos livres d’Or qui témoigne de l’enthousiasme de nos visiteurs. Enfin toute notre reconnaissance va aux deux « piliers » de la « maison », Amandine de Pérignon et Jérôme Kerambloch, assistants de conservation, pour leur implication constante et efficace dans toutes les actions de notre société et du musée.

Merci à tous et une dernière exhortation : continuez à recruter de nouveaux membres, c’est l’assurance de la pérennité de notre société.

Jacques Frexinos

Edito du mois d'avril 2016

Enfin, un Grand théâtre à Toulouse !

Un projet pharaonique vient d’être élaboré dans la plus grande discrétion à Toulouse. Il va certainement provoquer de violents remous, ce qui explique le silence qui l’a entouré. Il s’agit du futur théâtre du Capitole que la Ville Rose attend depuis des années. Le superbe projet, dont nous dévoilons ci-dessous la primeur à nos lecteurs, va donner une nouvelle dimension au cœur de la Cité et facilitera certainement son classement au patrimoine de l’humanité par l’UNESCO, en consacrant enfin Toulouse comme patrie indiscutable du bel canto !
Certes quelques petits sacrifices sont au préalable nécessaires. Le premier comporte la destruction de 19 arcades de la façade qui fait face au Capitole pour en laisser cinq de chaque côté. Ensuite, l’espace ouvert sera prolongé vers le quartier Mirepoix en détruisant 73 immeubles dont douze ou quatorze méritent seulement cette qualification… Alors sera créée une nouvelle place de 22 325 m2 sur laquelle se dressera le nouveau théâtre qui n’aura alors rien à envier à l’Opéra de Paris !
Le monument, construit en pierre, aura 42 mètres de largeur sur 86 m. 50 de longueur, (surface totale de 3 633 m2). Il sera entouré de nouvelles et larges rues, de 12 m. 50 sur les côtés et de 14 m. 75 sur l’arrière, bordées elles-mêmes de nouvelles arcades qui feront de cet endroit le Palais Royal toulousain !
La façade du théâtre placée à 27 mètres en recul des arcades restantes, créera une seconde place donnant accès à l’entrée du théâtre, surélevée d’un perron de six marches s’étendant sur toute la longueur avec un avancement de 9 mètres. Au total le nouveau bâtiment sera entouré de 96 arcades constituant un agréable promenoir et une extraordinaire galerie marchande.
La nouvelle salle de spectacle aura des proportions très vastes : 23 m. 50 de largeur, 26 mètres de profondeur du rideau au fond du parterre avec une hauteur de 24 mètres au premier rang des fauteuils et 20 m. 50 au dernier rang du parterre offrant en tout 416 places de parterre. L’hémicycle comporte quatre baignoires d’avant-scène et dix baignoires de coté, tandis que l’orchestre d’une surface de 86 m2 pourra accueillir 70 musiciens.
Pour vous donner une idée de la grandeur de ce rez-de-chaussée, sachez qu’il contient 876 places assises dont 134 fauteuils d’orchestre, 116 stalles, 130 parquets numérotés et 416 parterres, les baignoires offrant en plus 80 places.
A cela il faut ajouter les premières galeries avec 394 places et les deuxièmes avec 300 places. A leur niveau se trouve le grand foyer qui donne sur le Grand Escalier avec à sa gauche un grand salon fumoir communiquant avec un café-buffet tandis que sur le côté droit sont situées une salle des fêtes ou salle de concert pour auditions restreintes de 510 places avec une estrade pour 60 musiciens ! Ces quatre salles réunies forment un ensemble d’une superficie de 644 m2, où peuvent se dérouler kermesses ou ventes de charité.
Les troisièmes et quatrièmes galeries offrent respectivement 320 et 480 places.
Au total notre nouveau théâtre dispose de 2 370 places assises, dont 1 216 places populaires, mais sans strapontins car nous nous refusons à considérer ces demi-sièges comme de véritables places étant donné leur inconfort qui est injustement payé trop cher !
La scène est grandiose avec ses 648 m2 (20 m de profondeur, 27 m de largeur, l’arrière scène ayant 4 m de largeur). Sur le plateau sont disposés divers magasins pour les décors, les meubles, les praticables et les foyers (choriste dames et hommes, artistes, loge du concierge et cuisine, café-foyer, cabinets pour dames et hommes) tandis qu’aux deux angles sont situés ascenseurs et escaliers pour le service des machinistes.
Sur l’ensemble du bâtiment, de l’entresol aux différents étages, sont distribués 5 grands magasins, 6 foyers, 46 loges, 16 grandes salles et 5 bureaux.
Le sommet du théâtre est bordé par un passage-terrasse de 3 m de margeur et comporte à l’arrière un logement de 8 pièces pour le conservateur. Une vaste salle de 544 m2 se trouve située au dessus de la salle de spectacle et peut servir à un immense atelier de peinture pour la fabrication des décors tandis que deux grands réservoirs d’eau de 277 m3 chacun permettent de sécuriser contre l’incendie l’ensemble du bâtiment.
Par rapport aux autres théâtres, le notre sera le plus grand avec ses 2 370 places alors que l’Opéra de Paris n’en possède que 2 158, celui de Bordeaux 1 350, de Lyon 1 900, de Montpellier 1 700 et à l’étranger celui de Genève 1 300 et le Liceo de Bracelone 1 492 !
« Voilà le salut pour la renaissance et la conservation de l’Art musical à Toulouse car en un mot notre vieux théâtre est un moribond dont par esprit de dignité artistique on ne doit pas prolonger l’agonie plus longtemps ».

Pardonnez-nous, cher lecteur, d’avoir très temporairement abusé de votre temps, en ce premier avril, en vous donnant des espoirs insensés à travers l’histoire de ce projet utopique toulousain, décrit dans cette ambitieuse et superbe étude qui comme vous le savez ne vit jamais le jour !
Tel était le mirifique projet présenté le 30 avril 1913 par Louis Sainmartin (imprimerie du Centre, 10 bis allées Lafayette), sous la forme d’une brochure très documentée dont l’idée remontait au mois de mai 1911 et était motivée par l’insuffisance des installations de l’époque, son étroitesse, son inconfort et son insécurité. Sainmartin ajoutait in fine : «Le théâtre se meurt tous les jours. On le déserte de plus en plus… Les mécontents sont de plus en plus nombreux et comme leurs protestations restent lettre morte, ils ne se manifestent plus mais s’abstiennent en faisant le vide ». En 1919, Sainmartin, après l’incendie de 1917 publiait une autre brochure dans laquelle il défendait minutieusement l’emplacement choisi et son intérêt par rapport au quartier Saint-Jérôme ou à la place Wilson…
Des regrets ?

Jacques Frexinos

Edito du mois de mars 2016
Où Candide découvrit l’elginisme et des discussions qui suivirent…

C’est à travers une histoire remontant au tout début du XIXe siècle que Candide découvrit avec surprise et délectation un mot qui n’existait pas de son temps et qui aujourd’hui n’existait pas encore dans tous les dictionnaires :
ELGINISME.
Ce terme élégant, inventé par de savants littérateurs archéologues, désignait tout simplement une forme raffinée de « vandalisme » consistant à extraire des œuvres d'art de leur contexte ou de leur région d'origine non pour les détruire mais pour les transporter et les exposer ailleurs en les conservant précieusement !
Quel nom merveilleux s’écria Candide qui allait se précipiter sur Google pour en connaître l’étymologie précise quand son geste fut arrêté impérativement par Pangloss qui en connaissait déjà l’histoire assez originale et oh combien distrayante.
L’origine remontait à la campagne d’Egypte (1798 -1801) et surtout à un certain Thomas Bruce (1766 -1841) anobli par la suite en Lord Elgin, septième du nom, qui devint alors ambassadeur britannique à Constantinople. Grand amateur d’art, il profita de sa situation privilégiée en 1801-1802 pour faire transférer à Londres au British Museum, les marbres de la frise du Parthénon.
La Grèce était alors sous administration turque et la prise du Caire( ) par les troupes britannique alliées aux Turcs venait de permettre à la blanche Albion une relation très amicale avec la Sublime Porte. Ainsi débuta une « collaboration artistique » très particulière. Le Grand vizir signa en effet un firman autorisant les Anglais à pénétrer dans la citadelle acropolienne pour dessiner et reproduire les sculptures les plus intéressantes et éventuellement entreprendre quelques travaux archéologiques sur le site. Par la suite, le gouverneur militaire d’Athènes qui était turc, autorisa les Britanniques à entreprendre ces travaux archéologiques, puis leur fit cadeau de quelques métopes et dalles pour célébrer leur victoire commune sur les Français en Egypte. Lord Elgin sut profiter de cette généreuse amitié pour solliciter quelques dons supplémentaires, réalisant alors un des plus beaux hold-up archéologiques du siècle. Pendant deux ans, des centaines de caisses prirent le chemin de l’Angleterre jusqu’à ce qu’un nouvel ambassadeur britannique arrête en 1803 ces « transferts » artistiques. Depuis malgré de multiples réclamations helléniques, le British Museum garde précieusement ces pièces.

La découverte de cet épisode historique, indigna fortement Candide qui cria au vol et au sordide dépeçage d’un sublime patrimoine artistique. Pour calmer cette juste colère, Pangloss n’hésita pas à rappeler à son jeune disciple qu’au même moment Bonaparte avait lui aussi récupéré de nombreuses « antiquités » et les avaient envoyé en France, pour le plus grand bonheur des musées et autres lieux publics qui conservent aujourd’hui et montre toujours fièrement ces témoins « elginiens » !
Cunégonde posa alors la question saugrenue de savoir combien de bateaux avaient été utilisés pour transporter le mobilier de style qu’on avait ensuite appelé « retour d’Egypte ».
Devant l’absence de réponse et les regards ironiques qui suivirent, la délicieuse enfant se rattrapa en demandant si tous ces chefs d’œuvre déplacés auraient été mieux protégés sur place ? Elle avait probablement en tête la destruction récente des bouddhas de Bâmiyân ou des monuments de Palmyre. Cela dit, ajouta-t-elle, qui aurait eu la force herculéenne pour les déplacer ? Pangloss lui répondit que la comparaison était trop caricaturale pour être recevable et justifier la moindre excuse ou justification d’un « elginisme » appliqué systématiquement à ces monuments tombés en « déshérence » !

Les trois amis se plongèrent alors dans de profondes réflexions tournant autour de deux questions essentielles : d’abord fallait-il justifier et accepter ou non l’elginisme, ensuite dans le cas d’un refus devait-on restituer ou non les objets « déplacés ».
Cela les entraîna dans de hautes considérations éthico-géo-politico-militaro-artistiques et des dizaines de questions que même Pangloss fut incapable de résoudre… Toutefois après un long silence le philosophe affirma que de tout temps « l’histoire avait été écrite par les vainqueurs », que la pratique du pillage existait depuis la plus haute antiquité et que tout dépendait du contexte, de l’époque, du lieu, etc.
Candide fit remarquer que les horribles « vandales » qui pillaient les richesses artistiques pouvaient se transformer en « amateurs d’arts éclairés » lorsqu’ils récupéraient et conservaient en sécurité leurs rapines et devenaient même de « généreux mécènes » lorsqu’ils les offraient à des musées nationaux ou à des collections publiques ! Mais ces mêmes amateurs pouvaient également se transformer en horribles « voleurs » quand ils les revendaient à leur profit !
L’histoire regorgeait d’exemples ajouta Pangloss. Ainsi, Napoléon qui avait été un grand pilleur de richesses muséales, fut aussi un grand mécène, pourvoyeur généreux des musées et palais nationaux… Alors que Goering restait un horrible nazi voleur d’art seulement battu par son maître Hitler, assassin psychotique, qui poursuivit l’infâme dessein de bâtir avec d’autres rapines le plus grand musée du monde pour le Reich de mille ans !
Au fur et à mesure que Pangloss parlait, son visage s’assombrissait progressivement car le digne philosophe s’apercevait devant ces désastreux exemples que pour cette fois, il n’allait pas pouvoir terminer en claironnant que « tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles » !

Jacques Frexinos

Edito du mois de février 2016
Des champignons dans nos réserves…

Il est dans tout musée un lieu quasi caché et impénétrable dont l’accès et les visites sont sérieusement contrôlés et dont l’atmosphère évoque le parfum attirant et envoutant des secrets de famille… Il s’agit des réserves.
Chez nous, au dernier étage de l’hôtel Dumay, reposent, en attendant une résurrection incertaine, mais toujours espérée, des objets, des tableaux, des gravures, des dessins, des sculptures, des poteries, que le temps a momentanément endormis mais qui peuvent retrouver la lumière lors du renouvèlement des vitrines muséales. Le Musée du Vieux-Toulouse a révélé en 2015 une petite partie de ces réserves « secrètes » remarquablement bien tenues et parfaitement inventoriées par Amandine de Pérignon et Jérôme Kerambloch. Une exposition temporaire estivale leur fut consacrée et connût un franc succès sous le titre : Trésors cachés. Le musée du Vieux-Toulouse se dévoile !

Pourtant une catastrophe muséale avait précédé de plusieurs mois cette manifestation artistique. En 2014, après un printemps abondamment pluvieux, une partie de nos réserves fut l’objet d’une attaque sournoise et inattendue, jamais connue depuis plus de soixante ans. Il s’agissait de moisissures portant les doux noms de penicilium et eurotium. Le diagnostic microscopique était formel ! Macroscopiquement, les cadres en bois et certaines toiles étaient par endroits revêtus d’une sorte de poussière grisâtre qui n’échappa pas à la vigilance de nos aides de conservation.
Un branle-bas de combat fut aussitôt déclenché devant une hygrométrie excessive dépassant les 80 %. Des experts furent questionnés dont Mme Samuel, conseillère pour les musées à la DRAC, l’atelier de restauration des musées de la ville et deux restauratrices (Mmes Claire Idrac et Sophie Vidal) qui préconisèrent une déshumidification permanente, une aération contrôlée et la suppression de toutes les étagères en aggloméré, sources d’humidité néfaste.
Mais avant il fallut mettre les objets contaminés en quarantaine et les transférer en urgence vers des lieux plus secs. Sur les six espaces de réserves, trois durent être partiellement vidés de leur contenu, et stockés au rez-de-chaussée, privant pendant de longs mois, l’accueil des sociétaires du lieu habituel de réception.
Simultanément, l’achat et la mise en place de deux gros déshumidificateurs ramenèrent l’humidité à des taux plus tolérables avec une surveillance biquotidienne. Les envahissants champignons furent anéantis par un traitement chimique efficace (éconacide d’azote) appliqué avec un écouvillon sur les parties atteintes. Ultérieurement des restaurations adaptées furent entreprises sur les dessins et les peintures endommagées.

Restait la question essentielle : que faire pour empêcher la récidive ?
Après la fermeture du musée en novembre, Amandine de Pérignon et Jérôme Kerambloch aidés par moment de quelques volontaires, transportèrent les objets encore entreposés dans les réserves, pour les stocker momentanément dans les salles du musée. Ensuite ils démontèrent et jetèrent les anciennes étagères en bois, et après la mise en place par la société RIMM de rangements métalliques, remontèrent tous les objets dans ces « nouvelles réserves ». Un véritable travail de force qui fut achevé en deux semaines.
Nous voudrions ici leur dire tous nos remerciements admiratifs pour la façon dont ils ont abordé, géré et traité ce gros problème de conservation en n’épargnant ni leurs efforts physiques ni leurs recherches intellectuelles pour venir à bout de cette invasion mycélienne qui aurait pu provoquer si elle n’avait pas été décelée à temps des dégâts considérables dans notre patrimoine muséal.

J. Frexinos

Edito du mois de janvier 2016

Des petits enfants au Vieux-Toulouse ?

Et si les Toulousains de Toulouse prenaient un coup de jeune ? Rajeunir, quel merveilleux cadeau de nouvel an ! On peut toujours rêver… mais ce rêve est devenu aujourd’hui une réalité, sous une tout autre forme il est vrai !
Une de nos missions essentielles est de faire découvrir et aimer Toulouse et tous les étés nos bénévoles et guides-conférenciers déclinent ce magnifique projet devant les milliers de visiteurs qui parcourent notre musée. Dans un cadre certes très différent, c'est-à-dire scolaire et officiel, notre assistante de conservation, Amandine de Pérignon, outre ses multiples et diverses activités dont sa précieuse contribution au comité de rédaction de l’Auta, se consacre avec enthousiasme à cette nouvelle mission. En effet, pour la deuxième année consécutive, le musée du Vieux-Toulouse prend part au dispositif mis en place par la Ville de Toulouse, sous le titre « Passeports pour l’art », initiation entièrement gratuite destinée aux écoliers ! Selon le langage administratif habituel, des « structures culturelles », dont le Musée du Vieux-Toulouse sont mises en relation avec des classes élémentaires toulousaines qui souhaitent faire participer leurs élèves (de 7 à 10 ans) à cette expérience.

Notre musée a choisi de présenter et de commenter quatre parcours différents qui ont été imaginés et réalisés par Amandine de Pérignon avec l’aide de Jérôme Kerambloch.
• Au fil de la Garonne. Au cours de trois séances (au total 5h30), nous proposons aux enfants de partir à la découverte du fleuve, d’en connaître les monuments qui le bordent et de prendre conscience de son importance dans le développement économique et historique de la ville. Un repérage sur plan est initié et la dernière séance est consacrée à une véritable promenade commentée sur les bords de Garonne.
• Le Canal du Midi. Trois séances (4h30) sont consacrées à la découverte de l’aventure extraordinaire de ce canal avec l’histoire de Pierre-Pol Riquet, les enjeux, les difficultés, les chefs d’œuvre de sa construction, etc. Les enfants découvrent l’utilité et le fonctionnement d’une écluse, les prodiges réalisés lors de la construction du canal, avec des pioches, des pelles et des brouettes et de la sueur... L’épopée se termine par une séance en plein air de dessins devant le bas-relief des Pont-Jumeaux après explication de son iconographie.
• Les monuments de Toulouse. Le but ici est de faire découvrir en trois séances (5h30), les grands monuments emblématiques de la Ville rose avec l’appui des œuvres du musée et la projection de documents de nos collections. Une balade en ville permet de faire des croquis de quatre d’entre eux : le Capitole, Saint-Sernin, les Jacobins, l’hôtel d’Assézat, le tout accompagné d’un petit questionnaire basé sur l’observation.
• Découvre Toulouse en 1900. Cette plongée dans le temps, en trois séances (3 h45), met en avant les différences dans la vie quotidienne des enfants de 1900 et de ceux de 2015. Le parcours permet de visualiser l’aspect de la ville il y a plus de cent ans et s’intéresse à la vie de tous les jours à travers des images de marchés, du vêtement, des loisirs, des moyens de transports…

Voilà les quatre thèmes que nous proposons aux classes volontaires pour ce Passeport pour l’Arts ! Le but est d’approfondir un sujet concernant le patrimoine et l’histoire locale et de mettre les enfants dans une position d’acteurs à l’issue des séances introductives en les mettant en contact direct avec les monuments et les lieux évoqués en classe.
En pratique ce sont les professeurs des Écoles qui choisissent le thème. Schématiquement le grand voyage artistique et historique commence par une visite du musée avec une présentation plus détaillée faite sur le thème choisi. Ensuite notre équipe fait des interventions dans les classes, la conclusion ayant lieu souvent lors d’une visite en ville avec l’encadrement des enseignants et de certains parents d’élèves.
L’an dernier le musée du Vieux-Toulouse a accueilli une centaine d’élèves, cette année il y aura une sixième classe supplémentaire ; c’est encore trop peu mais les résultats des premières expériences sont très encourageants et nous sommes prêts à faire tous les efforts nécessaires pour développer Passeports pour l’Art !

Ce dispositif permet (en langage administratif) de sensibiliser nos jeunes scolaires aux richesses patrimoniales de leur environnement, d’aiguiser leur curiosité et leur esprit critique afin de les aider à porter à un regard différent sur leur milieu de vie ! J’ajouterai : et leur faire aimer cette magnifique Ville rose en connaissant un peu mieux son histoire et ses beautés.
Peut-être nos petits élèves deviendront-ils un jour des Toulousains de Toulouse ? On peut toujours rêver ! En attendant continuons notre mission et souhaitons que ce travail d’initiation se poursuive et se développe dans les années à venir.

Jacques Frexinos

Edito du mois de décembre 2015
Le livre d’or : notre plus belle récompense !

Oui le livre d’or du musée du Vieux-Toulouse (MVT) est notre plus belle récompense.
Mon propos ce mois-ci n’est pas de vous en faire découvrir toutes les citations, mais de vous en donner une idée globale en sélectionnant quelques-unes qui reflètent bien les diverses opinions des visiteurs.
Toutes sont extrêmement élogieuses et positives, à part quelques très rares dessins d’enfants, ou quelques originaux qui regrettent le fouillis d’antan ou demandent plus de bancs en ville pour pouvoir se reposer… Certaines, écrites en caractères non européens sont plus énigmatiques mais traduisent une grande satisfaction ainsi que l’ont fait comprendre leurs auteurs par de larges sourires !
Généralement il s’agit d’une trilogie laudative portant sur
- le musée considéré comme plein de charme, de richesses historiques et de découvertes inattendues
- la passion narrative et la bonne humeur communicative des « guides conférenciers »
- l’accueil chaleureux des bénévoles, rarement rencontré ailleurs.
Toutes, venant du monde entier, traduisent une profonde satisfaction avec une conclusion unanime : notre musée fait aimer Toulouse !
Des centaines, des milliers de compliments se succèdent ainsi sur les pages de nos livres d’or et le plaisir que j’ai eu a les lire s’est accompagné d’un immense sentiment de reconnaissance pour tous les bénévoles qui passent leur après-midi à « aider » notre association et à donner à notre musée une spécificité rarement trouvée ailleurs !
Au risque d’oublis impardonnables je voudrais citer ici, les guides conférenciers habituels avec par ordre alphabétique : Georges Brielle, Jérôme Kerambloch, Amandine de Pérignon et bien sûr Gérard Villeval ! Parmi les bénévoles de cet été, il faut citer toute l’ « équipe » coordonnée par Geneviève Brunies-Raffy :
Dominique Barré, Jacqueline Bonel, Elena Bousquet, Anne-Marie Boubènes, Annie Burdin, Claudine Couderc, Anne-Marie Félix, Agnès Gandil, Micheline Glénat, Elisabeth Mainfroy, Maïc Marsal, Michelle Martinez-Picou, Marianne Miguet, Evelyne Moniez, Monique Palaysi, Nicole Réau, Ghislaine Sicre, Georges Brielle, Hubert Couget, Michel Darnis, Pierre Delmas, Jean-Claude Fabères, Jean-Luc Galès, Michel Nouilhan, Robert Pliez, André Reverdy, Michel Smotkowicz, Daniel Troupel, Philippe Valmary.
Notre petit musée plein de charme, enchâssé dans le superbe hôtel Dumay (que nous rénovons brique après briques, poutres après poutres etc.) tient grâce à eux une place originale et unique dans le monde muséal
toulousain ! La chaleur de leur accueil, la qualité de leurs connaissances et leurs commentaires attractifs sur l’histoire toulousaine apportent un PLUS remarquable à nos visiteurs qui le reconnaissent unanimement. Certes tous les musées ont leur guide-conférenciers mais les nôtres sont tellement diffé-
rents ! Chez nous y a d’abord les « professionnels » et même des figures quasi légendaires, chacun avec un style particulier mais tous avec une passion commune : l’amour de la Ville rose ! A côté se placent des « occasionnels » qui se recrutent au fil du temps chez les bénévoles qui non seulement savent accueillir mais n’hésitent pas aussi à proposer aux visiteurs des explications, les accompagnant même dans leur périple muséal ! Il faut ajouter à cela l’apport majeur des fiches de salle qui offrent un supplément d’information très apprécié et dont les traductions en anglais (Françoise Brown), allemand (Corinne Clément et Maryse Carrié ), espagnol (Montserrat Noé) et italien (Tatiana Moroni) sont régulièrement plébiscitées par les visiteurs étrangers pour leur qualité ! Notre espace muséal, devient alors un grand balcon pour découvrir l’histoire de la Ville rose et celle du Midi toulousain ! Nos « sponsors majors », la Ville de Toulouse et le Conseil départemental le savent bien mais nous les supplions de ne pas l’oublier ou le sous-estimer
lors de leur prochaine distribution de subventions en 2016 !

J. Frexinos

Edito du mois de novembre 2015
Où Candide découvrit le Veau d’or des temps modernes…

Parmi les multiples révolutions techniques qui avaient littéralement ébloui Candide, ce dernier plaçait au zénith le Net et tous ses avatars : i phone, i pad, smartphone et mobiles en tous genres ainsi que les nombreux réseaux dits sociaux qui développaient leurs filets urbi et orbi ! Notre jeune homme donnait à toutes ces innovations le même rang importance que la découverte des Indes orientales par Cristobal Colomb un certain jour d’octobre 1492. Cunégonde approuvait sans réserve cette comparaison pour le moins originale, et demandait avec insistance quand elle allait pouvoir visiter le cyberespace et comme elle devait se vêtir pour traverser le cloud !

Pangloss, exacerbé par cette exubérance infantile, fit remarquer à Candide que depuis leur retour au XXIe siècle, ils avaient découvert bien d’incroyables progrès dont la simple évocation à leur époque les auraient directement conduit devant le tribunal de la grande sorcellerie puis aux buchers inquisitoires ! Candide et Cunégonde, nullement impressionnés ne démordaient pas de leur choix : le net d’abord et vive le numérique !

Il est vrai, cher lecteur, que n’importe quelle promenade en ville, offrait la découverte de visages toulousains soucieux ou affairés, concentrant leurs regards vers un objet minuscule, véritable machine à paroles, à images, à sons et à photos, et à jeux divers et variés (et souvent débiles) permettant bien sûr tous les échanges et toutes les discussions ! Cette boite miraculeuse, qu’ils tenaient précautionneusement dans leur main comme un reliquaire médiéval mais dont peu connaissaient les principes fondamentaux et les mécanismes plus intimes, dominait maintenant le monde entier. La communication numérique sévissait dans tous les milieux, des plus humbles aux plus huppés, des gamins de la maternelle aux cadres VIP, des demoiselles pré-pubères aux mères les plus précautionneuses, des commerçants affairés aux rentiers désœuvrés. Chacun, chacune avait « son mobile » qui ne le quittait pas de la journée (parfois de la nuit !) et l’accompagnait dans tous les actes de la vie quotidienne. Le saint objet était posé religieusement à côté de l’assiette ou du verre, sur le bureau ou dans le sac ou la veste, son propriétaire attendant le moment de « communiquer » car « appeler ou être appelé » remplaçait désormais le fameux « être ou ne pas être ». Telle n’était plus la question !

Pangloss voyait dans cette manie une sinistre addiction débilitante et dangereuse… Candide exaltait a contrario les bienfaits et la puissance de Google, l’utilité de Wikipedia ou de Flickr etc., qui distribuaient une connaissance partagée, auto-organisée, gratuite et immédiate et assuraient en fin de compte le triomphe du savoir communautaire sur celui des encyclopédies classiques trop longtemps réservées aux scientifiques et aux lettrés. Pangloss, débordé par la « docte ignorance » de ces milliards de connectés, rétorquait qu’aujourd’hui que si l’idiot de base, consultant Google pouvait connaître quasi instantanément la réponse correcte, concernant le nombre d’habitants du Turkistan, le PIB des iles Malouines ou la biographie de Thucydide…, allait-il y puiser plus de sagesse ou d’intelligence ?

Candide insistait alors sur le côté pratique du système. Les plus malins des idiotae faisaient ses courses sur internet, ouvert nuit et jour, suivaient les ventes flashs, géraient leurs comptes bancaires de leur cuisine, réservaient locations ou voyages de leur salon ou d’un endroit plus intime, à condition bien entendu « d’avoir le réseau » !
Quant aux réseaux sociaux, dont Facebook ou Linkedin étaient des plus populaires, ils représentaient pour le jeune homme la nouvelle démocratie : liberté d’expression, sondages d’opinion, facilité de transmission bref la « doxa» des Grecs, puissance mille ! Les blogs s’étaient complétés par des vlogs qui rapportaient grâce une publicité qu’ils attiraient en fonction de leur audience de l’argent de poche ou bien plus ! Candide ajoutait que le réseau était aussi le moyen le plus rapide de se faire des centaines « d’amis », terme qui ne voulait pas dire grand-chose sinon une quantité de noms, donnant à son récipiendaire l’ineffable bonheur de se prévaloir de multiples « amitiés » nouvelles sur lesquelles bien entendu il était illusoire de compter en cas de coup dur ! Ces blogs, vlogs et tweets, dominaient les échanges, les « suiveurs » (les followeurs !) se comptant dans certains cas par milliers pour la grande fierté des « suivis » qui se prenant pour Zarathoustra, commentaient en permanence leur vie personnelle ou les aléas de ce bas monde, livrant des pensées pitoyablement banales au voyeurisme passionné de leurs « abonnés ». L’homo politicus n’était pas un des derniers à se mettre en ligne et triste coïncidence pouvait se retrouver très proche d’un commerce de charme que la morale (où ce qu’il en restait) désapprouvait très mollement ! Le but était de vendre ou de se vendre et la fin justifiait les moyens !

Pangloss ne se priva pas de gloser sur l’aspect narcissique et parfois exhibitionniste de ces internautes qui exprimaient ainsi leur besoin d’exister en racontant leur vie quotidienne sans grand intérêt ou leurs opinions politico-sociales d’une banalité désolante ! Il ajouta que si les sms et les mails avaient révolutionné les échanges, tout en mettant pratiquement en faillite le courrier postal ! Le vieux philosophe se désolait de voir que le triomphe de cette nouvelle « doxa », légitimant l’opinion de millions de personnes, prévalait aujourd’hui sur les avis raisonnés mais peu écoutés de quelques experts ou sages ! Il redoutait aussi ces messages anonymes, diffus et envahissants, arme diabolique pour nier la réalité des faits (les attentats du 11 septembre à New-York par exemple) ou lancer les rumeurs les plus folles et les théories du complot les plus éhontées, littéralement gobées et propagées par des millions d’esprits faibles et fragiles. Candide rétorquait que ce déluge informatif communautaire contenait surtout (heureusement) des informations réelles, sérieuses et honnêtes et que les facilités apportées dépassaient de loin ces quelques petits inconvénients !

- Parlons-en de toutes ces « facilités » s’écria alors Pangloss en citant les dédales des plateformes téléphoniques qui renvoyaient le demandeur d’un site à un autre pour finir sur un numéro constamment occupé ! Autrefois on faisait 10 chiffres et il y avait une vraie personne au bout du fil ; maintenant il faut batailler pendant des heures avec des robots… pour ne rien obtenir ! Et les arnaques sur les cartes de crédit, les publicités mensongères ou les commandes jamais livrées… En péroraison, le vieux philosophe rappela quelques cyber-attaques récentes, démontrant à la fragilité du système, la possibilité de paralyser de la vie quotidienne pendant de longues heures ou la destruction de données essentielles bancaires ou autres, la réalisation de détournements organisés, les pillages ou l’anéantissement total de sites économiques vitaux, etc. !

- Ces peccadilles, répondit Candide, s’effaceront et disparaitront rapidement en recrutant des hackers anti-hackers ! Elles n’affectent en rien la solidité des réseaux sociaux et leur place primordiale dans les arts, la culture, l’économie, le commerce (surtout !) et la politique...

- Solidité ? Fragilité ? Mettez-vous vite d’accord soupira Cunégonde mais où trouver une combinaison de cybernaute pour aller visiter le cloud ?
Tandis que Candide éclatait de rire et rappelait à son vieux maître complètement dépassé qu’il fallait vivre avec son temps et qu’on ne pouvait rien contre le Progrès, Pangloss soutenait mordicus que ces « réalités virtuelles » prises au premier degré n’auguraient rien de bon quant à la contribution du Net au meilleur des mondes possibles…


Jacques Frexinos

Edito du mois d'octobre 2015
L’Auta numérisé : un monument enfin visitable !

L’année 2015 restera pour L’Auta historiquement importante avec la mise en ligne gratuite et ouverte à tous des quatre premières séries parues entre 1906 et 2008. Il s’agit de cent deux ans de publication concrétisés par une suite de 720 numéros dont la collection complète est pratiquement introuvable sauf pour chez quelques rares collectionneurs et dans nos archives !
Cette mise en ligne signifie à travers Internet la lecture et l’impression possible de tous les articles parus au cours de cette période c'est-à-dire une ouverture complète sur plus d’un siècle de publications, concernant l’histoire, les arts et la littérature en Midi-Toulousain et parfois bien au-delà !

Ce grand « chantier » a commencé en 2009 par l’élaboration d’un répertoire global de tous les articles et de tous les auteurs, chaque numéro étant patiemment repris et « disséqué » par Marianne Miguet, Anne-Marie Félix, Odette Molinier, Georges Brielle Jérôme Kerambloch et les conseils d’André Hermet dans les tous débuts. Un travail de bénédictin et de bénédictines, pendant des mois, remarquable par sa précision, son efficacité et couronné par l’établissement d’une immense table des matières associée à des mots clés permettant de retrouver facilement un article dans l’incroyable richesse informative de L’Auta ! Certes il existait déjà dans chaque numéro de fin d’année un récapitulatif intéressant mais sa consultation impliquait une recherche patiente de tous les fascicules et la fiabilité des informations était relativement variable selon les périodes.

Cette première étape fut ensuite magnifiée par son exploitation informatique et l’ouverture du site internet des Toulousains de Toulouse en octobre 2012. A ce moment là, notre société entrait dans la modernité avec la mise en place d’un superbe site internet, parfaitement géré et constamment actualisé par Amandine de Pérignon (également assistante de rédaction de L’Auta) aidée par Françoise Peyré. Le site des Toulousains de Toulouse Musée du Vieux-Toulouse offre différentes rubriques consacrées à la société et à son histoire, au musée et à son contenu, à l’hôtel Dumay, à la revue L’Auta, aux adhésions et aux actualités ! Dans le chapitre Auta une table des matières permet en quelques clics de retrouver les articles et les auteurs recherchés. Enfin une exploration possible, facile et rapide ! Ce grand progrès s’accompagnait hélas d’une frustration : l’impossibilité de lire l’article tant que sa numérisation n’était pas effectuée.

C’est cette dernière étape qui vient d’être franchie grâce au concours à titre gracieux de la Bibliothèque Nationale de France (BNF) après l’établissement d’un partenariat avec les Toulousains de Toulouse grâce à l’aide précieuse de la Bibliothèque municipale de Toulouse et notamment d’Angeline Lavigne.
Pour arriver à ce résultat, il a fallu franchir plusieurs étapes selon les instructions données par notre interlocuteur à la BNF Arnaud Dhermy.
- La première étant la vérification de la collection, (nombres de numéros, pages, étude des lacunes de nos collections) par Marianne Miguet et son équipe qui se sont aussi lancées à la recherche des rares numéros manquants…
- Ensuite il a fallu demander d’autorisation à tous les auteurs encore vivants (et aux ayants-droit des auteurs décédés) de mettre en ligne leur texte. Ce fut un travail de longue haleine pour localiser les personnes, (ou découvrir des auteurs cachés derrière des pseudonymes mystérieux), que réalisa pendant des mois Amandine de Pérignon secondée par Mme Miguet, M. Brielle et Mme Félix, Jérôme Kerambloch et M. Villeval. Pour respecter parfaitement les règles il a été également nécessaire de publier dans L’Auta un texte signalant ce projet et attendre ensuite un délai légal de 6 mois avant de passer à l’étape suivante.
- S’en est suivi, la mise sur la plateforme internet de la BNF, par Amandine de Pérignon, de 720 «fiches d’état », détaillant pour chaque fascicule à numériser : titre, éditeur, année, n°, nombre de page…, associées à un code barre afin de permettre aux opérateurs de la BNF de lire instantanément les informations.
- Enfin pour terminer nous avons envoyé trois caisses des précieux documents au siège de la BNF via la BMT. Une fois sur place les documents ont été traités et numérisés avant d’être mis en ligne le 21 juillet 2015. A cette date, 277 premiers fascicules de L'Auta étaient déjà visibles sur Gallica ! Cette mise en ligne se fait au fil de l'eau, sans cohérence éditoriale, en fonction du travail du prestataire ; des compléments sont donc attendus dans les semaines à venir.
Vous pouvez consulter sur : http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/cb34475573v/date


2015 est donc une année cruciale dans l’histoire de notre revue. Il y aura un Avant, et un Après ! Avant, l’immense somme des articles de L’Auta représentait une pyramide mystérieuse et pratiquement impénétrable, dont nous connaissions la richesse virtuelle mais dont nous ne pouvions pénétrer tous les secrets sinon au prix d’une recherche longue et fastidieuse et pas toujours couronnée de succès. Aujourd’hui, bien que tout ne soit pas complète terminé, le « monument » de L’Auta est visitable ! Nous pouvons en redécouvrir toutes les salles. Nous en avons le plan et l’accès au terme d’un immense grand travail commencé en 2009 ! Que la BNF, la BMT et toute l’équipe des « volontaires( ) » et tous les professionnels( ) qui ont travaillé à ce projet pendant plusieurs années en soit très vivement félicités et remerciés !

NB. Une question va obligatoirement surgir : et la numérisation de la cinquième série (2008 à ce jour) c’est pour quand ? Pour plus tard ! Permettez-nous de garder un peu de travail pour nos successeurs… D’autant que les numéros 2008- 2015 sont toujours disponibles à notre siège social à des prix très intéressants !


Jacques Frexinos

Edito du mois d'août-septembre 2015

Vers l’UNESCO, une très longue route …

La route vers la « reconnaissance » de la ville de Toulouse par l’UNESCO sera longue et difficile. Cette aventure dépassera largement la durée du mandat de l’actuelle municipalité qui est déterminée à lancer la Ville dans cette rude escalade… Tout le monde en est parfaitement conscient. C’est un engagement au long cours sur au moins une décennie et peut-être plus ! Pour ce grand projet, l’installation par notre maire, M. Jean-Luc Moudenc, le 12 mai d’un comité scientifique et le 22 mai d’un comité d’orientation (auquel participent les Toulousains de Toulouse) symbolise le tout premier jalon, de ce parcours « homérique » dont il faut bien évaluer les principales difficultés !
La science des projets, disait le marquis de Vauvenargues, consiste à prévenir les difficultés de leur réalisation.
Plus que jamais ce sage aphorisme mérite d’être médité et appliqué !
D’abord connaître le terrain et la topographie du parcours envisagé. Paradoxalement l’extraordinaire richesse du patrimoine français peut représenter un premier problème. Sur les 1007 biens actuellement inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO, la France est en effet « très bien servie » puisqu’elle en compte 39. Ceci va peser sur la sélection de la candidature toulousaine comme elle pèse déjà sur les candidatures françaises dont les dossiers sont dès à présent en liste d’attente à un moment où l’attention particulière de l’UNESCO est surtout focalisée sur les pays non européens ou émergents…
Il y a concurrence et la barre est donc placée très haute. Il ne suffit pas de déclarer « Toulouse est une très belle ville » (qui peut et doit être encore embellie !) et « a une histoire très intéressante ». Il faut faire l’inventaire des biens qui peuvent fonder la demande et les rassembler autour d’une ligne de force qui témoigne de l’originalité de la candidature. Cela demande de dégager un thème spécifique véritablement porteur, non redondant (ou le moins possible) avec ceux déjà primés ou ceux de nos concurrents déjà en piste, dont certains attendent depuis plus vingt ans !
A cela il faut ajouter, le nécessaire soutien sans réserve de toute la population toulousaine et l’union parfaite de tous les protagonistes, à la fois des autorités publiques et de la société civile. Un projet innovant (on aime bien ce mot aujourd’hui), culturel, original et populaire !
Nos « joyaux », reconnus actuellement par l’UNESCO, sont d’une part les sites de Saint-Sernin et de l’Hôtel-Dieu au titre des chemins de Saint-Jacques et d’autre part le canal du Midi. Avant même de « candidater », il faut les entretenir et les embellir, le plus et le mieux possible, sous risque de déclassement des acquis actuels ou du refus de notre future demande… La Société Archéologique du Midi de la France a déjà souligné, il y a quelques mois, cette importante et incontournable exigence.
Les Toulousains de Toulouse, conscients de tous ces impératifs, se réjouissent néanmoins de la grande « renaissance patrimoniale » qui vient d’éclore dans de la Ville rose. Ils participeront sans réserve à cette grande et belle aventure.

Jacques Frexinos


Edito du mois de juin- juillet 2015

Trésors cachés : le musée du Vieux-Toulouse se dévoile

Pour la troisième année consécutive, les Toulousains de Toulouse organisent une exposition temporaire dans la salle Pierre-de-Gorsse.

Les précédentes, en 2013 et 2014, ont connu un superbe succès, la première étant consacrée au « magicien » Marius Cazeneuve, l’autre au bicentenaire de la bataille de Toulouse.

Cette année le titre ne laisse guère de doutes sur la teneur de notre projet : montrer ce qui n’est pas habituellement visible. Cette exposition aurait pu être également appelée « Dans les réserves du musée… » ou encore « Découverte des richesses inconnues du MVT… ».

Le but est de faire connaître la richesse quantitative et qualitative de nos réserves muséales. Nos troisième et quatrième étages sont devenus, au fil du temps et des acquisitions, en particulier des dons, une véritable caverne d’Ali Baba avec des milliers d’objets, de tableaux, de gravures, de sculptures, méticuleusement emballés, répertoriés et sécurisés par Amandine de Pérignon et Jérome Kerambloch qui quotidiennement surveillent et entretiennent ces richesses.

L’an dernier ces réserves ont été victimes d’une épidémie de moisissures. Une véritable catastrophe entraînant des efforts (intellectuels, physiques et financiers) pour neutraliser puis effacer les dégâts : évacuation des objets attaqués, traitement chimique, mise en place des déshumidificateurs et remplacement des vieilles étagères en bois par des métalliques, restauration de certains objets.

Aujourd’hui, tout est presque réparé et cette magnifique exposition a pu être réalisée grâce au travail remarquable d’une petite équipe de volontaires qui s’est régulièrement réunie pendant plusieurs mois pour assurer des choix judicieux et une scénographie parfaite. Il s’agit (par ordre alphabétique) de Georges Brielle, Christophe Marquez, Marianne Miguet, Jean-Pierre Suzzoni, Gérard Villeval et bien sûr Amandine de Pérignon et Jérôme Kerambloch.

Par ailleurs Daniel Périssé, Pierre Nouilhan et Lucien Remplon ont participé à la rédaction de ce numéro spécial, tandis qu’une aide bienvenue du musée Paul Dupuy, était assurée par Francis Saint-Genez et Barbara Estol-Cabrera. Merci également au frère Eric Pohlé, Geneviève Bessis, Isabelle Casse et Nicolas Frontère.

Qu’ils en soient tous vivement remerciés et chaleureusement félicités !

Ces témoignages de reconnaissances seraient incomplets si nous ne rendions pas hommage aux généreux donateurs qui depuis plus de cent ans ont permis d’assurer le développement de notre musée ! Merci à tous !

Jacques Frexinos

Edito du mois de mai 2015

Allocution du président : Assemblée Générale du 14 mars 2015

Les Toulousains de Toulouse : d’hier à aujourd’hui
Notre 112e assemblée générale s’est tenue le 14 mars à l’hôtel d’Assézat,
en présence de M. Pierre Esplugas représentant M. le maire de Toulouse.

Une piqure de rappel me paraît nécessaire pour mesurer depuis1904 date de notre fondation le chemin parcouru. Cette longue course relai, qui s’est déroulé sans trop de heurts de génération en génération, nous a amené de la Belle Époque au début du XXIe siècle et à la génération internet. Aujourd’hui nous devons faire le point et nous interroger : d’où venons-nous ? Qui sommes-nous ? Où allons-nous ?

D’où venons-nous ?
En 1904, Frédéric Mistral (1830-1914), qui venait d’être « nobélisé », était au sommet de sa gloire et avec lui le Félibrige et la langue Occitane. Le maître de Maillanne, instruit par son ami et aîné Roumanille, avait depuis plus de cinq décennies lancé sa grande croisade et suscité de multiples associations régionales allant des rives de Provence aux coteaux d’Aquitaine.
A Toulouse l’Escolo moundino, du nom des toulousains au temps des comtes Raimond, fut créée le 14 août 1892, en présence de Louis–Xavier de Ricard, Antonin Perbosc, Prosper Estieu, Emile Pouvillon, Antonin Quarcy etc. C’est à ce moment-là que fut adoptée comme symbole la croix dorée aux douze pommeaux des comtes de Toulouse. Portée par un succès spectaculaire, l’Escolo moundino créa ses propres Jeux Floraux, concurrençant sérieusement la très prestigieuse Académie, installée depuis plus de six siècles !
L’Occitanie était alors flamboyante mais rapidement l’Escolo moundino fut perturbée par des chamailleries politiques, historiques et grammaticales ! D’un côté se rangèrent les défenseurs de la partie patoisante qui, se détachant de la graphie mistralienne, publièrent successivement les revues Le Gril puis Terro d’Oc qui parut pendant 35 ans jusqu’en 1938. De l’autre, se regroupèrent les fondateurs du mouvement occitan, les félibres rouges, patriotes et anticléricaux, puristes de la graphie savante dite d’Estieu et Perbosc, elle-même différente de celle de Mistral. Ils éditèrent la revue Mont-Segur et créèrent l’Escola Occitana.
C’est dans ce contexte d’un renouveau occitan, dynamique mais divisé, que naquit en décembre 1904 la société des Toulousains de Toulouse, dénomination inspirée par celle des Toulousains de Paris qui avaient formé dans la capitale l’association dite La Luscrambo (le vert luisant) en 1893. Le programme et les buts des TDT étaient alors de « conserver à notre Cité tout ce qui rappelle son long passé de gloire et de grandeur ». Cela allait de la préservation et de la restauration des vieux monuments, au respect « des antiques traditions et coutumes » et à la sauvegarde de notre « vieille langue si douce et si sonore ».
Mais nos pères fondateurs, réunis autour de l’emblématique Bacquié-Fonade, majoral du Félibrige, n’hésitaient pas à élargir leurs missions félibréennes. Ils voulaient aussi lutter sérieusement contre le dépeuplement des campagnes, insistant sur le danger pour la santé de cette « transplantation paysanne » dans les grandes villes. Ils voulaient également favoriser le rapatriement (sic) de compatriotes malheureux exilés « en France » auxquels seraient réservés à Toulouse des emplois par les grands commerçants et industriels… Bref un grand patriotisme local, associé à une philanthropie que l’on pourrait qualifier de sélective et à une écologie « occitanienne », avant l’heure !
L’Auta, bulletin et tribune d’expression des TDT édité à partir d’avril 1906, portait en bandeau la devise O Toulouse ! Ciutat Maïrale ; cette cité maternelle fut la grande déesse des TDT qui ouvrirent leur musée la même année. L’association, allait survivre à la Grande Guerre et fut reconnue d’utilité publique en 1927. Vingt ans après elle bénéficiait de la générosité du Dr Siméon Durand avec le don de l’hôtel Dumay.

Qui sommes-nous aujourd’hui ?

En 2015, plus de cent onze ans après notre création, nous existons toujours même si certaines de nos missions initiales se sont progressivement transformées. La plus importante mutation a porté sur la conservation de la langue occitane, qui s’est progressivement effacée. Cette mission a été fort heureusement reprise par d’autres associations. Quelques reproches nous sont parfois adressés dans la défense du patrimoine toulousain. En 1904 nous étions seuls sur la place et nous avions assez facilement une vision globale de la situation. Aujourd’hui, les problèmes surgissent quotidiennement et le champ de bataille s’est immensément élargi ! Heureusement de nouvelles lignes défenses se sont créés, législatives certes mais aussi et surtout privées avec la création de dizaines d’associations de quartier, chacune veillant jalousement et efficacement sur son « territoire ». Si elles sont souvent en première ligne, les TDT sont toujours prêts à les soutenir ou à rejoindre leurs justes combats.
Nos activités « régulières » se développent. Le Musée connaît un succès solide. L’Auta a très bien évolué et nous en sommes fiers ! Les conférences mensuelles programmées par J-P Suzzoni, ont un succès grandissant ainsi que les visites mensuelles gérées remarquablement par Odette Molinier. Ce train-train habituel, qui paraît facile vu de l’extérieur, nécessite des efforts quotidiens importants d’autant que les grandes causes à défendre existent toujours. Ainsi le projet de plan de sauvegarde et de mise en valeur, du Vieux Toulouse, « intramuros », le fameux PSMV. En 1962 nous étions les premiers à en parler ! Nous sommes revenus plusieurs fois à la charge sans résultat concret ! Aujourd’hui un grand espoir : la municipalité actuelle a déclaré son intention de reprendre ce très long chantier ! Toulouse sera-t-elle un jour inscrite au patrimoine de l’humanité édité par l’UNESCO ?

Où allons-nous ?
A long terme, la réponse est impossible à donner car les restrictions budgétaires à venir dont on parle beaucoup, sont extrêmement préoccupantes car notre budget repose pour 65 à 70% sur nos cotisants. Nous espérons que notre association, reconnue d’utilité publique et forte de son dynamisme et de ces multiples activités toulousaines et haute-garonnaises, sera toujours protégée par les autorités territoriales, mairie et conseil général. Sur ces bases et grâce à des réserves prudemment constituées nous pouvons encore travailler et annoncer pour cette année cinq grands projets.
D’abord la poursuite des travaux accomplis depuis plus de dix ans dans notre hôtel Dumay. Grâce aux dons de nos sociétaires dons, grâce à nos mécènes dont la fondation Total et la Fondation régionale pour le Patrimoine, grâce aussi à l’aide indispensable de la Drac et enfin et surtout grâce à notre vice-présidente Aline Tomasin qui pilote remarquablement depuis plus de cinq ans « nos grands chantiers », nous « restaurons » années après année l’hôtel Dumay. Nous allons maintenant nous lancer dans la réfection de la façade donnant sur la rue. C’est un gros budget qui reste possible si nos soutiens habituels : la DRAC pour les investissements, la Ville de Toulouse et le Conseil Général de la Haute–Garonne pour notre fonctionnement quotidien, continent à nous aider comme avant ! Les mécènes seront accueillis avec joie !
Le second point porte sur nos vecteurs médiatiques : L’Auta, grâce l’assistance rédactionnelle parfaite d’Amandine de Pérignon, poursuit gaillardement son chemin avec ses 44 pages mensuelles consacrées à l’Histoire, aux Arts et aux Lettres en Midi toulousain. L’Auta va être prochainement numérisé grâce au travail gigantesque fait par Marianne Miguet, Georges Brielle, Mme Anne-Marie Félix, Odette Molinier. Cette numérisation sera réalisée des premiers numéros (1906) jusqu’en 2008 en partenariat avec la BNF (et la bibliothèque numérique Gallica) et la BMT. Une révolution pour notre histoire ! Notre site internet géré par Amandine de Pérignon et Françoise Peyré continue sa route silencieusement mais efficacement !
Notre troisième mission est centrée sur l’enseignement et la transmission de la mémoire auprès des jeunes toulousains avec la participation du MVT au « Passeport pour l’art » créé par les instances municipales. Dans ce cadre Amandine de Pérignon assure avec enthousiasme cet enseignement artistique et mémoriel destiné aux classes de CE1 à CM2.
Le quatrième projet porte sur une exposition temporaire à l’hôtel Dumay du 15 juin au 17 octobre intitulée : Trésors cachés : le musée du Vieux-Toulouse se dévoile organisée par Jean-Pierre Suzzoni, Gérard Villeval, Jérome Kérambloch, Christophe Marquez, Marianne Miguet, Amandine de Pérignon.
Enfin, dernier point mais non des moindres, le 16 juin notre sortie annuelle aura lieu, grâce à Josette Bélaval et Georges Brielle sous des flots de Blanquette « autour de Limoux » !
Si les TDT sont toujours aussi dynamiques aujourd’hui c’est grâce au soutien de leur sociétaires, aux généreux donateurs et surtout à la trentaine de « bénévoles » qui assurent l’accueil, les permanences, le jardinage et tant de petits travaux et activités si utiles à notre hôtel et à notre société !

Jacques Frexinos

Avril 1915 vu à travers Le Cri de Toulouse

En ce début de mois d’avril, nous essayons, et ce n’est pas facile, de conforter une « jeune » tradition en donnant à L’Auta un petit air printanier, sentant le poisson d’Avril ou tout au moins évoquant un frétillement humoristique rappelant le frisson des « pescofis » lors de la première touche !
Pourtant l’Histoire ne donne pas à rire : la guerre est là, la guerre s’enterre, c’est le début des tranchées. Le 7 avril, la crête des Éparges est enfin conquise après une terrible guerre des mines et plus de 12 000 tués dans les deux camps. Le 22 avril à Ypres, ce sont les premiers gaz asphyxiants lancés par les troupes allemandes. Le 24 avril à Constantinople c’est le début du génocide arménien...
La vie « civile » continue pourtant dans la Ville rose. Pour apporter une note réconfortante d’humour, nous avons relu pour vous les quatre numéros d’avril 1915 du Cri de Toulouse( ). On y parle bien sûr de guerre mais la plaisanterie persiste… Vous trouverez donc, cher lecteur dans les lignes suivantes, quelques courts extraits ou synthèses qui, sans prétendre donner une vue exhaustive, souhaitent vous apporter un peu de nostalgie souriante et hélas aussi attristée…

Le premier dimanche du mois, le 4 avril, débute donc avec un dessin de Jan Metteix Pâques 1915 la légende suivante : Les Boches - Dommage que le Coq soit là ; l’œuf ferait bien notre affaire ! Pâques 1915 L’hebdomadaire débute gravement avec un superbe poème de Jeanne Marvig intitulé Les Cierges, suivi d’une Question d’Orient vue humoristiquement avec des Turcs « qui fument le narguileh (sic) et mangent le rahatloukoum en invoquant le nom d’Allah. De temps à autre, lorsque les Grecs et les Bulgares les excitent, ils sortent de leur torpeur et ordonnent le massacre des Arméniens… ».
Ce dont on parle beaucoup à Toulouse en ce début de mois est le déplacement du préfet M. Hyérard qui, en désaccord avec son secrétaire général, M. Martin a suscité les interventions du ministère et de plusieurs notabilités politiques locales « dans des sens tellement différents que la seule solution jugée possible est le déplacement des deux administrateurs » ! Le Cri paraît regretter beaucoup le départ du préfet car il rend hommage « à son tact, à sa parfaite courtoisie et à la grande élévation de son caractère » ainsi qu’au dévouement de Mme Hyérard et « à la douce simplicité avec laquelle, elle accomplissait tous les jours son noble sacerdoce »… Il s’agit des œuvres locales d’assistance.
Dans les Notes de Guerre, une colonne est consacrée au passe-temps des poilus et en particulier à la fabrication des bagues de guerre à partir des fusées en aluminium des obus allemands. Cet anneau, fort à la mode dans les tranchées, est porté à la ville par les femmes « qui regarde fièrement ce cercle scintillant ainsi qu’un métal blanc en fusion qui provient d’un engin de mort ». Le Cri poursuit patriotiquement en déclarant : « Les tranchées, sous la mitraille, devenant une succursale de la rue de la Pomme, voilà certes un phénomène étrange qui nous prouve les ressources et l’ingéniosité de notre race. Il ne faut vraiment s’étonner de rien de la part de nos soldats. Ils représentent aussi bien toutes les classes que toutes les traditions, toutes les aptitudes et tous les talents de notre pays ».
En suivant, un sérieux avertissement est lancé aux fournisseurs des armées et en particulier à « une catégorie de malins qui se sont improvisés fournisseurs du jour au lendemain et réalisent, depuis que les hostilités ont commencé des bénéfices scandaleux ! ».

Le Cri du dimanche 11 avril 1915 n’apporte guère de nouvelles révélations sur opérations militaires. La « couve » est consacrée à un dessin de Fabiano (La Vie parisienne) qui, sous le titre Les jeux de physionomie, montre à partir d’un même évènement des réactions bien différentes en France et en Prusse. Quand un communiqué annonce en France : L’armée belge a continué sa progression sur l’Yser, en Prusse on déclare : Nous avons opéré un retraite stratégique en Belgique. Et les visages des personnages s’accordent parfaitement à la situation. Au dessous un poilu souriant et une jolie frimousse sont heureux d’entendre : En Champagne et en Alsace chaque combat a pour résultat de nouveaux progrès de l’armée française tandis qu’à côté les mines sont consternées en apprenant que : Par mesure de précaution, la ration de pain sera remplacée dorénavant par une demi ration d’avoine. Des visages réjouis entendent du côté français : Les Anglais avancent victorieusement vers Lille, alors que les Prussiens contrariés apprennent : Nos troupes subissent en Champagne une canonnade infernale.
En page 5 figure un remarquable dessin de Jan Metteix montrant le Christ les bras tendus qui déclare : J’avais dit aux hommes « La Paix soit avec vous ». Triste constat d’impuissance ou effroyable preuve de la folie humaine.

Le dimanche 18 avril 1915, le dessin de la Une est un emprunt à The Systander de Londres, caricature très noire où Satan écrit à l’empereur Guillaume : A Guillaume, son dévoué Satan : Mon Vieux Guillaume Pourquoi dis-tu toujours que Dieu est de notre côté ? Une allusion directe à ces horribles tueries qui animent et frappent deux nations chrétiennes, et aussi aux dernières déculottées prussiennes… Il faut entretenir le moral…
C’est le Printemps et Jeanne Marvig, sous ce titre, livre un poème plein d’espoir et de gravité. L’Actualité humoristique traduit les sentiments d’un désenchanté en l’occurrence le Grand Turc qui aurait vu entrer le15 avril les Alliés à Constantinople et qui se lamente de son alliance avec les Prussiens l’ayant conduit à la défaite.
En Prévisions des Zeppelins, Le Cri s’interroge : Viendront-ils à Toulouse ? Comment s’habiller alors pour descendre rapidement à la cave ? Il est recommandé pour les dames un tailleur de voyage en deux pièces seulement ou une jupe d’alpinisme avec un sweater et en cas de frilosité un manteau de voyage, de laine bourrue, de nuances neutres ; Songez Madame que vous descendez dans une cave. C’est un peu comme dans une tranchée. Quant aux messieurs le pyjama tout bonnement…
Dans la rubrique L’Actualité sportive des centaines de courtes notes donnent des renseignements sur les équipiers Toulousains, un tel revenu du front est au dépôt d’Agen, un tel a été blessé mais va bien, un autre éclat d’obus à l’épaule, etc. La saison sportive, du moins ce qu’il en reste a été bonne, même s’il n’y pas eu de compétition officielle.

Le numéro 174 du dimanche 25 avril s’ouvre sur une caricature de Pasquino (Turin) intitulée Faute de Grives… avec la légende : Ces glands sont vraiment délicieux, j’aime mieux laisser mon pain aux cochons ! En ces temps de disette, faire semblant de trouver très bon une maigre pitance et ne pas avouer qu’on crève de faim…
L’Actualité humoristique décrit une Fausse alerte. Un couple dans une chambre, place Saint-Pantaléon est réveillé par un vacarme affolant faisant redouter puis évoquer l’arrivée d’un zeppelin qui s’avère être simplement le service des ordures… Le nouveau préfet M. Lucien Saint vient de prendre ses fonctions, tout est revenu normal à la Préfecture.
Le Cri publie la recette trimestrielle (janvier, février et mars) des trois théâtres (Capitole, Variétés et Nouveautés) et des quatre cinématographes dont les deux plus grands sont l’Apollo et le Lafayette. Les spectacles ont toujours du succès et la recette totale s’élève à 238 359 francs dont 21 677 sont versés à la Commission des droits des pauvres ; les hôpitaux ont besoins d’argent…
Page suivante un entrefilet raconte l’histoire qui vient d’arriver à Paul Birault, l’inventeur d’Hégésippe Simon, « cet éducateur de la Démocratie ». Cette farce avait piégé des dizaines d’hommes politiques de tous bords, adhérant à un Comité du centenaire destiné à réunir les fonds puis à inaugurer à Poil (Nièvre) un monument à la gloire du célèbre Hégésippe ! Bref, Birault avec son ventre rondelet et un peu d’asthme incorporé au 54e, à Laval, a été l’objet d’une méprise glorieuse de la part d’un de ses chefs qui le rencontrant lui déclare : - Oui, oui, je vous connais… C’est bien vous, Hégésippe Simon le précurseur ? - Mon colonel, répondit Paul Birault… je suis son père !
Une autre histoire intitulée : Il ne faut pas juger sur la mine est arrivé à un médecin major examinant des convalescents dont un sollicitait une prolongation de congé et effectivement le soldat avait encore mauvaise mine, le teint jaune et les joues creuses.
-Voilà ce que c’est de vous avoir rendu à votre famille ! grommela le major. Hein ! Mon gaillard, c’est votre femme qui vous a mis dans cet état ?… Oui, oui, inutile de rien dire ; je vois bien ce qui en est. Ah ! Ces femmes toutes les mêmes ! Qu’est-ce que vous faites dans le civil ? – Je suis second vicaire à Notre-Dame, monsieur le major. Inutile d’ajouter que le major s’excusa de sa méprise, dont l’abbé lui-même fut le premier à rire. Gageons que la prolongation demandée fut certainement accordée…

C’était la guerre, on essayait de garder le moral…

Édito du mois de mars 2015
Où Candide devint atrabilaire …

Etaient-ce les brumes hivernales ? Etaient-ce les giboulées de mars ? Ou quelques contrariétés plus secrètes ? Le caractère de Candide s’assombrissait plus souvent que de raison et l’acrimonie envahissait ses ventricules. Au cours de son séjour toulousain, notre jeune homme, confronté aux découvertes de la vie actuelle, était plus étonné par l’évolution des mœurs et des coutumes que par les progrès techniques qui pourtant de son temps auraient relevé d’une horrible sorcellerie et conduit leurs promoteurs au bucher …

Bien que suffisamment averti et toujours empreint des idées philosophiques du siècle des Lumières, totalement acquis à une raisonnable tolérance, Candide n’arrivait pas à comprendre le langage des communicants actuels dont la transmission du « savoir » était d’après lui un « faire savoir » plus proche du bourrage de crâne que du « passage » intelligent de la connaissance. Ces communicants, que l’on appelait autrefois les bonimenteurs, les camelots, les aboyeurs, les rabatteurs, compilaient allègrement les pires truismes et s’en servaient pour séduire les esprits faibles par des idées simples immédiatement assimilables, sans grand effort cérébral ! Imités ou imitant de nombreux gouvernants, ils appliquaient parfaitement, mais sans le savoir, la maxime de Tocqueville : Une idée simple mais fausse s’impose toujours face à une idée juste mais compliquée ! Il est vrai que l’homo sapiens n’avait guère changé depuis des millénaires et obéissait toujours aux lois les plus archaïques que Pangloss avait nommé les trois immortelles : le pouvoir, l’argent et l’envie…, cette dernière étant assez spécifique de l’esprit gaulois. Cette trilogie régnait donc sur toutes les classes sociales et professionnelles, fussent-elles économiques, politiques, artistiques, culturelles, touristiques, sportives, etc. Elle se retrouvait aussi dans la moindre communauté urbaine ou rurale dès le regroupement de deux à trois personnes. Malgré le désaccord de Pangloss, Candide soutenait que ces modernes camelots devenus les hiérophantes de la modernité, de la liberté, de l’égalité et de la solidarité, propageaient les projets et les idées les plus utopiques en se moquant totalement des funestes conséquences que pouvait entraîner leurs perverses tromperies.

Candide surenchérissait en accusant ces communicants d’avoir aussi ajouté une corde à leur arc ou une flèche dans leur carquois en devenant les prosélytes de l’anglicisme. Tout ce qui sentait l’outre Atlantique ou l’outre Manche, tout ce qui fleurait bon le in, donnait un « plus » très appréciable à l’idée que l’on souhaitait développer… La nation gauloise, qui passait pour être une des moins polyglottes de la planète, se targuait cependant de parler « anglais » en usant quotidiennement d’onomatopées multiples et variées du genre english speaking …

Pangloss voulant rabattre le caquet de son élève demanda à Candide d’expliquer plus précisément sa pensée. Simplissime, répondit le jeune homme, voici un exemple très court : « maïeTF1 » ! Un grand silence suivit cette réponse inattendue, obligeant Candide à détailler sa fulgurante réplique ! Oui, dans ce fameux MyTF1 tout reposait sur ce fameux pronom possessif My. Ce maïe déclenchait chez Candide des prurits intenses accompagnés de violentes colères contre ce qu’il qualifiait de langue des écrevisses ! Le royaume de France, disait-il, est actuellement envahi par ces maïe intrusifs transformant notre douce langue en piaillements incongrus et vulgaires. Le possessif français mon, tant utilisé depuis des siècles pour des usages familiers (mon coiffeur, mon boulanger, mon médecin, etc.) devenait beaucoup plus élégant et plus in quand on le traduisait en anglais pour faire passer une idée d’adoption, de fidélisation, de possession et pourquoi pas de soumission ! Là où le mon aurait été totalement incongru sinon ridicule, car personne n’avait l’idée de s’approprier une chaine de télé, le my passait par contre allègrement au nez et à la barbe de notre très sage Académie, estimée certes mais peu écoutée et bafouée bien de fois sur ces problèmes linguistiques !
L’incorporer au Net, c’était immédiatement l’adopter ! Pour ouvrir des « portails » , il y avait maintenant des my partout ! On retrouvait des déclinaisons de MyTF1 sous la forme de MyTF1 météo, MyTF1moneydrop, MyTF1les douze coups de midi, etc. La mode s’était propagée avec MyCanal, MyMillion, MyP2P…Les Hospices Civils Lyonnais avaient ouvert un portail MyHCL ! A quand notre MyCHU ?

Cette façon d’abréger rappela à Candide une récente expression toulousaine : SO Toulouse ! Comment traduire ce SO ? Fallait-il comprendre Tellement Toulouse, Ainsi Toulouse ou considérer le SO comme le diminutif de Sud Ouest ? Renseignement pris, il s’agissait très officiellement d’un jeu de mots à double sens à la fois exprimant Sud-Ouest mais aussi tellement, très , aussi, ensuite, alors… Une superbe idée so British dont Candide se gaussait en ratiocinant que sa portée n’allait bouleverser ni le monde, ni magnifier la Ville rose qui n’avait guère besoin de cette suprême astuce, etc.!

Pangloss, qui se désolait de voir son élève perdre ainsi son temps pour disserter sur de telles vétilles, lui rappela que la langue française avait raté complètement son avenir, il y a plus de deux siècles quand le très francophile Thomas Jefferson l’avait proposé comme langue officielle pour la très jeune Union américaine. Cette demande avait été rejetée, certains disent à une voix près ! La Constitution américaine fut donc rédigée en anglais. La messe était dite…

Pangloss espérait par ce grand rappel historique, calmer l’atrabile de Candide en lui démontrant que les racines des « maux actuels » étaient très anciennes et que, depuis, nos concitoyens ne faisaient que subir des décennies de domination linguistique ! Le combat actuel contre le my n’en devenait que plus futile. Candide, plus que jamais de fort méchante humeur, n’abdiqua pas pour autant et répliqua vertement à Pangloss que, malgré toutes les explications historiques, possibles et imaginables, pour cette affaire, il n’accepterait pas de conclure par son acquiescement habituel: « Et tout sera pour le mieux … » ! So !

Jacques Frexinos


Edito du mois de février 2015
Où en est le « secteur sauvegardé » de Toulouse ?


On en parle depuis longtemps, très longtemps, à tel point que certains croient qu’il existe ! D’autres, plus instruits, s’interrogent et se désolent : comment et pourquoi Toulouse n’a pas encore défini et déposé un PSMV (plan de sauvegarde et de mise en valeur) ?

Il y a déjà cinquante-deux ans les Toulousains de Toulouse furent les premiers à mettre cette question sur le tapis ! C’était en juin 1963 ! L’Auta annonçait : Toulouse exclue de l’application de la loi sur les quartiers historiques. Sous ce titre notre mensuel publiait en effet la lettre adressée par notre président Pierre de Gorsse au Maire de Toulouse, M. Bazerque. « Monsieur le Maire, Vous n’ignorez pas qu’une loi du 4 août 1962 complète la législation sur la protection du patrimoine historique et esthétique de la France et tend à faciliter la restauration immobilière de certains quartiers de caractère archéologique ou pittoresque… ». Notre Président s’étonnait d’apprendre que sur toute la France quinze villes seulement avaient été retenues pour l’application et que Toulouse ne figurait pas dans cette courte liste ! Rien d’étonnant en fait, Toulouse n’avait rien déposé… Cette désagréable surprise poussait alors Pierre de Gorsse à demander au Maire « d’intervenir sans retard pour que notre ville puisse être inscrite dans la liste des communes de France qui seront appelées à bénéficier de l’aide de l’État et que certains secteurs de Toulouse soient susceptibles de bénéficier des heureuses dispositions de la législation nouvelle ». On pouvait alors espérer une réponse assez rapide… Les mois et les années passèrent et rien ne se passa, hormis le temps !

Après avoir interrogé à l’occasion des élections municipales de 1971, les divers candidats, L’Auta rendit compte à ses lecteurs des réponses évasives ou des engagements plus formels mais pré-électoraux… Après l’élection de Pierre Baudis à la mairie de Toulouse, les Toulousains de Toulouse constatèrent avec plaisir que, par délibération du 21 mars 1972, l’assemblée communale avait décidé de solliciter le secteur sauvegardé pour quatre quartiers : les Changes et Saint-Rome, le Taur, la Dalbade et Saint-Etienne. En mai 1972, L’Auta publiait un nouvel article intitulé : Toulouse aura-t-il enfin des « secteurs sauvegardés » ? L’attente reprit…

En juin 1980, devant l’absence d’annonce concrète, Les Toulousains de Toulouse lançaient un nouvel appel : Quid des secteurs sauvegardés ? Deux ans encore passèrent. C’est en 1982 que le début du commencement d’une réalisation fut enfin constaté ! Le travail avança au cours des années suivantes et, en 1986, le périmètre du secteur sauvegardé était approuvé par la Ville. Dès lors s’ouvrait l’exercice de l’établissement du règlement du secteur sauvegardé, concrétisé logiquement par la publication d’un Plan de Sauvegarde et de Mise en Valeur (PSMV) qui, après approbation de la Ville, devenait le règlement d’urbanisme de la zone. Ce travail fut entrepris…

Aujourd’hui, en 2015, rien n’est fini ! Tout s’est même arrêté en 1992 ! Pourtant, en France, 68 villes ont déjà publié leur PSMV dont notre voisine, Albi, classée depuis 2010 au patrimoine mondial de l’UNESCO après avoir publié dès 1993 son secteur sauvegardé. On peut se demander pourquoi la ville de Toulouse n’a pas encore son PSVM ? Y aurait-il des problèmes insurmontables ? L’intérêt d’un secteur sauvegardé pour Toulouse et ses espaces publics et privés n’est-il pas supérieur aux éventuels inconvénients ? Pour ne citer que ses principaux avantages, ce PSMV apporterait : une meilleure connaissance de notre patrimoine, des règles claires parce que codifiées pour les demandeurs de permis ou d’autorisation de construire, des possibilités de défiscalisation pour les propriétaires bailleurs. Et les inconvénients ? Il y aurait certes des contraintes, mais pour la bonne cause et probablement moins importantes que les éventuelles formalités et difficultés actuellement rencontrées lors des demandes d’autorisations de construire ou de rénover. Dernier fait et non des moindres : aucune inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO ne paraît possible sans la mise en place d’un PSMV à Toulouse. La Ville rose n’aurait-elle pas envie de figurer dans ce glorieux palmarès ? Notre maire Jean-Luc Moudenc a annoncé son souhait d’obtenir l’inscription du centre ancien de Toulouse au patrimoine mondial de l’UNESCO. Nous nous en réjouissons très vivement ! C’est pourquoi L’Auta et les Toulousains de Toulouse, qui en parlaient déjà il y a plus d’un demi-siècle, souhaitent que ce projet ancien, devenu le « véritable serpent de mer de la Garonne », soit effectivement remis en perspective ! « L’aventure » n’est certes pas facile, nous en sommes pleinement conscients, mais ne mérite-telle pas d’être relancée ?

Jacques Frexinos

Edito de janvier 2015

L’Auta et la Grande Guerre

Il y a cent ans, en 1914, L’Auta avait 9 ans. Les Toulousains de Toulouse fondés en décembre 1904 étaient présidés par J. Rozès de Brousse (vice-présidents : Henri Rouzaud et Dr. Et. Escat). L’Auta, organe de la société félibréenne du Vieux Toulouse, proclamait sur sa couverture : Que bufo un cop cado dus meses. Il paraissait donc tous les deux mois ? Un souhait non réalisé car de mars 1914 à décembre 1918, treize numéros seulement seront édités ! Son format a rétréci depuis les premiers numéros (28 x 38), la nouvelle série, inaugurée en janvier 1912, ayant une taille plus modeste mais plus pratique (14 x 19). Sur 16 pages, L’Auta raconte alors Toulouse, son histoire et ses chroniques, collige scrupuleusement les dons et acquisitions du musée, les comptes-rendus des réunions générales, informe les sociétaires du développement de la bibliothèque, annonce le programme des réunions mensuelles et des causeries qui ont lieu à l’hôtel du Sénéchal, salle de la Justice de Paix, rue de Rémusat. Comme aujourd’hui, L’Auta publie la liste des nouveaux adhérents qui, en décembre 1914, sont au nombre de 761 inscrits, depuis la création en 1904 !

Nous n’avons pas résisté à la curiosité de « revisiter », ces vieilles pages, jaunies par le temps, pour y rechercher les marques laissées par quatre années d’une guerre qui normalement aurait du se terminer au moment de Noël …1914 !

Il faut attendre le numéro de décembre 1914 pour voir apparaître la guerre dans les pages de L’Auta, le précédent remontant au mois de mars ! Une nouvelle rubrique Les adhérents au feu est ouverte. Le premier texte publié est une lettre adressée au président le 18 octobre par le capitaine Octobon du 14e d’infanterie. - Je vous prie de donner aux Toulousains de Toulouse, que leur âge ou leurs occupations spéciales rivent aux « cailloux pointus » toulousains, le meilleur souvenir d’un Toulousain d’adoption. Si, au grand jour de la finale victoire, je suis encore de ceux qui auront la joie de passer les Allemands au fil des baïonnettes, c’est en chantant la « Toulousaine » que je lancerai des hommes sur la horde, car la « Toulousaine » est sœur, et digne sœur de l’immortelle « Marseillaise ». Ce double patriotisme, local et national, peut paraître aujourd’hui excessivement étrange et même pour certains franchement suspect ! Il était en 1914 tout à fait naturel et bien dans l’air du temps, se retrouvant dans tous les journaux de l’époque dont le Cri de Toulouse qui avec des accents guerriers vilipendait, injuriait et massacrait du « boche » à longueur de colonnes et dans toutes ses caricatures !
L’Auta signale également, dans le même numéro, sous la plume de E. Delorme et le titre Les billets de la Chambre de Commerce que cet organisme, après la délibération du 6 novembre, a émis le 20 novembre des billets de 1 franc et de 0.50 franc, afin de remédier à la gêne causée par la rareté de la monnaie( ). L’auteur décrit le bateau qui illustre la vignette et qui porte dans un cartouche à sa poupe la date de la création de la Chambre : 1703. Jules Chalande reprendra le thème des billets de nécessité dans L’Auta de janvier 1917 sous le titre Les tickets municipaux, critiquant vertement les administrateurs municipaux qui « après deux ans d’attente ont enfin émis de la monnaie « divisionnaire » (valeur 5 et 10 centimes) en carton et non en aluminium, pièces un peu plus chères mais plus solides donc plus économiques ». Jusque là on se servait de tickets de tram, de billes de chocolat, de timbres-postes, de boites d’allumettes…
Dès le mois d’août 1914, notre très jeune musée a été aussi victime de la guerre. Situé dans un bâtiment de la Ville, l’ancienne Caserne de la Mission, il est ouvert tous les dimanche matin de 10 h à midi. Quand l’ancienne caserne retrouve brutalement sa mission militaire, le musée doit évacuer ses deux salles et concentrer ses biens dans une petite réserve. Les visites publiques sont alors supprimées pendant toute la durée de la guerre tandis que des projets de transfert à l’hôtel de Roquette dans des locaux, hélas, hors d’état de recevoir nos collections, donnent lieu à de longues et improductives discussions …

En juin 1915, la rubrique Nos adhérents au feu donne des nouvelles du capitaine Octobon, Chevalier de la Légion d’Honneur pour sa brillante conduite eu feu (2 mars 1915). Elle annonce que l’éditeur Edouard Privat, un des plus anciens sociétaires, lieutenant puis capitaine au 14e d’infanterie, a fait l’objet de deux citations, puis a été nommé au grade de chevalier dans l’Ordre de la Légion d’Honneur. H de Gaillard et un groupe de Toulousains du 133e territorial, actuellement dans la Meuse, adressent leur souvenir au Président, tandis que le fils « d’un de nos distingués sociétaires, M Batigne » promu chef de bataillon, vient d’être également nommé chevalier de la Légion d’Honneur. Un autre de nos membres, le capitaine de frégate Verdier est également proposé pour une promotion d’officier de la Légion d’Honneur.
En novembre 1915, deux pages sont consacrées aux nouvelles des adhérents ou de leur fils avec les promotions, les décorations, les citations mais aussi hélas les décès tel celui du capitaine Félix Guénot.
Le numéro suivant en mars 1916 révèle sous le titre Le Louvre à Toulouse que depuis le mois d’août 1914 notre ville abrite une partie des chefs-d’œuvre des Palais Nationaux. L’article ajoute que le sous-secrétaire d’Etat aux Beaux-arts va peut-être autoriser l’exposition de quelques uns au musée des Augustin, malgré les récriminations de quelques journalistes parisiens redoutant de possibles détériorations lors des manipulations ! Les rubriques nécrologiques se succèdent, annonçant plusieurs décès parmi les fils de nos sociétaires (Arabet, Lizop, Tarride, Ferrasse).
A partir d’octobre 1916, L’Auta et les Toulousains de Toulouse lancent une grande croisade contre la démolition de l’Hôtel-Dieu et du Pont-Neuf. Marc Lafargue chante la beauté des quais de la Garonne, J. R. de Brousse remémore le passé de ces paysages, Henri Rouzaud critique point par point le désastreux projet de l’ingénieur Pendariés. Ils sont rejoints et soutenus par de très nombreuses personnalités Toulousaine. Cette croisade se poursuit en avril 1917 avec un numéro spécial : La question du Pont-Neuf et des Hôpitaux de Toulouse, Elle se continue au cours des années suivantes et le combat des Toulousains de Toulouse retrouve des échos et des soutiens dans la presse parisienne. Sans l’action de notre société, l’irrémédiable aurait été accompli et nous ne verrions plus aujourd’hui ce paysage si beau et si emblématique de la Ville rose. C’est certainement le plus grand succès de défense et conservation du patrimoine jamais obtenu par les Toulousains de Toulouse.
Pendant ce temps, la Grande Guerre se poursuit avec ses tristes annonces (décès du capitaine Henri Escat en 1917, d’Edmond Alet en 1918 au front de la Somme, du fils de Paul Vigneau). En décembre 1918 L’Auta, muet depuis le mois de mai réapparait enfin avec un grand titre LA VICTOIRE( ) suivi d’une évocation de Toulouse le 11 novembre 1918. Tandis que carillonnaient les cloches des églises, Toulouse, pavoisée et illuminée, Toulouse bruyante mais nullement déchaînée, prenait sa part de la joie délirante qui éclatait soudainement dans la France entière. Beaucoup, hélas, tombés au Champ d’Honneur, ne vont pas connaître l’immense joie du retour…
Les Toulousains de Toulouse « d’aujourd’hui » ne doivent pas oublier cette période héroïque et c’est pour la remémorer (certes de façon incomplète) et pour témoigner du respect que nous portons à nos « anciens » que ces lignes ont été écrites.

Jacques Frexinos


Edito de décembre 2014
Où Candide renifla les odeurs de Toulouse


Toulouse au XVIIIe siècle, était qualifiée de sale, sainte et savante. Sale par son manque d’hygiène, ses rues tortueuses et boueuses, ses immondices répandues dans les caniveaux, sainte par ses cents clochers, églises, congrégations et couvents, savante par ses académies et sociétés… Candide, qui avait bien connu ce temps-là, dut convenir que Toulouse aujourd’hui était manifestement devenue une belle et grande ville, toujours savante, un peu moins sainte et presque propre ! Les pourceaux ne courraient plus dans les rues, les volailles avaient disparu des cours intérieures ainsi que les lapins des cages d’escaliers, les chiens n’erraient plus dans les venelles, l’odorant crottin des chevaux qui parfumait si abondamment l’atmosphère s’était totalement évanoui.


L’évocation de ces souvenirs nostalgiques amena tout naturellement Candide à se poser la question : que sent Toulouse aujourd’hui ? En dehors des gaz d’échappement, heureusement de plus en plus rares au centre ville, Candide constatait que Toulouse était devenue quasi inodore. Toulouse ne sentait plus la violette sinon dans quelques échoppes vendant des souvenirs pour touristes peu exigeants. Les Toulousaines se parfumaient de moins en moins, et rares étaient les élégantes qui laissaient derrière elles le sillage enchanteur de leurs flagrances envoutantes ! Même le métro, contrairement à son homologue parisien, n’avait pas d’odeur excepté les senteurs suis generis de ses voyageurs, surtout par temps chaud. Mais c’étaient des odeurs rapportées ! La foire à l’ail avait perdu ses charmes et sur les marchés les épices en vrac étaient détrônées par les sachets en plastiques ou les bocaux en verre. Seules persistaient des odeurs de viandes cuites à la broche, issues non pas de quelques festins Moyen-âgeux mais des sandwichs turcs pris sur le pouce car kebabs et chawarmas avaient détrôné le traditionnel et moins odorant jambon-beurre. Toute autre était l’odeur fétide des fruits écrasés de ginkgo biloba, jonchant et empestant temporairement certains endroits du Jardin royal et du square du Capitole. Il y avait cependant quelques exceptions agréables devant certaines boulangeries et viennoiseries où des effluves artificielles de croissant, pain, gâteau de roi, etc. embaumaient le périmètre voisin pour inciter le chaland à l’achat !


La seule odeur des trottoirs toulousains était celle des sournoises déjections canines, sournoises car elles n’étaient pas toujours suffisamment odorantes pour prévenir le promeneur distrait du danger potentiel d’imprimer leurs néfastes effets sur ses innocentes semelles. Marcher le nez en l’air dans la Ville rose, (le qualificatif rose n’ayant bien sûr aucun rapport avec la fleur et son parfum !), faisait prendre le risque de glisser sur un amas de substance molle, collante et nauséabonde, issue de quelque intestin animalier en état de dérangement digestif avancé. Candide avait compris que si la gent canine persistait dans ses perversions défécatoires, la faute originelle en revenait essentiellement à l’homo sapiens qui loin d’appliquer les hygiéniques pratiques anglo-saxonnes, helvétiques, germaniques ou ibériques, etc., laissait toute liberté à ses amis canins de se soulager a volo, au pied des poétiques réverbères, contre un mur attirant ou sur un trottoir déjà parfumé par des arômes enivrants. Nos bons capitouls avaient à maintes reprises publiés de multiples édits interdisant cette désastreuse pratique ancestrale ! Mais que faire devant le toulousain indiscipliné et têtu, persistant dans des errements contraires à la bienséance et au respect des lois de l’hygiène urbaine ? Comment lutter contre ces cohortes de « bergers » vagabonds qui, parcouraient la ville, quêtant dans les rues, sans troupeaux et sans transhumance, mais avec une horde de chiens plus ou moins bien tenus en laisse ?

 

Toulouse sans les odeurs fortes d’autrefois ? Que non pas ! Au cours de ses pérégrinations Candide avait reniflé dans certains lieux une odeur très commune lui rappelant le Toulouse de l’Ancien Régime… Parmi ces endroits, qui mériteraient de figurer au registre des « senteurs historiques », notre petite rue du May( ) se distinguait nettement de ses voisines par un passage très odorant située dans sa partie orientale, donnant sur la rue Saint-Rome. Le fameux fumet ammoniaqué y régnait en permanence, entretenu naturellement par les multiples soulagements vésicaux des promeneurs, terminant leur sorties nocturnes ou leur balade matutinale. Là, des petits instants de bonheur physiologique et gratuit, étaient devenus une grande tradition toulousaine. Par leur nombre et leur constance, ils marquaient définitivement d’une empreinte très spécifique ces quelques arpents de pavés qui servaient aussi d’entrepôts temporaires aux cartons à jeter des boutiquiers voisins… Quelques touristes naïfs avaient cru que cette mise en scène était destinée à reconstituer le Toulouse d’autrefois afin d’immerger plus rapidement les visiteurs du musée du Vieux-Toulouse (MVT) dans un grand retour vers le passé ! Des publicistes imaginatifs avaient même proposé d’utiliser théâtralement ce décor naturel (vision et odeurs naturelles). Ils y auraient placé des administrateurs ou bénévoles des TDT, costumés façon Grand Siècle qui, de cette avant-scène héleraient les touristes de la rue Saint-Rome et les inciteraient à la visite du MVT ! Candide, tout joyeux à l’idée de cette perspective, s’écria enthousiasmé « et tout sera pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ! ». Hélas les volontaires firent cruellement défaut !


Jacques Frexinos


Edito de Novembre 2014

Ce fut un bel été !
J’imagine votre surprise, chers lecteurs, devant cette proclamation qui peut paraitre très bizarre si l’on pense aux très médiocres conditions météorologiques de ces mois de juillet et d’août ! Ce n’était certes pas un été catastrophique mais le beau temps nous a quelque peu délaissé et on était loin des canicules antérieures et de leur conséquences malheureuses… Le Toulousain n’est jamais content direz-vous ! C’est un peu vrai mais le temps n’est-il pas le premier sujet de conversation de la vie quotidienne ?
Bref, ce titre n’a aucun rapport avec le beau temps mais évoque les activités de notre « cher » musée, (MVT) ouvert depuis plus de 107 ans. A côté des musées toulousains « professionnels », notre le MVT tient bien son rôle en recevant dans sa superbe cour renaissance italienne et dans ses salles de nombreux visiteurs et en battant des records historiques : 2377 entrées( ) l’an dernier, 2523 cette année . Il occupe donc une place très honorable et montre une attractivité toujours croissante grâce au travail de toute l’équipe des Toulousains de Toulouse et plus particulièrement grâce à l’action de nos bénévoles( ) qui en assurent quotidiennement l’accueil sous la coordination attentive de Geneviève Brunies-Raffy. Un grand merci doit leur être adressé car sans eux le fonctionnement de notre activité muséale ne serait pas possible.

Au cours de cet été trois manifestations particulièrement importantes ont excité le train-train habituel mais jamais monotone de la vie quotidienne de l’hôtel Dumay ! La Nuit des musées le 17 mai nous amené 655 visiteurs. Un nouvel éclairage très réussi de notre cour a été proposé par Jacques Barré. Tandis que l’animation de la cour était assurée par la sympathique et superbe chorale La Villanelle qui a notamment chanté La Toulousaine. Il parait que l’hôtel Dumay serait le dernier endroit à Toulouse (et probablement en France) où l’on chante la Toulousaine ? Triste privilège d’être les seuls et que nous sommes heureux de conserver !
Le 16 juin le « vernissage » de l’exposition Evocation de la Bataille de Toulouse, remarquablement organisée par Jean-Pierre Suzzoni avec l’aide de Jacques Barré, Gérard Villeval, Marianne Miguet, Françoise Peyré , Georges Brielle, Amandine de Pérignon, Jérôme Kerambloch a été très honoré par la présence de M. Esplugas, conseiller municipal en charge des musées qui nous a annoncé la prochaine nomination de M. Saint Genez comme nouveau conservateur officiel du Musée du Vieux-Toulouse. Cette réunion, très sympathique, a été suivie d’une « garden-party » dans la cour de l’hôtel (il faisait beau) agrémentée de boissons pétillantes et d’amuse-gueules très appréciés ! Une excellente soirée que nous comptons renouveler l’an prochain à l’occasion d’une nouvelle exposition temporaire !
Les désormais classiques Journées du Patrimoine le 20 et 21 septembre ont eu leur succès habituel avec 1014 visiteurs. Des animations musicales ont été présentées par Lâchez les chiens, un groupe de vielles à roue proposant un voyage à travers l’histoire de la musique, La Garonnette (musique traditionnelle occitane et bal musette) formation dirigée par Claire Bonnard tandis que des démonstrations de tissage et broderies étaient assurées par des membres du comité de Quartier de la Terrasse et l’association Spinners and Weavers of South France.

Jacques Frexinos

Un grand merci à tous les bénévoles ayant participé à la réussite de ces Journées du Patrimoine :

Mesdames Dominique Barré, Josette Bélaval, Geneviève Bessis, Anne-Marie Boubènes, Elena Bousquet, Geneviève Brunies-Raffy, Annie Burdin, Claudine Couderc, Anne-Marie Félix, Agnès Gandil, Micheline Glénat, Maryam Hakami, Elisabeth Mainfroy, Maïc Marsal, Michelle Martinez, Marianne Miguet, Odette Molinier, Evelyne Moniez, Monique Palaysi, Françoise Peyré, Nicole Réau, Ghislaine Sicre et Fabienne Tellier. Messieurs Jacques Barré, Georges Brielle, Hubert Couget, Michel Darnis, Pierre Delmas, Jean-Claude Fabères, Pierre Fauré, Jean-Luc Galès, Pierre Houdart, Michel Nouilhan, Robert Pliez, André Reverdy, Marcel Smotkowicz, Philippe Valmary, Gérard Villeval.

Edito d'octobre 2014

Où Candide découvrit le divin PIB !
La rumeur enflait. Tout allait de mal en pis ! Le monde (et Toulouse) courraient à la catastrophe ! La nouvelle tour de Babel allait s’effondrer, la bulle Internet exploser et l’Apocalypse s’annonçait pour demain ou quelques jours après… C’était la litanie quotidienne que rabâchait à Candide, Cunégonde et Pangloss, le capucin à longues manches qu’ils avaient rencontré lors de leur premier séjour toulousain et qui depuis ne les quittait pratiquement pas ! Le vieux moine converti à la religion écologique (voir L’Auta 2012 n°81) effrayait nos trois amis en prédisant les pires calamités. A côté de l’inévitable augmentation de la gabelle, de la taille, une surpopulation mondiale allait entraîner une famine généralisée, un épuisement des ressources énergétiques, une banqueroute et pour couronner le tout une augmentation du prix des chandelles de la manufacture de la SDRL ! Le tremblement de terre de Lisbonne n’aurait été, à côté de ces épouvantables prédictions, qu’un petit éternuement cyclopéen.
Nos trois amis, fortement ébranlés par ces terrifiantes annonces, essayèrent d’abord de se rassurer en ne décelant autour d’eux, aucun signe confirmant ces sinistres augures. Pangloss, toutefois, suggéra à Candide d’étudier de plus près l’évolution de l’économie mondiale. Ce que fit le jeune homme en commençant logiquement par celle de la rue Pélégantière, qu’il connaissait bien et dont le musée et l’hôtel Dumay resplendissaient plus que jamais, tandis que, à quelques mètres, le restaurant Le May ne désemplissait pas. Rien ici ne laissait présager un avenir funeste ! Il en était de même de la grouillante rue Serminières dont les boutiques toujours bien achalandées prospéraient insolemment même s’il était difficile d’y trouver les anciens commerces d’épices, boulangerie, pâtisserie, boucherie, charcuterie, et la morue séchée et les bonnes sardines en baril de la maison Burdoncle, aujourd’hui hélas disparue. Par contre la bimbeloterie, les colifichets, les mascaras et autres cosmétiques trompeurs, les chaussures de sports, les fringues juvéniles, débordaient des étalages. Candide en conclut logiquement que des citoyens qui faisaient passer l’accessoire avant l’essentiel ne pouvaient être véritablement malheureux mais Pangloss lui fit toutefois remarquer qu’une telle étude, même approfondie, ne pouvait apporter des conclusions générales et que la consultation d’une littérature spécifique serait extrêmement utile.
Candide se précipita alors à la bibliothèque de la rue Périgourdine pour consulter almanachs, annales, registres et follicules, demandant également aux pantouflards habituels des lieux les livres, mémoires et grimoires traitant des revenus des manufactures, des actifs des banques, et des prévisions boursières les plus récentes. Il entreprit également l’étude des cours mondiaux des matières premières, allant des Nouvelles Indes à la lointaine Mongolie, des iles Levantines aux terres les plus septentrionales des royaumes nordiques. Toutes ces références le conduisirent à un nouveau dieu, bien plus puissant et bien plus connu que toutes les anciennes idoles adorées par toutes les civilisations antérieures réunies : le P.I.B( ). C’était autour de lui que tournait désormais le monde et son devenir contredisait de façon absolue et définitive les colportages désastreux du vieux capucin ! Les funestes présages concernant un surpeuplement apocalyptique n’étaient plus de saison car les démographes, contrairement aux prévisions antérieures, assuraient que nos sept milliards actuels de terriens ne doubleraient pas à la fin du XXIe siècle. La raison en était la baisse de l’indice de fécondité secondaire à l’augmentation du PIB mondial ! Quel rapport entre les deux ? Une loi économique mystérieuse mais absolue l’affirmait et il devait en être ainsi ! Aujourd’hui évalué à 75 000 milliards de dollars, le PIB allait tripler vers 2050 ! Les mêmes savants distingués, qui n’avaient toutefois pas annoncé la crise argentière de 2009, prédisaient maintenant que cet enrichissement général profiterait même à notre bon royaume de France dont le revenu par habitant doublerait même si le pays rétrogradait du 5e au 10e rang mondial du PIB. Un recul général de la misère allait se produire. On pouvait dès maintenant affirmer que la pauvreté, en une génération (la nôtre), avait plus reculé que pendant le reste de l’histoire de l’humanité ! Candide affirmait alors que c’était à court terme la fin de la faim puisque la proportion des malnutris (il faut préciser par carence et non par surpoids, autre problème…) avait déjà diminué de moitié au cours des vingt dernières années, passant de 33.9 % à 16.3% !
Ces arguments laissèrent pantois le vieux capucin, d’autant que Candide fit également état de l’allongement de la longévité, en moyenne d’une année supplémentaire tous les quatre ans ! Ainsi, grâce aux miracles du PIB et aux progrès spectaculaires de la médecine et des médicastres, les centenaires croissaient et se multipliaient insolemment, le troisième âge prospérait et le quatrième s’établissait fermement sur des terres jusque-là incognita… Quelle joie de voir repeupler la terre de cette façon, s’exclama Cunégonde !
Devant ces propos résolument optimistes, le moine écologue, voyant infirmer tous ses funestes présages, tenta d’objecter que tout cela était théorique et que la réalité tangible, quotidienne et incontournable contredisait un prêche aussi optimiste. Candide reconnu humblement que la situation actuelle était peut-être plus délicate pour certains, mais il assura que le bilan global restait malgré tout positif et selon l’expression couramment utilisée par nos intendants politiques « demain serait meilleur ! ». Il apporta à la discussion quelques chiffres supplémentaires concernant le pouvoir d’achat des braves toulousains qui comme celui de tous les français avait progressé de 5.8% par an de 1960 à 1974 puis de 2% à partir de 1975. Pour le « smicard » qui aimait les oranges et voulait en acquérir un kilo, de savantes mesures démontraient qu’il fallait travailler 50 minutes en 1960 et seulement 12 minutes aujourd’hui ! Que dire devant de tels progrès ? Qu’opposer à la spectaculaire baisse du budget de l’habillement passant de 14 % en 1960 à 9 % aujourd’hui ? Quant au travail sa durée annuelle était descendue de 3 000 heures en 1900 à 1 607 heures actuellement ! Non seulement on travaillait moins mais on s’arrêtait bien plus tôt, ce que certains économistes voyaient d’ailleurs d’un mauvais œil !
Pourtant le vieux capucin, vicieusement obstiné, insistait sur la misère quotidienne, les mendiants et gueux essaimés dans la ville et la violence de la société actuelle que relataient en permanence les pages des folliculaires, les ondes radiophoniques et les lucarnes plasmatiques ou autres « machinophones » sophistiqués. Candide répliqua en insistant sur l’amplification médiatique donnée à ces faits et ajouta que, sans remonter au temps des duels (qui faisaient tout de même plus de 500 morts par an), les homicides avaient baissé depuis le XIXe siècle et que le bon vieux temps n’était probablement pas aussi sympathique qu’on pouvait l’imaginer aujourd’hui ! Les guerres, tout au moins dans notre chère Europe n’existaient plus depuis des lustres ou presque ! Ignorez-vous répondit alors le vieux moine les effrayants progrès réalisés dans la façon d’occire nos semblables. On était, il est vrai, passé du couteau à l’épée puis de l’arc à l’arquebuse pour terminer brillamment par la bombe atomique, la bombe H et remplacer le bouillon de onze heures par le gaz sarin, sans compter la myriade des roquettes, missiles et autres explosifs télécommandés qui garantissaient une efficacité parfaite sans risques excessifs pour l’envoyeur.
Pangloss, voyant la discussion s’échauffer et la rougeur empourprer les visages des deux protagonistes voulut mettre fin à cette disputatio par une intelligente synthèse que n’aurait pas désavouée les plus fins orateurs pérorant à la tribune des réunions politiques. « Tout cela mérite une analyse plus fine et des considérations plus approfondies car la vision de la situation diffère selon le lieu d’observation ; admettez cette proposition, Messieurs, et convenez qu’aujourd’hui tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ». Candide, qui connaissait quelques citations de l’histoire de France ajouta in petto « Pourvu que ça doure ! ».


Jacques Frexinos

Edito de Septembre 2014

Laréole : château, expo, bravo !

Voilà en quatre mots l’essentiel du message !
Le merveilleux château de Laréole, cette originale résidence forteresse gasconne aux murs zébrés de briques roses et pierres blanches, superbement rénovée par le Conseil Général de la Haute-Garonne, expose cet été du 17 mai au 28 septembre : Un Siècle d’Art en Haute-Garonne (1880-1980). Ce parcours artistique rétrospectif a été réalisé sous la direction de M. Pierre Cadars, avec à une érudition passionnée associée à celle de Mme Claude Juskiewenski.
Plus de cent tableaux, sculptures et éléments de mobiliers, relevant d’une soixantaine d’artistes, (61 exactement !) ont été réunis pour nous offrir un panorama exceptionnel qui partant des scènes de genre et d’une figuration classique se transforme pour aboutir aux expressions les plus abstraites de la « modernité ». Fait remarquable, toutes les œuvres exposées proviennent de collections privées et cette circonstance rarissime permet de les découvrir hors du secret de leur lieu habituel. Pour cela il faut chaleureusement remercier les propriétaires préteurs et également les organisateurs qui ont réussi à les convaincre de participer à ce projet original !
Un point commun réunit tous ces artistes décédés aujourd’hui : celui d’avoir vécu et travaillé en Haute-Garonne ou d’avoir conservé, s’ils s’en étaient éloignés, des attaches fortes et quasi permanentes. Même si, de l’aveu même des concepteurs, les choix ont été souvent subjectifs et si quelques créateurs importants ne figurent pas dans cette exposition, il faut saluer cet énorme travail de pionner qui se revendique à la fois comme « sérieux et buissonnier » ! Sérieux car cet ambitieux projet prend toute sa valeur et atteint une complète réussite quand il fait revivre à travers ces œuvres « éparpillées », la vie artistique régionale à une époque où le marché de l’art ne fonctionnait pas à une échelle planétaire, selon le terrorisme de quelques « faiseurs d’opinions » (Pierre Cadars). Buissonnier car c’est un véritable « ramassage » qui a récupéré parmi diverses collections des œuvres de grande qualité ! Pourquoi ces deux dates : 1880-1940 ? Il fallait obligatoirement délimiter un espace-temps Toulousain ! Le moment qui précède la naissance du Salon des Artistes Méridionaux au début du XXe siècle puis le temps de « nos célèbres» galeries : Chappe, Chappe-Lautier, Simone Boudée, l’Atelier, l’Œillet, le Biblion, Protée etc., (liste non exhaustive et non chronologique), est effectivement incontournable comme point de départ. Sans médiatisation envahissante et outrancière. C’était l’heureuse époque où les amateurs faisaient leurs acquisitions par coup de cœur et non par coup « de bourse », comme aujourd’hui pour réaliser des investissements « intéressants ». C’était la possibilité de rencontrer facilement les artistes que l’on côtoyait souvent dans la rue. Ces amateurs là existent heureusement encore mais leur petit monde a du bien se restreindre…
Au fil de la visite, l’histoire de l’art « toulousain » se dessine dès les premières œuvres exposées avec la rencontre de noms connus qui chantent à nos oreilles. Sans les citer tous, rappelons quelques-unes des œuvres reproduites dans le catalogue dont la couverture originale offre un montage astucieux associant le lieu de l’exposition et le thème : une image du château sur le dessin de trois tubes de peinture estampillés Peinture, Sculpture, Mobilier !
La visite (description non exhaustive) commence avec l’académisme et le post-impressionnisme de la Belle Epoque qui nous fait redécouvrir les tableaux de Jean-Paul Laurens (1838-1921) Le Vieux Savant, de Benjamin Constant (1845-1921) L’Orientale, d’Henri Martin (1860-1943) La femme au chignon, de Paul Costes (1860-1941) Le confluent Garonne Ariège, d’Henri Rachou (1855-1944), de Paul Gervais (1859-1944) avec un délicieux et mutin Portrait féminin, de Georges Castex (1860-1944) avec une inattendue Ville rose sous la neige, etc.
Plusieurs œuvres classées dans L’entre-deux-guerres ont déjà fait les beaux jours de la société des Artistes méridionaux. Les paysages toulousains d’Edouard Bouillière (1900-1967) ou d’Arthur Fages (1902-1984), voisinent avec une Scène antique d’André Lupiac, et le superbe Marché d’Hélène Rivière où chacun croit retrouver « son » marché sur la place de « son » village avec, bien reconnaissable le fameux « Tube » Citroën sorti au Salon de l’Automobile de 1947… Les sculpteurs sont représentés par Sylvestre Clerc, André Abbal Jacques au béret, Faucon pèlerin, Joseph Andrau La Garonne, Faune, Henri Parayre Nu féminin.
Dans l’Après-guerre apparaissent les premières recherches avancées sur les voies de l’abstraction avec les travaux de Christian Schmidt (1919-2003), Jean Hugon (1919-1980), Jacques Fauché (1927-2013), Marcel Pistre (1917-1979), Pierre Igon (1922-2006), André Marfaing ( 1925-1987), etc. Toutefois la figuration classique ne disparaît pas et les « figuratifs » nous enchantent toujours avec leur singularité propre : Maurice Mélat (1910-2001), Renée Aspe (1922-1969), Raoul Bergougnan (1900-1982), Robert Thon (1929-2002), Carlos Pradal (1932-1988) etc.
Des meubles d’André Arbus, de Maurice Alet et de superbes tapisseries de Marc Saint-Saëns complètent cette rétrospective dont les quelques noms cités précédemment, ne représentent qu’une partie des artistes exposés et dont l’énumération complète serait trop fastidieuse !

C’est un plaisir, toujours renouvelé avec la même intensité et le même bonheur, que de retrouver chaque année une exposition de grande qualité dans ce magnifique cadre, vallonné et verdoyant, et dans ces lieux historiques sauvés de la destruction par la volonté du président Pierre Izard, avec selon son expression favorite, l’argent des contribuables ! Voilà effectivement un « placement » que les Hauts-Garonnais ne doivent pas regretter ! Laréole : château, expo, bravo ! Voilà une belle devise parfaitement méritée.
Les Toulousains de Toulouse organisent ce mois-ci une sortie spéciale avec une visite privée guidée par M. Pierre Cadars. Nous vous incitons vivement à profiter de cette occasion !

Jacques Frexinos

Edito de Mai 2014

Notre 111e assemblée générale
Notre 111e assemblée générale annuelle s’est tenue le 29 mars, à l’hôtel d’Assezat ( ). Mme la député Martine Martinel, M. Pierre Lacaze représentant M. le Maire de Toulouse et M. Serge Soula, conseiller général du canton de Toulouse I représentant le Président du Conseil Général de la Haute-Garonne, nous ont honoré de leur présence, traduisant par-là l’intérêt et le soutien qu’ils apportent à nos actions. Nous les en remercions très vivement.
Les excellents rapports de nos trésoriers Mme Bélaval et M. Barré et de notre secrétaire général M. Suzzoni, confirment la situation tout à fait convenable de notre société. Aussi sans m’attarder sur le passé, je souhaiterais vous raconter l’avenir ! C’est d’abord la poursuite de nos activités régulières, mais à côté, cette année sera celle de la poursuite des restaurations qui, si j’ai bien compté, représentent la 8e tranche de travaux depuis 1986. Nous allons donc entreprendre la réfection de l’entrée de notre cour avec (porche et partie couverte sud, murs, calade etc.), puis sur celle du mur mitoyen ouest qui nous appartient en totalité, enfin la toiture de l’échauguette donnant sur rue. Ce que je vous ai présenté au futur appartient déjà au passé puisque ces travaux commencés en février ont été pratiquement terminés depuis le 25 mars. Il faut saluer ici le remarquable travail de notre vice-présidente Aline Tomasin qui très professionnellement a assuré la constitution du dossier et le suivi de la réalisation, pour laquelle je vous rappelle, en plus de notre investissement sur nos fonds propres, nous avons bénéficié d’une subvention de 10 000 euros provenant de la Ville de Toulouse, du soutien de la DRAC à 40% et avec l’aide de la Fondation du Patrimoine et de sa délégation Midi-Pyrénées du mécénat de la fondation Total pour 50 000 euros. Ultérieurement nous entreprendrons une neuvième tranche mais pour l’instant permettez-nous de souffler un peu !
L’avenir c’est aussi notre prochaine sortie annuelle le 19 juin à Auch dont vous recevrez prochainement à travers l’Auta le programme détaillé et la nuit des Musées le 17 mai, puis les Journées Européennes du Patrimoine les 20 et 21 septembre.
L’avenir c’est encore l’ouverture de notre musée du 14 avril au début du mois de novembre avec à partir du 16 juin une présentation temporaire dans la salle Pierre de Gorse consacrée à la Bataille de Toulouse du 10 avril 1914, sous la direction de J.-P. Suzzoni. Bien sûr la mobilisation de tous nos membres bénévoles( ) qui en assurent l’accueil et la surveillance est plus que jamais nécessaire. Je remercie tous ceux qui ont déjà œuvré l’an dernier et j’espère que de nouveaux bénévoles les rejoindront cette année, on n’est jamais assez nombreux, le contact le plus direct étant représenté par Mme Brunies-Raffy.
Les nouveaux sociétaires nous posent très souvent une question : « Comment fonctionnons-nous ? ». Selon la loi 1901 sur les associations, le Conseil d’Administration de la société est le « patron » des Toulousains de Toulouse, la société étant propriétaire de l’Hôtel Dumay et du Musée du Vieux- Toulouse. Le Conseil d’administration délègue au président et au bureau la charge d’exécuter ses décisions, prises au cours de réunions, pendant longtemps mensuelles. En raison de l’accélération et de la multiplicité de nos activités, une fréquence plus élevée s’est avérée nécessaire. Comme il était difficile de demander à nos administrateurs de se réunir tous les quinze jours et comme cette périodicité devenait vraiment indispensable, nous avons adopté une formule plus souple avec toutes les quinzaines des réunions de « bureau élargi », prenant le nom de « comité de pilotage ». Ce comité regroupe une douzaine d’administrateurs ayant directement des responsabilités spécifiques qui se réunissent pour s’occuper des questions urgentes, faire le point sur leurs activités, discuter de nouveaux problèmes, élaborer de nouveaux projets, etc. Cela permet de présenter ensuite au Conseil d’Administration, en moyenne tous les deux mois, une synthèse plus aboutie des questions à débattre et des décisions à prendre. Je dois dire que, grâce à cette nouvelle formule, le président et le secrétaire-général se sentent moins seuls et que le fonctionnement « démocratique » de la société est encore mieux assuré.
Je ne peux que terminer sur des remerciements, d’abord à ceux qui nous subventionnent en n’exerçant aucune pression sur nos décisions et nos commentaires, et en laissant divaguer Candide dans des éditoriaux parfois très critiques… Ensuite, je voudrais vous dire toute notre reconnaissance, chers sociétaires, vous qui nous apportez fidèlement votre soutien par votre adhésion, vos encouragements écrits ou verbaux et…vos cotisations, qui dépassent souvent le montant minimal requis. Vous êtes notre force vive, j’irai même jusqu’à reprendre l’expression biblique « croissez et multipliez » en vous encourageant à recruter de nouveaux adhérents. J’ai fait un rêve. Vous connaissez l’expression… Un jour, notre association pourra vivre, sans être subventionnée, nous aurons dépassé le seuil des 3 000 adhérents. Vu notre état actuel, c’est un pari qui ne peut être fait qu’à très long terme, (dans un siècle ?). En attendant, pour raison garder contentons-nous de continuer à travailler et à progresser régulièrement de quelques dizaines de recrutements annuels. C’est déjà très bien !


Jacques Frexinos

Edito de Mars 2014

Les travaux vont reprendre à l’hôtel Dumay !


En décembre 2012, nous rapportions dans un éditorial intitulé Notre bel hôtel Dumay, une synthèse sur les travaux entrepris depuis 1986 pour sauver notre bâtiment d’une vétusté menaçante mettant en péril la solidité de l’édifice ! Nos lecteurs ont alors pu se rendre compte des multiples restaurations (extérieures et intérieures) qui ont été effectuées depuis cette date. Nous avons pu ainsi distinguer au moins sept grandes périodes (1986, 1991, 1996-1998, 2000, 2005-2008, 2009, 2012) sans compter d’innombrables étapes intermédiaires… Nous terminions alors notre « inventaire » en exprimant notre grand plaisir de voir « notre » hôtel retrouver sa beauté naturelle, ternie au cours des siècles par les intempéries, la pollution et la vétusté bien naturelle pour un édifice bâti en 1590 ! Mais cette péroraison était nuancée par la phrase suivante : Les travaux de l’hôtel Dumay seront-ils un jour finis ?… Tel Sisyphe, nous devions poursuivre les restaurations nécessaires et arrivés au pied de la « pente », nous préparer à remonter notre « rocher » !
Après une année complète de « repos », nous voici repartis sur un nouveau chantier. La première réunion concernant la tranche 2014, ayant eu lieu le 7 janvier en présence d’Aline Tomasin, de M. Bernard Voinchet, architecte, et du directeur de l’entreprise Rodrigues-Bizeul. Il s’agit maintenant de restaurer toute la partie concernant le porche d’entrée et sa calade, de rénover le grand portail, d’assurer l’étanchéité de l’échauguette sud et de refaire le mur mitoyen ouest. Pour financer ces restaurations dont le montant global va dépasser 80 000 euros nous avons obtenu l’aide habituelle de la DRAC qui prend en charge 40 % des travaux et sur une subvention d’investissement de 10 000 euros, que la ville de Toulouse vient de nous accorder. Bien entendu notre société apportera sur ses fonds propres le financement complémentaire.
Jusque-là tout est à peu près maitrisé mais cette huitième tranche doit être suivie en 2015 ou 2016, selon nos moyens, d’une neuvième tranche portant sur la réfection du mur mitoyen Est, et celle de la façade donnant sur la rue du May. Ces futurs investissements s’élèvent à 140 000 euros environ ce qui donne pour l’ensemble des rénovations envisagée entre 2014 et 2016 la somme vertigineuse de plus de plus de 200 000 euros !
Heureusement, la fin de l’année 2013 nous a apporté une excellente nouvelle sous la forme d’une lettre émanant de la fondation d’entreprise Total qui, par l’intermédiaire de la délégation régionale Midi-Pyrénées de la Fondation du patrimoine, nous a annoncé qu’elle accordait un mécénat de 50 000 euros pour les tranches de travaux 2104-2016 évoquées plus haut. Les Toulousains de Toulouse expriment leur immense gratitude à ce généreux mécène dont la subvention va leur permettre de poursuivre notre grand projet de restaurations.
Au risque de froisser la modestie de notre vice-présidente, Aline Tomasin, je me permettrai d’ajouter que, depuis 2010, elle assure l’entière responsabilité de ces projets. Avec l’aval de notre conseil d’administration, elle en a planifié les différentes phases, assuré le suivi de façon attentive et permanente, demandé et obtenu les aides financières en particulier celles de la DRAC dont l’appui nous est particulièrement précieux. Dernièrement c’est toujours grâce au remarquable dossier de candidature bâti par Aline Tomasin avec le soutien capital de la Fondation du patrimoine et de sa délégation Midi-Pyrénées que nous avons pu obtenir, le mécénat de la Fondation Total !
Les Toulousains de Toulouse souhaitent lui exprimer leur immense gratitude et renouvellent leur profonde reconnaissance aux généreux mécènes qui leur permettent de poursuivre l’œuvre de restauration entreprise depuis plusieurs décennies. Non seulement la « solidité de l’édifice est préservée » mais la beauté de l’hôtel Dumay s’affirme et s’affine chaque année. Nous en voulons pour preuve les sentiments d’admiration exprimés par les très nombreux visiteurs qui entrent chaque jour dans notre cour car le passage par notre hôtel est désormais une étape incontournable dans la visite du Vieux –Toulouse. Si notre premier mécène, le docteur Siméon Durand, qui nous a légué ce vieux et respectable bâtiment en 1947, revoyait aujourd’hui « son » hôtel, il serait certainement ravi de découvrir sa superbe « renaissance » ! N’oublions jamais ce que nous devons à nos bienfaiteurs passés, présents et futurs ! Grâce à eux les Toulousains de Toulouse et bien sûr la Ville de Toulouse conservent une précieuse pièce de leur patrimoine historique, et un écrin parfait pour un musée de charme, unique dans son genre et dans son fonctionnement.


Jacques Frexinos

Edito de Février 2014

Où Candide voulut fêter le centenaire de l’impôt sur le revenu !


Candide, amoureux romantique du temps passé, lisait très régulièrement Le Cri de Toulouse, et revivait, à cent ans de distance, la vie quotidienne de la Ville rose. Il découvrit ainsi le samedi 24 janvier 1914 un entrefilet intitulé L’impôt sur le revenu, qui relatait ironiquement les discussions entre la Chambre et la commission des Finances sur « les procédés à employer pour décider le contribuable à l’aveu de sa fortune réelle ». Alors que les législateurs hésitaient entre le brodequin ou le supplice de l’eau, « certains socialistes proposaient, pour mettre un peu de décor dans ces formalités oiseuses, de recourir aux procédés de chauffage, en brûlant les pieds des contribuables qui ne veulent pas marcher ». Le journal satirique ne précisait pas quel procédé fut définitivement retenu mais concluait sarcastiquement : « La réforme est mûre, les poires aussi. Avant quelques mois, tous les Français, le dimanche et les autres jours, auront, comme le voulait Henri IV, la poule à l’impôt » ! Effectivement le 7 juillet 1914, l’impôt sur le revenu, était entériné par le Sénat sur la proposition du ministre Joseph Caillaux !
Fort de cette extraordinaire découverte, Candide se précipita chez ses amis de l’hôtel Dumay et leur demanda de marquer un anniversaire aussi exceptionnel en organisant une fête commémorative digne de leur mission historique. A sa grande surprise, son projet fut accueilli avec beaucoup de froideur et de violentes réticences associées peut-être même à quelques pensées assassines. Pangloss fit comprendre à son élève que fêter un tel centenaire n’était guère actuellement très approprié. Cette commémoration ajouta-t-il s’accorderait mieux avec une messe de Requiem et un sévère De profundis dédié à tous les contribuables passés, présents et à venir qu’avec un glorieux et reconnaissant Te Deum à la mémoire des diaboliques inventeurs de cette affaire !
Candide, profondément déçu par ce manque d’enthousiasme, ne s’avoua pas vaincu. Il soutint illico que « La réforme de 1914/1917 avait permis à la France de rentrer dans le XXe siècle avec un système fiscal admirablement cohérent ». Pour insister sur les progrès fiscaux réalisés depuis deux siècles, il rappela avec émotion le temps des banalités seigneuriales, du casuel et de la dîme que percevait le clergé, du cens prélevé sur les terres exploitées, du champart, où une partie de la récolte était due au seigneur. Il n’oublia pas de détailler la gabelle, impôt royal sur le sel avec les six divisions du royaume en pays de grande gabelle, de petite gabelle, de salines, de pays rédimés, de quart bouillon et de pays exempts. Que de raffinements soupirait-il ! Il y avait également la taille, seul impôt pouvant être qualifié direct jusqu’à la fin XVIIe siècle, mais différent en pays d'oïl et pays d'oc. Mais là ne s’arrêtait pas la liste ! Il y avait aussi le minage, ce droit sur les grains et marchandises vendues sur les foires et marché. Candide exhuma enfin la capitation instaurée en 1695 et le dixième créé en 1710 puis, les yeux embués de larmes, évoqua le souvenir de la missive de Philippe d’Orléans. Le régent, effrayé par le poids excessif des différentes taxes créées tout au long du règne de son frère, le « Roi-Soleil », dont les nombreuses guerres avaient mis à mal les finances du royaume, avait décrété la première « pause fiscale ». Ainsi avait-il en écrit en 1715, une « Lettre à Mrs les intendans commissaires départis dans les provinces », annonçant son intention d'établir un système d'imposition plus juste et plus égalitaire. Hélas ! Le régent ne put appliquer son équitable et charitable projet, qui aurait fait de lui un immortel bienfaiteur de l’humanité contributoire. Ce fut la Révolution qui s’en chargea... d’une autre façon !
Candide louangea alors les héroïques financiers sans culotte qui, après avoir supprimé tous les horribles impôts de l’ancien régime, mirent en place un autre système basé sur le principe de l'égalité des citoyens devant l'impôt, promouvant la justification de la contribution commune, le principe de consentement et l'égalité des répartitions selon les « facultés de chacun » ! « Quelle sublime formule » reprit Candide « et quelle honnête justice sociale que les contemporains du docteur Guillotin avaient promue en raccourcissant au passage quelques têtes et en abattant quelques clochers, par strict souci d’égalité ! ». C’était, en effet, une merveilleuse et géniale simplification de ne plus payer que quatre contributions directes : d’abord la foncière (1790), puis la mobilière sur le logement, ensuite les patentes (1791), assises sur l’industrie et le commerce et enfin la poétique contribution sur les portes et fenêtres en 1798. Mais après réflexion, Candide découvrit un oubli majeur, à la limite de la faute professionnelle ou même du crime de lèse-majesté (ce qui était après tout normal de la part des sans-culottes…). Les bouillants révolutionnaires avaient oublié d’imposer les revenus ! Heureusement Gambetta, l’intrépide évadé en montgolfière, proposa dès 1876 la création d’un impôt proportionnel sur tous les revenus. La France allait être sauvée mais ce génial projet, mit malheureusement (ou heureusement selon…) plus de trente ans à se concrétiser. Il revint au début du XXe siècle et fut alors la revendication préférée des radicaux-socialistes, entérinée quelques semaines avant la Première Guerre mondiale.
Candide, découvrant alors l’histoire récente de la fiscalité Française, fut fortement impressionné par les énormes progrès réalisés par les gouvernements successifs mais, se rappelant l’apolitisme de L’Auta, il refusa d’aller plus loin dans ses jugements, tout en assurant solennellement que la France était sur ce plan encore mieux « gouvernée » que sous Louis XIV. Il rendit alors un vibrant hommage à l’inépuisable imagination des surintendants des finances et de leurs précieux conseillers, citant le meilleur pour la fin : l’application des « impôts rétroactifs », source inépuisable de promesses reniées mais de rentrées très opportunes et les dernières et géniales taxes qui frappaient des denrées usuelles, sous le prétexte qu’elles nuisaient à la santé ! Pouvait-on mieux faire que de décourager leur consommation tout en garnissant la bourse de la recette publique. Que redire à des préoccupations autant médicales que philanthropiques ? Ainsi justifiait-on les taxes sur l’herbe à Nicot destinées à protéger les alvéoles pulmonaires des malheureux tabagiques. Quant aux surtaxes frappant la cervoise et la piquette, boissons alcoolisées et terriblement dangereuses, comment ne pas approuver leur sagesse si préventive ? On avait aussi pensé, très justement, à certaines boissons sucrées, faussement anodines, au nom de la défense contre l’hyperglycémie et surtout contre l’obésité, cette horrible peste qui avait succédé aux quasi-bienfaisantes famines des siècles passés. Brutalement, devant l’œil étonné de ses amis, Candide s’écria : « Et le sel ! Oui le sel qui encrasse les artères, durcit les vaisseaux et entraîne échauffements, apoplexies, hémiplégies et infarctus ! Par les mannes de Riquet, voila un bandit qu’ils ont oublié de surtaxer ! Vivement le retour de la sainte gabelle ! Et n’oublions pas ses sournois complices tels le lard, ce séducteur pervers, la graisse, cette horrible destructrice, le beurre, ce fourbe empoisonneur, ou le saindoux si faussement modeste. Haro sur ces bandits alimentaires qui font gonfler nos adipocytes, croître nos bourrelets et affoler nos balances ! Imposons-les au prix du caviar ou du lingot et nous verrons la longévité de nos chers contribuables s’accroître et les transformer en de merveilleux centenaires qui continuerons à payer très longtemps des taxes en tout genre dont l’ultime, patrimoniale, sera acquittée par leurs héritiers ! ». Il fallut beaucoup de temps aux amis de l’hôtel Dumay pour faire cesser le fantasmagorique délire fiscaliste de Candide, qui s’était transformé en un redoutable inventeur de contributions diverses et variées. Rien ne permet d’affirmer aujourd’hui que notre jeune homme soit définitivement guéri ! Quant à Pangloss, très amusé par cet état fiscalo-onorique, il termina la péroraison de son élève en reprenant sa phrase classique : « Et tout sera alors parfait dans le meilleur des mondes possibles ». Il n’est pas sûr que sa pensée fut très sincère…


Jacques Frexinos

Edito de janvier 2014

Le nouveau jardin du Capitole : opinions et suggestions

Le nouveau jardin du Capitole (le square Charles-de-Gaulle) est donc fini... Qu’en pensez-vous ? Selon le vieil adage : « des goûts et des couleurs ... », les réponses sont variées et souvent passionnées, allant de la critique la plus acerbe à l’approbation la plus laudative en passant par la neutralité la plus détachée !

Commençons par les « satisfaits ». Ils le trouvent beau, moderne, pratique, ouvert sur la ville et accueillant pour les promeneurs et les touristes. Incontestablement, la large perspective ouverte sur l’ancienne tour des Archives, appelée aujourd’hui le « Donjon », est une belle réussite. Tout le monde est d’accord sur ce point et ce bâtiment, plein d’Histoire, transformé très judicieusement en un séduisant et attractif Office du tourisme, devient une ruche pleine de vie à ses heures d’ouverture. Sa silhouette, bien dégagée des frondaisons envahissantes qui la masquaient autrefois, dresse sans complexe dans le ciel toulousain son spectaculaire et anachronique beffroi flamand ! L’abattage de plusieurs arbres centenaires, au grand dam de quelques-uns d’entre nous( ), a permis l’ouverture d’une large esplanade offrant une vue remarquable sur cette tour fortifiée et sur la façade arrière du Capitole, trop longtemps ignorée. Un jardin d’enfants garni d’un sol spécial « mousse » et de jeux modernes et coloriés a été installé avec maisonnette, scarabée-toboggan, feuille de chêne fixe ou mobile, hamac-toile d’araignée, etc. Le berger Tircis a laissé place aux formes très généreuses de la Maternité de Toutain allègrement chevauchée par d’intrépides marmots. Le « parc à huîtres », cher à nos anciens, a disparu mais heureusement de très nombreux bancs, ont été placés sur les murettes. Seul manque le « chalet de nécessité », mais la construction de la « sanisette », dont le projet aurait été retardé, va être enfin terminée !
Des milliers de personnes traversent quotidiennement ce nouveau forum qui, débarrassé des voitures et agrandi par son extension sur la rue d’Alsace, s’étend sur un seul niveau jusqu’au pied d’un des premiers immeuble haussmannien, siège du grand bazar Labit des années 1900. Des « artistes » en tout genre, ont rapidement repéré l’intérêt du lieu et accompagnés souvent par une « sono » bruyante donnent des spectacles variés et « modernes » ... Tout cela apporte un renouveau dynamique à la vie urbaine et la place devient, avec les passages très fréquentés des bouches du métro, un des forums les plus animés du centre ville. Agoraphobes s’abstenir !

Pour les éternels mécontents (et j’en connais…), cette nouvelle esplanade est triste, monotone et sans âme. Elle ressemble, disent-ils, à toutes ces places modernes, stéréotypées et anonymes qui se retrouvent dans tous les projets de rénovations urbaines ! Pour les uns, le dallage est trop gris ou trop noir en temps de pluie. Ah ! Si la pierre était rose, comme la Ville... Si le jardin anglais n’avait pas été détruit pour laisser place à des espaces nus et granitiques ou à des plantations plus ou moins fleuries qui font regretter les belles pelouses vertes d’autrefois ! Si les derniers « restes » de la tour Charlemagne n’avaient pas été « effacés » et remplacés par un quasi invisible marquage au sol fait de dalles noires disposées en demi-cercle, sans aucun panneau renseignant le public sur l’historique du lieu. Pour d’autres, les quatorze jets d’eau, sans aucune originalité dans leurs jeux, sinon peut-être leur prix, paraissent s’ennuyer dans un drôle de bassin « rigole »... Cet été, pendant la canicule, des enfants se « rafraîchissaient » sous la bénédiction d’une pancarte surréaliste précisant : « Eau non potable. Baignade interdite sauf les rafraîchissements sous contrôle des adultes ». Mais comment faire appliquer cet arrêté « réactionnaire » quand les deux « médiateurs espaces verts », autrefois on disait tout simplement les « gardes », devaient surveiller à la fois le square Wilson et le square Charles-de-Gaulle ? Quant aux lampadaires, style « aiguilles à coudre », Candide et Cunégonde ont déjà donné leurs avis…

Plus sérieusement, il faut constater que, à part le Donjon, il ne reste plus rien d’un passé toulousain pourtant si riche et si passionnant... Les vestiges de l’enceinte romaine, déjà artificiellement reconstruits dans les années 1990 - mais c’était mieux que rien ! - ont été totalement détruits. L’endroit était pourtant idéal pour évoquer Tolosa Palladia !
Au cours de la campagne de fouilles préventives en 2012, les archéologues de l’INRAP ont sondé 5 à 10 % du projet et retrouvé des vestiges intéressants de la vie toulousaine médiévale ou antique dont le souvenir n’est plus « mémorisé » que dans quelques publications archéologiques... Mais sur place, aucune évocation matérielle ne rend compte de cette ville disparue. La « mémoire » du « clos du Capitole », véritable cité administrative historique qui pour Camboulives et Mesuret évoquait un tout petit Kremlin ou une Cité interdite de Chine, a été oubliée ! Plus de vingt siècles sont aujourd’hui ensevelis sans épitaphe.
L’Histoire se résume actuellement à une stèle avec en médaillon le profil de Charles de Gaulle et à un muret portant la tête de Jean Jaurès et ses trois bas-reliefs associés. Une plaque de marbre, dressée au pied d’un magnolia spécialement planté, commémore l’assassinat récent de cinq victimes du fanatisme. C’est bien, mais le « devoir de mémoire » est-il pour autant entièrement rempli ? Pourquoi avoir oublié notre lointain passé ?

Les Toulousains de Toulouse comprennent fort bien qu’une ville doit évoluer et se transformer. S’ils sont parfois nostalgiques des « temps anciens », ils ne s’adonnent pas pour autant au culte du regret perpétuel mais ils souhaitent ardemment que la modernisation soit associée, si possible, à la sauvegarde de la mémoire du passé. Il y a deux ans, nous avions apprécié, au cours des travaux de réfection du square, les posters remarquablement pédagogiques qui rappelaient la grande histoire de cet enclos municipal. Pourquoi ne pas imaginer dans ce nouveau jardin, un parcours avec des « repères » évoquant les bâtiments qui étaient encore là il y a seulement 120 ans ! Sans aller faire des investissements énormes, il serait pour le moins judicieux de placer en face de l’Office du tourisme (ou ailleurs !) une grande reproduction du plan de l’ancien Capitole au XVIIe siècle, annotée de quelques dates essentielles( ). Notre nouveau « square » mérite bien cette évocation qui ferait vivre le site à la hauteur de sa valeur historique et lui apporterait ce supplément d’âme dont nous regrettons aujourd’hui la cruelle absence.

JACQUES FREXINOS

Edito de décembre 2013

De patrimonium aux Journées du Patrimoine.

En cette fin d’année, revenons quelques mois en arrière pour évoquer les « Journées du Patrimoine ». Cette « invention » a certainement dépassé tous les espoirs qu’elle portait à sa naissance, en 1984 quand la France lança la première les « Journée portes ouvertes dans les monuments historiques ».
La célébration du patrimoine, était lancée. En latin le mot patrimonium, désignait au sein de l’héritage du paterfamilias ce qui devait être conservé et transmis aux générations suivantes. Le mot patrimoine a dépassé largement aujourd’hui les seuls « monuments historiques », car il est devenu aussi culturel, historique, linguistique, artisanal, sociétal, monumental, musical, pictural, artistique etc. Le patrimoine se conjugue maintenant sous des dizaines de déclinaisons qui le consacrent, le magnifient et le sacralisent !
A partir de 1984, l’idée de dédier une, puis deux journées, à cette célébration fit alors florès dans un monde où la « mondialisation » et le « progrès moderne » ont souvent tendance à effacer ou faire oublier nos racines. Les journées du patrimoine cristallisent un repère collectif emblématique et rassurant... Sans en faire l’historique, rappelons que cet évènement culturel créé en France, fut adopté rapidement par les Pays-Bas (1987), puis par la Suède et Malte (1988), ensuite par le Danemark, l’Ecosse et la Turquie (1990). Ce concept allait progressivement s’implanter dans dix-huit pays, pour devenir alors en 1992 « Les Journées Européenne du Patrimoine ». Les adhérents furent vingt-quatre en 1993 puis, dépassant les frontière de la stricte Union Européenne, atteignirent le chiffre de quarante-six en 1999. Aujourd’hui près de onze millions de visiteurs participent en France à cette « nouvelle » grande fête nationale qui se déroule sous le patronage de la Direction Régionale des Affaires Culturelles, émanation du Ministère de la Culture en région.

Les Toulousains de Toulouse sont fiers d’avoir participé dès 1984 à la toute première manifestation de ces "Journées portes ouvertes des monuments historiques". Depuis, chaque année, sauf au moment des grands travaux de réfection du musée, l’hôtel Dumay retrouve pendant deux jours entiers, de 10 heures à 19 heures cet évènement culturel dont le déroulement a subi depuis plus de trente ans quelques modifications... Au début, notre musée était ouvert quelques heures seulement dans l’après midi et le Conseil d’Administration au grand complet (ou presque) en gérait l’accueil, les visites étant commentées par Gérard Villeval, de 1985 à 1990. Au fil du temps, les hôtes sont devenus plus nombreux, la durée d’ouverture a augmenté et les animations se sont enrichies tantôt avec l’arrivée de chorales, le Conservatoire Occitan, un orgue de barbarie, tantôt avec l’installation de parcours muséaux thématiques, et des démonstrations d’activités artisanales : dentellières et fileuses par exemple. Grâce aux chorales, la Toulousaine a souvent retenti, dans la cour de l’hôtel Dumay comme au temps de Louis Deffès ou de la Vierge rouge ! En 1995, chose incroyable, on proposa de faire visiter les réserves du musée ! On organisait aussi, il n’y a pas très longtemps, des visites de la terrasse en tout petits groupes pour aller contempler les toits de la Ville rose… Mais sécurité oblige, il fallut appliquer les consignes, qui aujourd’hui encore, limitent à une quarantaine de personnes le nombre des visiteurs présents à l’étage du musée d’où l’éventuelle formation d’une file d’attente qui n’est heureusement pas systématique, le flux ayant été cette année régulier et bien ordonné !
Cette année, les 14 et 15 septembre, des milliers de promeneurs se sont donc répandus dans notre belle ville pour « visiter » sous un ciel clément quelques grands ensembles patrimoniaux toulousains. Autant on peut comprendre l’attraction exercée par des ouvertures exceptionnelles qui permettent de découvrir des bâtiments inaccessibles au grand public en temps ordinaire, autant il est difficile de saisir les raisons qui déclenchent dans certains musées ou autres bâtiments historiques de longues files d’attente alors que ces institutions sont ouvertes tous les jours de la semaine sans aucun problème ! La gratuité de l’entrée est-elle la seule explication satisfaisante ? L’effet moutonnier joue-t-il un rôle appréciable ? En renonçant à tout comprendre, réjouissons-nous de constater, encore une fois, que le musée du Vieux-Toulouse est toujours très apprécié puisque 1 340 visiteurs (ticket d’entrée faisant foi) ont franchi notre porte au cours de ces deux journées et déboursé la somme symbolique d’un euro( ) par personne (sauf les enfants et bien sûr nos sociétaires !).

Des animations musicales ont embelli les après-midis. Le samedi, le groupe Les Cantarels dirigé par Alain Boehler a remarquablement interprété un répertoire de chants traditionnels populaires d'Occitanie et de régions voisines (Italie, Catalogne, Pays Basque). Le dimanche, le groupe de musique traditionnelle et bal musette Garonnette, issu du Centre de Musiques et Danses Traditionnelles de Toulouse, sous la direction de Mme Claire Bonnard, nous a permis de voir et d’entendre des instruments aussi variés que la vielle à roue, l’accordéon diatonique, la flûte traversière, la clarinette, le violon, le banjo et la guitare. Le groupe a débuté son concert par une Danse de l’Ours très enlevée, avant d’enchaîner rondeaux, bourrées, valses, polkas et javas durant tout l’après-midi. Un grand merci à tous ces animateurs, musiciens et chanteurs bénévoles qui enrichissent ainsi, grâce à leur remarquable talent, la « mise en scène » du patrimoine des Toulousains de Toulouse.

La réussite de ces journées n’a été possible que grâce à la participation de tous nos bénévoles qui se sont encore une fois dévoués pour accueillir chaleureusement tous les visiteurs de notre hôtel. Ce succès doit beaucoup à la présence de (par ordre alphabétique) : Mmes M.-L. Aubin-Saulière, S. Barbera, J. Bélaval, A. Burdin, G. Brunies-Raffy, A.-M. Félix, M. Glénat, F. Louvier, E. Mainfroy, M. Miguet, E. Moniez, O. Molinier, F. Peyré, N. Réau, G. Sicre et MM. G. Brielle, H. Couget, M. Darnis, J.-L. Galès, A. Reverdy, H. Sarato, J.-P. Suzzoni, G. Villeval et bien sûr nos deux indispensables et précieux collaborateurs, Amandine de Pérignon et Jérôme Kerambloch. Cette « grande équipe » est exemplaire d’une vie « associative » efficace, dynamique et productive. Les Toulousains de Toulouse et leur président en sont pleinement conscients. Que tous et toutes en soient très vivement et très sincèrement remerciés !

J. Frexinos

Les Journées du patrimoine au musée du Vieux-Toulouse 2013

Edito de novembre 2013

Où Candide et Cunégonde commentèrent la bataille de Muret !

Candide et ses amis, fort épris de l’Histoire Toulousaine, reprochèrent vertement à la rédaction de L’Auta d’avoir ignoré, par une coupable négligence, le 8e centenaire de la bataille de Muret. C’était effectivement le 12 septembre 1213. La rédaction en prit bonne note et décida, mieux vaut tard que jamais, d’organiser un mini-séminaire de rattrapage pour évoquer ce « Bouvines méridional » ! Un vrai massacre qui en quelques heures vit la défaite des Occitans et la mort de Pierre II, roi d’Aragon !

Cunégonde, prit immédiatement la parole pour exprimer la profonde détresse que lui causait cette cruelle défaite. La charmante enfant n’arrivait pas à admettre qu’une coalition occitane et aragonaise forte de près de trente mille hommes ait pu être défaite par une poignée de six mille croisés qu’elle comparait à des romanichels venus du Nord.
Pangloss lui fit remarquer que cette disproportion était peut-être exagérée et que le rapport des forces probablement plus réduit, même si un fort avantage restait finalement aux gens du Midi et aux Catalans réunis. Le docte philosophe, sur la foi de plusieurs récits historiques, lui fit aussi remarquer que le roi d’Aragon, trop sûr de lui, après sa brillante victoire sur les Maures à las Naves de Tolosa, (17 juillet 1212), portait l’entièrement responsabilité de ce désastre. Il avait fait effectivement preuve d’une imprudente bravade et avait commis de grossières erreurs stratégiques malgré les conseils avisés de Raymond VI qui connaissait par expérience les redoutables talents militaires de Simon de Montfort. Mais Pierre II, ne tenant pas compte de ces avis pertinents, se lança dans le combat sans l’appui du comte de Toulouse, qui voyant ses idées délaissées était prudemment resté en arrière sans engager ses troupes.
Quel dommage - s’exclama Cunégonde ! - et comment ne pas comprendre que l’union de toutes les forces occitanes et catalanes aurait forcé la victoire malgré les dissensions antérieures ! Candide essaya d’expliquer et de justifier le repli du comte que d’aucuns auraient pu qualifier de couardise éhontée et lâcheté insigne. Il souligna que Raymond VI, bien au contraire, avait fait preuve d’intelligence en sauvegardant la totalité de ses forces ce qui représentait pour Simon de Montfort un danger potentiel le dissuadant, après sa victoire inespérée à Muret, d’attaquer ensuite la ville de Toulouse.
Lasse de ces discussions stratégiques, Cunégonde, très en verve, répliqua en exprimant un scepticisme frondeur sur les récits d’une bataille qui, d’après elle, avait laissé peu de traces sinon des bouts de ferrailles tordus et rouillés disséminés dans quelques champs muretins et apportant plus de soucis aux labours des paysans que de documents exploitables aux historiens locaux ! D’ailleurs ajouta-elle : a-t-on d’autres preuves de la réalité de cette affaire ? Que prouvent ces bouts de ferraille ? Des combats mais lesquels ? Et pourquoi pas la possibilité d’un ferrailleur ambulant ayant perdu sa marchandise au cours d’une violente tempête ? Pour fortifier ses doutes elle cita un article du Cri de Toulouse du 10 octobre 1913, qui commémorant les 700 ans de cette bataille ne pouvait s’empêcher de titrer son « carnet fantaisiste » : Propos d’un sceptique. Cette commémoration avait fait grand bruit car, M. Rozes de Brousse( ) « son éternelle lavallière noire au vent », était allé avec quelques amis, déposer une gerbe sur les lieux où Simon de Montfort écrasa le Midi. Cet acte lui avait valu les quolibets du baron de Montgailhard qui avait narquoisement remarqué : « Tiens et qu’allez-vous faire à Muret ? Une défaite ! Vous allez célébrer une défaite ! ». Il parait même que Frédéric Mistral, sollicité pour départager les protagonistes, ne voulut pas s’avancer et envoya aux deux partis pratiquement la même lettre, les assurant de son soutien et de sa compréhension ce qui fit dire au Cri de Toulouse : « Le Maître vieillit et fa mitcham deveni biell ». Toutefois le journal encouragea vivement M. Rozes de Brousse à revenir l’an prochain à Muret « Et menez-y du monde. Blague à part c’est une excellente chose. Et ça fait marcher le commerce ! ».

La naïve Cunégonde avait également été impressionnée par un autre argument intitulé « un point d’histoire ». Le journal satirique émettait en effet de sérieux doutes sur la réalité de la bataille, citant comme argument irréfutable le fait suivant : « On n’assassine pas ainsi vingt mille citoyens aux portes de Toulouse, sans que le garde-champêtre où la gendarmerie accompagné du greffier de la justice de paix, se rendent sur les lieux et établissent un rapport ». Mise à part une petite erreur chronologique, la remarque était logique et les esprits simples tombèrent dans le panneau ! Candide demanda alors : « Ce rapport où est-il ? ». Bien sûr il n’existait pas ! Le mythe d’une bataille fantôme grandissait d’autant plus que le Cri de Toulouse publiait les aveux du maire de Muret ! Le pauvre homme, pressé de questions insidieuses par des journalistes acharnés, aurait en effet avoué que toute cette histoire guerrière était fausse. Il avançait pour se justifier « la monotonie du quotidien dans une petite localité qui n’a ni monuments historiques, ni vieilles abbayes, ni contemporains célèbres, l’absence de touristes, la mort du village, du commerce et des marchands de cartes postales ». La municipalité avait alors inventé cette grande bataille en achetant la complicité d’historiens avides de gloire et de découvertes. Bien plus : « le dictionnaire Larousse pour trois cents francs inscrivit le récit », apportant ainsi un certificat d’authenticité irréfutable. Par contre le maire souligna l’honnêteté foncière et bénévole de « M. Anglade et M. de Brousse qui ont bien voulu mettre leur talent et tout leur zèle » gratuitement au profit de cet évènement ainsi que la participation « de l’Escolo Moundino arrivée ici avec son Capiscole et M. Paul Feuga ». Mais d’où vient la colonne commémorative s’écria Candide ? « C’est un ancienne borne kilométrique que nous a prêtée le baron Desazar de Montgailhard et que nous avons fait rallonger ! ».

Candide et Cunégonde naïvement impressionnés par ces arguments fallacieux, exprimèrent alors leur scepticisme sur la véracité des faits rapportés au début de ce texte. Cette bataille avait-elle réellement existé ? Plus généralement, que penser de la soi-disant vérité historique ? Faut-il douter de tout ? Ils se rappelèrent que quelqu’un avait dit : L’histoire est écrite par les vainqueurs... Une vertigineuse envie de s’inscrire à l’école du philosophe Pyrrhon les saisit. Ils invoquèrent même Protagoras pour affirmer que sur tout sujet, on peut opposer des raisons contraires ! Ils citèrent Socrate pour affirmer que tout ce qu’ils savaient, c’était qu’ils ne savaient rien ! Ils s’apprêtèrent même, comme Démocrite le leur conseillait, à aller chercher la vérité au fond du puits ! Devant cette situation apocalyptique, le lecteur comprendra qu’il fallut beaucoup de temps pour remettre nos deux jeunes gens sur le droit chemin et enlever de leurs esprits la pourriture du doute... Avec l’aide de certains Toulousains de Toulouse (les plus brillants bien sûr), Pangloss y parvint enfin, après beaucoup d’efforts ; épuisé mais enfin rassuré, il poussa un profond soupir libérateur : « Ouf ! On revient de loin. Tout est enfin pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ! ».

Jacques Frexinos

Edito d'octobre 2013

Les pittoresques promenades toulousaines de Candide et de ses amis...

Par beau temps, Candide, Cunégonde et Pangloss avaient pris l’habitude de se balader le nez en l’air, à la recherche de charmants antéfixes, et lambrequins originaux ou d’autres attraits architecturaux qu’ils contemplaient avec ravissement et bonheur. Bien sûr, ils ne manquaient pas, à l’occasion, de porter un regard attendri sur leurs vieilles lanternes dont certaines avaient été remplacées par des projecteurs sans beauté et sans âme.
Ces poétiques et anodines pérégrinations comportaient quelques risques tels le piétinement involontaire de sournoises déjections canines qui avaient désavantageusement remplacé l’odorant et sympathique crottin chevalin du temps passé...

Un autre danger guettait également nos insouciants et inattentifs promeneurs : bousculer par mégarde un pauvre hère affalé sur les pavés ce qui déclenchait alors des plaintes et des gémissements déchirants qu’il fallait apaiser par quelques trébuchantes pistoles. Au début Candide succombant à sa générosité habituelle satisfaisait régulièrement ces émouvantes sollicitations. Mais devant la multitude des sébiles tendues et des pressantes suppliques il s’aperçut rapidement que tous les trésors de l’Eldorado, du moins ceux dont il disposait encore, ne pourraient suffire. Plutôt que de distribuer les oboles ardemment quémandées par ces malheureux, il décida alors de les instruire afin d’apaiser philosophiquement leur mal-être. Il entreprit donc, malgré les avertissements prudents de Pangloss, de les convaincre de la relativité satisfaisante de leur situation, bien moins périlleuse qu’ils le disaient. Dans un autre royaume, bien moins empreints des notions de Liberté, d’Egalité, et de Fraternité, ils auraient été couverts d’opprobres et embastillés, peut-être même fouettés, ferrés ou enchaînés. En comparaison ils pouvaient aujourd’hui mendier tout à leurs aises et comme tout le monde ne pouvait être bourgeois, ils devaient bien admettre que tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, etc. ! Ce miséricordieux et subtil discours loin d’attirer la reconnaissance attendue par Candide, déclencha chez certains de ces miséreux de violentes colères, qui auraient pu se terminer par une rapide lapidation antiphilosophique, si quelques matériaux adéquats avaient été disponibles à proximité. Heureusement la rue d’Alsace venait d’être repavée et aucun objet contondant ne traînait sur ces dalles tombales foulées par une foule indifférente au spectacle de cette altercation soudaine à laquelle même les hommes du guet ne prêtaient guère attention.
C’est alors que Cunégonde levant les yeux au ciel à la recherche d’une enseigne fripière attractive aperçut ce qu’elle crut être des fourches patibulaires et s’exclama : « Quelle incroyable provision de mats de justice, si judicieusement dressés pour y pendre les malotrus ! ». De fait, la tendre enfant était abusée par les nouveaux lampadaires, aux allures effectivement pénales, dressés hiératiquement tout au long de cette grande rue passante dédiée aux provinces orientales du royaume et aux commerces les plus lucratifs de la cité. Il fallait être particulièrement niais pour imaginer que les barres perpendiculaires qui hérissaient leur verticalité étaient autant de potences virtuelles, capables de supporter allègrement des grappes de malandrins en suspension verticale par les pieds ou le col ! Il ne fut pourtant pas facile à Candide et Pangloss de détromper la jeune westphalienne et de lui expliquer que dans ce bon royaume de France des lois très précautionneuses empêchaient maintenant les cruautés judiciaires et que la vie d’un coquin était, depuis quelques lustres, légalement sacralisée quelles que fussent le nombre et la nature de ses exactions. Cette révélation fit taire, momentanément, les extravagantes divagations de mademoiselle Cunégonde, habituée dès son enfance aux cruelles coutumes du château de Thunder-ten-tronckh et aux délirants jugements arbitraires de son baron de père.

Ce répit fut hélas de courte durée car, arrivée devant le nouveau jardin du Capitole et la très vénérable tour des archives transformée en un donjon « flamandisé » par le célèbre Viollet-le-Duc, Cunégonde s’écria : « Oh les charmantes aiguilles » ! De fait c’étaient des lampadaires en acier clinquant qui dressaient vers le ciel leur étincelante tige effilée dont le sommet, ressemblant effectivement au chat d’une aiguille, contenait une lanterne ovoïde. La naïve enfant subjuguée par cet extravagante vision surréaliste voulut alors attendre le retour des matrones géantes qui, imaginait-elle, devaient tricoter, coudre ou rapiécer ce tantôt, puisque elles avaient laissé leur matériel sur place. Seules les objurgations pressantes de Candide et de Pangloss, purent la faire changer d’avis.

Nos trois amis traversèrent ensuite le square Wilson, saluant respectueusement la noble statue de Goudouli qui supportait stoïquement sur sa tête son éternel pigeon et admirèrent au passage les lampadaires dorés de style 1900 qui voisinaient avec d’affligeantes lanternes modernes. Quelques centaines de mètres après, ils se retrouvèrent sur les trottoirs des grands boulevards où des lampadaires pseudo « calderiens » rappelant des poêles à frire portées par des mats courbés par le vent d’autan assuraient l’éclairage nocturne. Cette structure « culinaire » évoqua chez Cunégonde une puissante envie qu’elle exprima sur le champ demanda : « Si on allait manger des crêpes ? ». Ce à quoi Candide répondit sobrement : « Pourquoi pas » et après avoir jeté prudemment un coup d’œil alentour pour s’assurer de l’absence de tout quémandeur, il ajouta : « et tout sera pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ! »

 

JACQUES FREXINOS

Edito de septembre 2013

André Hermet 1918 - 2013

Les Toulousains de Toulouse ont appris avec beaucoup d’émotion le décès de Monsieur André Hermet, vice-président honoraire de notre société, le 20 avril 2013. Les contraintes d’impression de L’Auta ne nous ont pas permis à ce moment-là, de rendre dans ces pages un hommage à ce « grand »Toulousain de Toulouse, qui pendant plus de quarante ans a apporté à notre société, avec une exigence, une constance et un bon sens remarquables, son talent d’écrivain, ses qualités d’’administrateur, et ses connaissances exceptionnelles en bibliographie et histoire toulousaine. Aucun d’entre nous n’oubliera ses interventions décisives, ses avis parfois abrupts mais toujours justes, son élégante silhouette, cravate, col blanc et blazer bleu marine, et défiant son âge et ses superbes cheveux blancs, un étonnant air de jeunesse et un dynamisme que nous admirions tous. Ses félicitations sans réserve sur l’évolution de L’Auta nous ont énormément touchés et encouragés. Pour tout cela, les Toulousains de Toulouse, lui vouent une très profonde reconnaissance et adressent à sa famille, qui l’accompagnait souvent dans nos réunions, leurs plus sincères condoléances.

André Hermet, né à Béziers en 1918, devient toulousain dès sa prime jeunesse avec l’installation de ses parents dans la ville rose. Après des études de droit, à Toulouse, il est mobilisé pendant la guerre, sert sur le front de la Somme, puis au Maroc, et est décoré de la médaille du combattant 39-45. Après la guerre, Il entre sur concours à L’INSEE (Institut national de la statistique et des études économiques), suit les cours de l'Ecole d'application des statistiques à Paris et il fera toute sa carrière dans cette administration. Après une année à Nantes, il est nommé à Toulouse et gravit les échelons pour devenir chef du service Statistiques avant d’être nommé administrateur ; il a en charge les recensements généraux de la population. Dans le cadre de sa profession, il rédige alors de nombreux mémoires et études dans ce domaine, notamment Tableaux de l'économie Midi-Pyrénées en 1968 (INSEE, Toulouse, 521 p.). Il est aussi chargé de cours à l'Ecole supérieure de commerce de Toulouse et participe à Paris à de nombreux jurys de recrutement. Il assure aussi la fonction de directeur régional lors des absences de ce dernier mais refuse plusieurs promotions afin de ne pas quitter Toulouse.

La retraite lui permet de se consacrer pleinement à ses passions : la bibliophilie et la bibliographie. Amateur éclairé de livres anciens, un bel ouvrage sur l'histoire de Toulouse, offert par son épouse en 1946, va déclencher chez lui une passion pour l'histoire de cette ville et l'amener à recenser tous les ouvrages relatifs à ce sujet. Ce sera la Bibliographie de l'histoire de Toulouse, colossale compilation de tous les ouvrages, brochures et articles parus entre 1590 et 1986, soient 16 300 notices et 1 540 pages publiées de 1989 à 1994 en vingt fascicules par la revue Archistra ; les références y sont classées en 180 thèmes pour faciliter les recherches. Ce travail exhaustif, réalisé avec la remarquable collaboration de Marie-Louise Prévot et l'aide de Mme Hermet, a valu à son auteur la médaille d'or de la ville de Toulouse en 1996. Il a aussi constitué une exceptionnelle bibliothèque personnelle sur l'histoire de Toulouse rassemblant 1 500 ouvrages et brochures auxquels il ne manquait - à son grand regret ! - que Gesta Tholosanorum de Nicolas Bertrand publié en 1515. Cette bibliothèque, acquise pour une part auprès des bouquinistes des quais de la Seine lors de ses déplacements à Paris, mais aussi chez les libraires bibliophiles toulousains, a été acquise par les Archives municipales de Toulouse. Son intérêt pour les reliures et ouvrages anciens l'amène également à faire partie du groupe toulousain de la Société de bibliophiles de Guyenne dont le siège est à Bordeaux.

Adhérant à notre société en 1970, il entre au conseil d'administration en 1980. Très vite intégré, il publie très régulièrement dans L'Auta des articles de fond mais aussi des comptes rendus, des recensions, des échos sur les expositions, etc., près de 300 au total. Il prend la direction de L'Auta en 1982, après le décès de Paul Mesplé et assure cette fonction de manière exemplaire pendant dix années. En 1993, il est élu vice-président de notre société, poste qu'il occupe jusqu'en 1998, date à laquelle il demande l'honorariat afin de faciliter les renouvellements au sein du conseil d'administration mais continue de suivre assidument toutes nos réunions. Membre de l'Académie des sciences, inscriptions et belles-lettres, André Hermet, au sein des Toulousains de Toulouse, a souvent participé aux travaux de la commission municipale du nom des rues. Il a pris également une part très active dans l'organisation de l'exposition et la rédaction du catalogue Quatre-vingts années de défense du patrimoine toulousain à la Bibliothèque municipale en 1984 puis dans celle de 2006 à l’ensemble conventuel des Jacobins :Toulouse, pages d’histoire. La place manque ici pour énumérer l’essentiel de son œuvre, et toutes les conférences données (dont la dernière en septembre 2010 sans consulter une seule fois ses notes !) mais la table des matières de L’Auta sur notre site internet donne un aperçu étonnant sur l’éclectisme et l’étendue de ses publications qui vont rester, au delà de sa disparition, des témoignages essentiels pour la grande histoire de notre ville.
Adieu et merci Monsieur Hermet pour ce travail si bien fait !

Jacques Frexinos et Jean-Pierre Suzzoni

In Memoriam Marie-Louise Prévot

Les Toulousains de Toulouse ont appris avec beaucoup de tristesse le décès de Mlle Marie-Louise Prévot survenu 19 mai. Née à Toulouse le 7 janvier 1921, après fait ses études à Saint-Thomas d’Aquin, elle était licenciée en droit en 1941 et entrait la même année à la Direction Générale du Service National des Statistiques de Toulouse (actuellement INSEE) en qualité d’attachée. Elle fut également chargée de cours à l’Institut d’étude Politique puis nommée administrateur de l’INSEE en 1979 après avoir pris des responsabilités nationales en 1975 en qualité de chef de centre national d’exploitation à l’INSEE. Elle termina sa carrière professionnelle en 1982 après avoir été promue chevalier dans l’ordre national du mérite en janvier 1976.

A sa retraite, elle participa avec M. Hermet à l’élaboration de la bibliographie sur l’histoire de Toulouse qui parue à partir de 1984. Adhérant à notre société à la suite du décès de sa mère, en 1976, elle en fut rapidement l’archiviste jusqu’en 1999, organisant aussi la « réserve » de l’Auta, et assurant régulièrement des permanences. Elle s’occupa pendant très longtemps de nos sorties annuelles. Nous voulons ici rendre hommage à notre vice-présidente honoraire qui pendant plus de trente ans a rendu d’éminents services à notre société. Nous adressons à sa famille et tout particulièrement à sa sœur, Odile, nos très sincères condoléances et l’expression de nos sentiment

M. Hermet et Mme Prévot dans la cour de l'hôtel Dumay (cliché C. Maillebiau)

Edito de juin 2013

Marius Cazeneuve, un « extraordinaire » Toulousain de Toulouse !

On l’appelait aussi le « commandeur » bien qu’il n’ait jamais eu ce grade dans un ordre français! Aujourd’hui sa célébrité a bien terni sinon disparu ... Seule sa petite maison, la villa Gabès classée monument historique, 2 grande rue Saint-Michel, intrigue par son aspect « colonial » et insolite au milieu des grands immeubles voisins... Notre association n’a pas oublié ce personnage extraordinaire dont le musée du Vieux-Toulouse possède de nombreux souvenirs. Pour célébrer le centenaire de sa mort (1839-1913) une exposition est prévue du 1er juillet à fin septembre dans la salle Pierre-de-Gorsse de l’hôtel Dumay.

Oui, Marius Cazeneuve fut un toulousain célèbre, un fantastique illusionniste prestidigitateur qui, après Robert-Houdin (1805-1871), parcourut le monde avec des tours de « magie » extraordinaires qui nous étonnent aujourd’hui encore et dont nous ne connaissons pas tous les secrets... Mais ce « magicien » avait aussi bien d’autres cordes à son arc. Marius Cazeneuve, qui aimait tant mystifier son public, voulait aussi lutter contre le charlatanisme et l’obscurantisme, rejoignant ainsi le positivisme scientifique d’Auguste Comte. Ses multiples travaux scientifiques et « inimaginables » inventions en sont les témoins irréfutables. Ajoutez à cela un artiste peintre qui nous a laissé des œuvres naïves et exotiques relatant ses voyages et un patriote apportant son concours à la diplomatie française et vous aurez une vue intéressante mais encore très incomplète du personnage !

En octobre 1960, les Toulousains de Toulouse présentaient dans cette même salle une exposition de ses peintures, en présence de l’écrivain Pierre Benoit dont le dernier roman : Le Commandeur était directement inspiré par la vie de Marius Cazeneuve ! Aujourd’hui, grâce au travail passionné de Jean-Pierre Suzzoni, coordinateur de cette nouvelle exposition et principal rédacteur de ce numéro spécial de L’Auta, nous vous convions à (re)découvrir ce personnage aux multiples facettes dont les voyages et les aventures nous entraînent de Saint-Pétersbourg à New-York en passant bien sûr par Tananarive et font revivre l’histoire de la Belle Epoque. Cet illustre « Toulousain de Toulouse », membre de notre association de 1909 à sa mort en 1913, nous a donné, puis légué de nombreux objets, dont une partie de ses propres toiles. Nous sommes heureux de vous présenter à l’hôtel Dumay, ses peintures et de très nombreux souvenirs de cette exceptionnelle vie romanesque. Venez les admirer mais lisez aussi ce numéro de L’Auta qui lui est entièrement consacré.

Jacques Frexinos

Notre 110e assemblée générale 2013

Notre 110e assemblée générale annuelle s’est tenue le 23 mars, à l’hôtel d’Assezat. Mme la député Martine Martinel, M. Serge Soula, conseiller général au canton de Toulouse I représentant le Président du Conseil Général de la Haute-Garonne, M. Pierre Lacaze représentant M. le Maire de Toulouse et Mme Sonia Ruiz, adjointe au maire directrice de l’Office du Tourisme, nous ont honoré de leur présence, traduisant par là l’intérêt et le soutien qu’ils apportent à nos actions. Nous les en remercions très vivement.

Allocution du Président :


Cent dix ans ! Quel âge vénérable mais aussi quelle jeunesse quand on voit l’activité et le dynamisme dont les Toulousains de Toulouse font preuve ! Cette longévité remarquable fait de notre société la plus ancienne des associations toulousaines non académiques et aussi la plus vivante grâce à votre fidèle soutien ! Nous sommes actuellement plus de 1500, et ce nombre nous confère une respectable représentativité qui nous permet de participer activement aux débats concernant la défense du patrimoine toulousain ! J’ose espérer que nous sommes entendus et parfois même écoutés !

Nos futures actions vont porter sur le développement de notre site Internet, la numérisation de la collection de L’Auta, mis en valeur par les travaux de Marianne Miguet, Anne-Marie Félix, Odette Molinier, et Georges Brielle qui, au terme d’un travail de plus de trois ans, ont refait toutes les tables des matières et permettant ensuite le transfert vers un base de données consultable sur notre site dont Amandine de Pérignon est devenue la « webmaster » confirmée.

Nous allons essayer de poursuivre avec l’aide de la D.R.A.C. et d’Aline Tomasin, la restauration du porche d’entrée et de sa calade, de l’échauguette sud, du mur mitoyen en essayant d’améliorer l’accès de la cour aux handicapés.

Cet été nous présenterons au musée du Vieux-Toulouse, deux expositions temporaires dans notre belle salle Pierre-de-Gorsse. L’une allant du 22 avril, date d’ouverture du musée, au 15 juin, sur l’initiative de Pierre Nouilhan, portera sur de remarquables photographies prises en mai 1968 par M. Tony Ser. L’autre du 1er juillet au mois de novembre sera consacré à un toulousain étonnant et aujourd’hui totalement oublié, le « commandeur » Marius Cazeneuve, auquel nous consacrons le numéro de Juin de L’Auta sous la plume experte de Jean-Pierre Suzzoni.
Notre sortie annuelle le 11 juin nous conduira à Sorèze, puis sur les pas de Riquet à Revel et à Saint-Ferréol grâce aux talents d’organisatrice de Josette Bélaval. Nous vous promettons sur ce grand circuit classique des découvertes inattendues !

Voilà les projets pour 2013 auxquels s’ajoutent nos activités régulières avec les visites mensuelles pilotées par Alain le Pestipon et Odette Molinier, et les conférences du lundi organisées par J-P Suzzoni, sans compter l’activité permanente de Gérard Villeval ! Il faut aussi et surtout remercier tous les « bénévoles », qui participent activement à la vie de l’association et du Musée du Vieux-Toulouse en collaboration avec Jérôme Kerambloch et Amandine de Pérignon. C’est grâce à tous leurs efforts que le MVT continue à vivre( ) ! Ce bénévolat d’accueil est capital mais aussi très fragile et il souhaitable de renforcer l’équipe actuelle pour assurer une certaine marge de sécurité. Si vous avez un tout petit peu de temps libre, n’hésitez pas à les rejoindre, un après-midi par semaine ou par mois par exemple. Pour cela contactez Geneviève Brunies-Raffy qui tient le rôle essentiel de coordinatrice et qui saura adapter vos disponibilités à nos besoins en vous faisant du « sur mesure ». Nous avons besoin de vous !
Toutes ces actions seraient impossibles sans l’aide de la Ville de Toulouse et celle du Conseil Général de la Haute Garonne que nous remercions très vivement.
Avant de terminer, je voudrais, comme d’habitude, lancer un dernier message : recrutez vous-même de nouveaux sociétaires car notre dynamisme passe par l’augmentation régulière des adhésions ! Sachez plaider notre cause pour fortifier ainsi notre société ! Merci également à tous les sociétaires donateurs qui apportent chaque année leur contribution financière ou « muséale » à notre association.

Au cours de cette assemblée générale nous avons renouvelé, conformément à nos statuts, le tiers de notre conseil d’administration : M. Suzzoni, Mme Tomasin, M. Villeval, M. Barré, Mme Bélaval, M. Brielle, M. Frexinos. Ces membres ont été réélus à l’unanimité le 23 mars 2013.Renouvellement par tiers du Conseil d’administration

Jacques Frexinos

Edito d'avril 2013
Quand la « télé » n’existait pas...

Mais comment donc se distrayaient nos « grands-parents » quand la « télé » n’existait pas ? C’était le temps où la « fée électricité » distribuait chichement, dans des maisons chauffées encore au poêle à charbon ou au feu de bois, un éclairage parcimonieux qui supplantait progressivement les antiques bougies ou les lampes à gaz... Quand nous étions jeunes, nous appelions cette période : « autrefois », et en comparaison nous nous estimions très heureux de vivre aux temps modernes de l’automobile pour tous (ou presque), des premiers embouteillages, des néons, des frigidaires et des machines à laver... Quel luxe ! C’était les trente glorieuses ! Mais « autrefois » comment faisaient-ils ?
Au cours de l’été dernier, dans la salle Pierre-de-Gorsse de notre hôtel Dumay, une « présentation de documents » (terme volontairement modeste, préféré à celui d’exposition !) évoquant les Fêtes et divertissements à Toulouse au XIXe et au début du XXe siècle, a répondu partiellement à cette question. Pierre Nouilhan et Georges Brielle, nos très attentifs archivistes ont organisé dans la salle Pierre-de-Gorsse, avec l’aide efficace de Jean-Pierre Suzzoni, cette « présentation » inédite et ouverte gracieusement au public. Ainsi des dizaines de photos et d’affiches, des extraits de journaux et divers papiers concernant cirques, fêtes de charité, sports, corrida, théâtres, arrivée des présidents de la République, etc. ont été réunis pour le plus grand bonheur des 3 000 visiteurs qui ont découvert de juillet à septembre 2012, dans la diversité de ces évènements exhumés d’un passé relativement récent, la vitalité et la gaieté de notre ville, au temps où la « télé » n’existait pas.

Nous avons jugé opportun de garder en mémoire ce travail en photographiant et numérisant tous les documents présentés pour reprendre dans ce numéro d’avril quelques thèmes, certains récemment abordés dans L’Auta ne méritant pas un rappel. N’allez-donc pas, chers lecteurs, rechercher dans les pages suivantes une « rétrospective » exhaustive ! Le but est de vous faire découvrir quelques aspects sympathiques et festifs de ce Toulouse 1900, même si la vie quotidienne était certainement plus dure qu’actuellement, mais « on » savait, en ces temps là, dit-on, se contenter de peu...
Cafés et brasseries étaient les lieux les plus animés de la ville et même si la « sono » n’existait pas, orchestres et bel canto la remplaçaient avantageusement ! L’affreuse restauration rapide avec ses burgers, ses paninis et ses kebabs n’avait pas encore envahi les rues. Dans les grands restaurants des banquets pantagruéliques, marquaient au cours de l’année, fêtes, anniversaires ou repas de société ! Les menus élégamment dessinés en témoignent formellement et nous donnent toujours l’eau à la bouche et parfois mal à l’estomac à la pensée des digestions laborieuses sinon difficiles qui devaient s’en suivre ! Les « unes » des divers journaux régionaux, de toutes les tendances politiques (et Dieu sait qu’il y en avait !), s’étalaient à profusion dans les kiosques. Les publications satiriques égratignaient allègrement les personnalités de tout poil quand elles ne mordaient pas très férocement leurs victimes ! Tous les soirs, les trois à quatre théâtres toulousains ouvraient leurs portes sur un nouveau programme, les mêmes pièces pouvant passer dans la même semaine d’une scène à l’autre. Les marchandes de violettes au coin des rues offraient contre quelques francs leurs bouquets odorants ! Heureux souvenirs d’une époque, à vrai dire embellie très artificiellement par la douce nostalgie du temps passé !

Voilà comment nos « anciens » se distrayaient quand la « télé » n’existait pas !
C’est maintenant à notre tour de répondre aux interrogations de nos petits enfants qui découvrent que dans notre jeunesse, « l’écran » n’existait pas ! Mais comment avons-nous pu grandir sans les smartphones, sans internet, sans les SMS ou les mails ! Comment pouvions-nous nous amuser en l’absence de wifi, de tablette tactile, de jeux vidéo... et de tout le bataclan ?

En somme, chaque génération a ses questions « fondamentales » !

Jacques FREXINOS

Edito de mars 2013
Que reste-il des remparts romains de Toulouse ?


Parmi les vingt-neuf oppida latina, que comptait la Gaule Narbonnaise, Toulouse fut une des plus importantes et pendant plus de dix-neuf siècles la ville conserva son imposante ligne de défense. Le poète Ausone, à la fin du IVe siècle, écrivait : « Jamais je ne ferai silence sur Toulouse qui nous a nourri, elle qu’enferme une enceinte immense faite de murs en briques, elle dont le flanc est baigné par la belle Garonne ».
Que reste-t-il des remparts romains de Toulouse ?
Avec ses briques rouges rehaussées de pierres calcaires blanches, l’enceinte de 3,5 km de long, offrait une superbe diachronie à cette PalladiaTolosa de 90 hectares. Certains historiens ont voulu voir dans ces courtines, jalonnées par une cinquantaine de tours avec une alternance de trois tours rondes d’une dizaine de mètres de hauteur pour une tour à talon, une marque de prestige, honorant la ville plus que la protégeant au moment où Toulouse obtenait le statut de colonie romaine. Même si on admet le caractère artistique de ces remparts, on peut douter de leur finalité purement esthétique !
Aujourd’hui nombreux sont les Toulousains qui ne connaissent pas l’extraordinaire histoire de cette grande ville romaine. Mais où sont les vestiges ? Pourquoi ne voit-on plus rien ? Quand les barbares les ont-ils détruits ? En l’occurrence si quelques assaillants ont bien joué un rôle, la plupart des « barbares » furent des Toulousains qui au fil des siècles, principalement au XIXe siècle, achevèrent ce que leurs aïeux avaient commencé, la destruction complète des remparts romains pour récupérer des matériaux, « élargir » le périmètre de la ville et ouvrir de grands boulevards. Napoléon lors de sa visite à Toulouse avait, par décret le 27 juillet 1808, « fait la donation à la ville de Toulouse pour y jouir en toute propriété... des terrains et matériaux des remparts et des fossés » de l’enceinte toulousaine. Nos concitoyens se mirent lentement à l’œuvre et à partir de 1818 commencèrent les démolitions...

- Aujourd’hui la découverte des quelques vestiges romains directement visibles « de la rue » commence sur la place du Parlement où une coupe de l’enceinte gallo-romaine marque la façade de la maison dite Pierre-Seilhan, où saint Dominique fonda l’ordre des frères prêcheurs. Cette coupe donne l’idée de la structure interne du rempart faite de solides caissons remplis de mortier de chaux et de galets tandis qu’à l’intérieur de la maison une autre section est parfaitement visible.
- Tout à côté, lors des grands travaux de rénovation du Palais de Justice, les archéologues chargés des fouilles préventives retrouvèrent en 1999 les vestiges du château Narbonnais, érigé sur la porte Narbonnaise. Grâce au ministère de la Justice cet espace est aujourd’hui préservé et peut être visité. Une crypte archéologique a été construite pour conserver in situ ces ruines prestigieuses dont l’emplacement exact avait fait couler beaucoup d’encre jusqu’à cette importante découverte. Le sacrilège de la Porterie ne s’est pas reproduit !
- Un peu plus loin, sur la place des Hauts-Murats, créée en 1855 pour dégager l’église du Gésu, un passage étroit, pratiquement accolé à l’abside, conduit à un curieux garage à vélo. L’édicule est en effet bâti à l’intérieur des vestiges d’une tour (ancienne tour de la Sénéchaussée) dont il ne reste qu’un cinquième de la circonférence mais dont le parement en briques est parfaitement visible. -
- A quelques pas de là, on aperçoit émergeant au-dessus du mur est de la place, le toit et la partie haute de la seule tour romaine entièrement conservée bien que fortement restaurée dans sa portion supérieure. Cette tour fut ensuite incorporée à la prison des Hauts-Murats, proche de la Sénéchaussée, devenue ensuite prison Furgole lors de l’Occupation en 1943. L’installation de la section toulousaine de l’école polytechnique transforma le rez-de-chaussée en bar salle de détente, sans heureusement rien altérer des structures essentielles...
- Une autre tour se cache partiellement derrière le numéro 7 de la rue Jules-de-Rességuier, elle est bien visible de « trois-quarts » et paraît avoir été judicieusement restaurée en une habitation privée.
- Mais l’endroit le plus adéquat pour voir à ciel ouvert une base de tour et ses remparts adjacents est le parking de la place Saint-Jacques et de la rue Bida. Devant ces vestiges, on peut « évaluer » la solidité des fondations (2,80 m de large sur 0,90 m de profondeur), l’épaisseur des murs, la qualité du soubassement fait de pierres de petit appareil et de trois rangées de briques et on peut reconstruire, « en rêvant », la tour de 10 à 12 m avec les remparts de 6 à 8 m de haut et de 2,40 m de large.
- Par contre il faut avoir beaucoup plus d’imagination pour retrouver tout en haut de la façade néoclassique du numéro 5 bis de la rue Bida le sommet restauré et transformé d’une tour à talon.
- La construction du Théâtre National de Toulouse (TNT), rue Labéda, permit la découverte d’une tour et de grands pans de courtine associés. On peut voir aujourd’hui la base de cette tour incluse dans le théâtre mais il semble bien qu’une grande partie des découvertes n’ait pas été préservée. L’abbé Baccrabère, qui a tant fait pour l’archéologie toulousaine et régionale avec sa petite équipe de volontaires dont Gérard Villeval, déclarait en juin 1996 à propos des promesses (non tenues) de conservation et de mise en valeur du site : « La pratique est constante à Toulouse, où l’on déploie des trésors d’ingéniosité pour maintenir un magnolia, pour prendre l’exemple de la station de métro du jardin du Capitole, alors que l’on n’hésite pas à détruire la tour romaine voisine ». Cette phrase résume bien, hélas, une situation maintes fois retrouvée...
- Les récentes rénovations du square Charles-de-Gaulle, communément nommé jardin du Capitole, ont donné lieu à des fouilles archéologiques préventives sur une intéressante domus et à l’exposition sur le site de posters très instructifs retraçant l’historique des lieux ! Par contre, les Toulousains de Toulouse se sont étonnés de voir disparaître le soubassement (un bien grand mot pour cette petite murette d’un demi quart de cercle !) de la tour Charlemagne, ancienne prison des Capitouls qui « servit » jusqu’au milieu du XIXe siècle. Ces vestiges très modestes certes mais cependant assez évocateurs viennent en effet d’être « nettoyés » par le nouvel aménagement, seul le dessin de sa base est aujourd’hui marqué par des dalles noires (sans aucune autre explication, pour le moment !) ; la section de courtine qui avait été récupérée lors des travaux du T.N.T. et remontée artificiellement à quelques mètres de la tour en 1998, a maintenant totalement disparue.
- Place de Bologne (à côté de la place Saint-Pierre), une section de rempart a été mise au jour lors des importants travaux sur le site de l’ancien hôpital Larrey en 1992. Quelques vestiges ont été conservés au sein du parking de la résidence de la place de Bologne alors que les extraordinaires « restes » du palais des rois Wisigoths étaient irrémédiablement enfouis.
- Tout dernièrement, les fouilles préventives sur la place Saint-Pierre ont découvert un morceau de mur gallo-romain qui lui aussi va être enfoui...
- Le rempart romain du IIIe siècle est seulement visible lors de la visite du musée de l’Institut Catholique, rue de la Fonderie. Remarquablement remis en perspective par l’abbé Baccrabère, Gérard Villeval et bien d’autres dans les années 1990, il a été parfaitement protégé et remarquablement exposé lors de la rénovation récente du musée. Par rapport à celui du premier siècle, sa construction englobe de très nombreux éléments de remploi, en particulier des blocs sculptés récupérés dans la nécropole du quartier Saint-Michel.

En fin de compte c’est un bien triste bilan qui vient d’être dressé, car toutes les époques et toutes les générations ont contribué à la disparition de Tolosa Palladia. Notre ville, contrairement à d’autres cités (Nîmes, Arles, Orange, etc.), n’a pas pu, n’a pas voulu ou n’a pas su entretenir ses vestiges antiques et il faut reconnaître que notre génération en a presque complètement effacé les tout derniers... Dans ce malheur, parfois compréhensible en raison de l’extension et du développement de notre ville, mais pas toujours excusable surtout quand la volonté de conserver a été délibérément ignorée. Il nous reste une seule consolation : le « souvenir » grâce au travail remarquable des archéologues d’hier et d’aujourd’hui, qui nous ont permis de retrouver et de garder en mémoire cette Tolosa engloutie dans le temps !

Jacques Frexinos

Edito de février 2013
Qu’est devenue la violette de Toulouse ?

La fête de cette fleur emblématique, qui a fait de Toulouse sa « capitale », se tient cette année le 1er et le 2 février place du Capitole. Mais de quelle violette parlons-nous et pourquoi ce point d’interrogation ? Il faut tristement le reconnaître : « notre » violette doit être maintenant à classer dans les « espèces en voie de disparition »…

Comme vous le lirez plus loin, la violette de Toulouse, Viola tolosa nob, a des propriétés très particulières qui la distinguent nettement de la violette commune que la Compagnie du Gay Savoir distribuait déjà au XIIe siècle, mais sous forme d’une fleur en or ! Ses propriétés en ont fait son succès mais aussi son malheur car après un siècle de splendeur et l’apogée de son commerce (schématiquement entre 1850 et 1950), la décadence est arrivée et avec elle le déclin. Les maladies s’acharnèrent en effet sur notre pauvre et fragile Viola, sa culture ne fut plus rentable et malgré de louables tentatives de « régénération » faites par des scientifiques compétents, dans les années 1980-1990, avec le soutien des quelques derniers producteurs, la violette de Toulouse, a hélas pratiquement disparu de la campagne toulousaine.

Pourtant un combat héroïque pour la défense de la violette toulousaine et de sa « mémoire » a été mené par plusieurs associations dont La Confrérie de la violette créée en 1997 et Les Amis de la Violette en 1998. Diverses manifestations artistiques, commerciales, florales etc., ont été également créées pour promouvoir la fleur toulousaine à travers le mois de la Violette, la Fête de la violette organisés par la ville de Toulouse, l’élection de Miss Toulouse, etc. En 1993, Hélène Vié fonda une société commerciale dédiée à la violette, le Jardin d’Elen, puis en 2000 transforma sur le canal du Midi, devant la gare Matabiau, une péniche en une accueillante Maison de la Violette, avec des dizaines de produits « dédiés » à cette fleur toulousaine. Récemment en janvier 2008 à Aucamville une nouvelle association, La violette dans son terroir, a réuni sous la présidence d’Edmond Thomas d’anciens producteurs ou leurs descendants, soucieux de préserver la mémoire et l'authenticité historique de cette culture.

Il aurait été agréable de conclure cette petite histoire de la Violette de Toulouse en écrivant : ainsi fut sauvée la merveilleuse Violette de Toulouse. La réalité est hélas bien triste. Certes la mémoire de cette fleur symbolique est plus que jamais présente dans les magasins de « souvenirs » toulousains, mais il faut constater qu’il n’y a aujourd’hui pratiquement plus d’horticulteurs de violettes de Toulouse dans la région ! Les productions locales et régionales étant insuffisantes pour satisfaire leurs besoins, les confiseurs, les distillateurs ou les parfumeurs toulousains sont obligés de faire appel aux violettes des Alpes-Maritimes et d’ailleurs... Dans l’arrière-pays niçois, la petite ville de Tourrettes-sur-Loup (4 500 habitants) revendique aussi le titre de « capitale de la violette » et se targue d’être en France, le plus gros producteur et exportateur, non de Viola tolosa nob mais de Viola victoria, plus résistante, organisant même tous les ans, depuis 1952, une fête de la violette !

A Toulouse, le renouveau tant souhaité de Viola tolosa nob tarde donc à venir… Doux euphémisme pour traduire le triste état de cette horticulture ! Chez quel fleuriste trouver aujourd’hui un bouquet de violettes de Toulouse ? Question sans réponse ! Les kiosques à violettes ont depuis longtemps disparu du paysage urbain. Ne comptez pas admirer, place du Capitole, à la fête de la violette, une profusion de bouquets merveilleusement odorants. Par contre, vous y trouverez tous les produits dérivés : confiserie et friandises, sirop, boissons et liqueurs, pâtisseries, produits de beauté et de toilette (parfums, savons, bain moussant, etc.), linge et vaisselle de maison, et bien sûr la fameuse poupée, « la marchande de violette » qui fait croire aux touristes que sa robe violette est l’authentique costume de la toulousaine d’autrefois ! Alors, consolez-vous, et ce sera déjà un vrai bonheur, en admirant les fleurs en pots et en sentant leur suave parfum au « stand » des serres municipales, le seul conservatoire français de la violette, qui est un des très rares exposants, sinon le seul, à présenter ses productions florales !

Soyons réalistes, la violette de Toulouse n’est plus... ce qu’elle était ! Alors, gardons précieusement le souvenir de « notre » fleur symbolique et souhaitons que les tout derniers horticulteurs de la région et les serres municipales perpétuent le plus longtemps possible cette merveilleuse histoire dont l’essentiel vous est présenté page 41.

Jacques Frexinos

Nous remercions très vivement pour leurs précieux renseignements : Mme Nicole Arseguet (Serres municipales) et M. Edmond Thomas (La violette dans son terroir).

 

Editorial de janvier 2013

Très chers sociétaires et amis,

Cet éditorial satirique sur « nos » mutations linguistiques ne m’a pas fait oublier une exigence incontournable en ce début d’année 2013 : vous adresser nos vœux les plus fervents et les plus sincères et formuler avec vous le souhait que les Toulousains de Toulouse poursuivent leur mission avec autant d’enthousiasme et de réussite que par le passé !
Vous trouverez dans ce numéro un « papier jeté » qui vous servira à accompagner le chèque (37 euros) de votre cotisation annuelle. C’est, en effet, le moment d’apporter votre soutien annuel ainsi que le veulent nos traditions et nos finances ces dernières étant, comme vous le savez, en bien mauvais état ! Très bonne année et grand merci pour votre fidèle et indispensable soutien !

Où Candide s’inquiéta d’une envahissante « anglolalie »...

Candide aimait flâner dans le vieux Toulouse à la recherche de cette vieille lenga occitana qu’il savait préservée et cultivée par les sages lettrés de Convergéncia Occitana. Il était cependant déçu de ne pas la retrouver dans la vie quotidienne et essayait de se consoler en contemplant le bilinguisme du nom des rues : Rue du May – Carrièra du May. C’était déjà un bon début, se disait-il... Toutefois, une inquiétude tenace le rongeait car dans cette pieuse quête, il avait découvert, à côté de l’envahissante xylolalie politique, administrative ou commerciale, la prolifération d’une sournoise anglolalie que les indigènes de la place Capitoline pratiquaient maintenant sans trop s’en rendre compte. Cette nouvelle hérésie, tel un pernicieux curare, s’était insinuée subrepticement dans leurs neurones cérébraux et la lenguo moundino s’était effacée devant le globish des pipols (ou people pour les puristes) quand ce n’était pas devant d’autres dialectes, venus de plus lointaines contrées !

Ainsi, même à San-Subra, on ne disait plus : « je suis épuisé » mais on se proclamait complètement burn out (burned out pour les puristes) et pour se détendre on allait faire du body building, du footing, du jogging plutôt que de la gymnastique, de la marche, de la course. De nombreux Toulousains, comme des millions d’autres sujets du beau royaume de France, préféraient chatter que bavarder, dispatcher plutôt que répartir, checker pour vérifier, manager pour diriger et tacler tous les has been... Les news remplaçaient les informations et twitter (ou tweeter pour les puristes) permettait en quelques secondes de faire le buzz en dévoilant au monde entier ses états d’âmes, bêtises incluses et irrémédiablement proclamées ! Si on avait plus de temps, il valait mieux bloger sérieusement, en mettant en ligne son diary sur son smartphone.
Dans cette jungle anglophile, on trekkait (au lieu de randonner) mais on pouvait aussi biker (à moto ou vélo) pour rejoindre le meeting point. Dans les business centers sous le sigle de corporate (plus moderne que professionnel ou institutionnel), on participait à des brains storming (summum de la réflexion « groupale »), on démontrait sa capabilité (au lieu de sa capacité), la compliance remplaçait l’adhésion et les derniers termes techniques high tech proliféraient sans retenue : streaming, flashcode, podcast, spam etc.

Certes Candide savait que les Grands-Bretons avaient depuis longtemps quitté notre douce Aquitaine et reflué loin de notre chère Gascogne, tandis qu’Aliénor, la diabolique et superbe traitresse, avait disparu dans la nuit de l’Histoire. Pourtant, notre jeune homme accusait certains descendants de ces anciens envahisseurs de revenir coloniser notre douce province pour goûter les saveurs d’un terroir n’existant plus sur leur île lointaine (du moins l’affirmaient-ils). Il fallut beaucoup de fermeté à Pangloss, pour réfuter cette explication fausse et simpliste et démontrer à son élève trop naïf, le rôle d’une mondialisation où la langue anglo-saxonne avait tout simplement remplacé le bon vieux latin de mare nostrum puis le français du siècle des Lumières !

Le sage philosophe poursuivit son discours en ajoutant que le monde entier s’était « googlelisé » et « wikipédié » en quelques années, et bousculé ainsi la belle langue de Molière, de Racine, de Corneille, de Saint-Simon, de Montesquieu, de la marquise et de tant d’autres. Pangloss assombrit le tableau en soulignant que, parallèlement à cette anglolalie lexicale, existait aussi un sournois envahissement syntaxique. Par exemple, nos chers ministres (mais aussi nos prétentieux « gentilcadres », petits ou grands) ne disaient plus qu’ils étaient responsables d’un ministère ou d’une mission, mais en charge de... Ils ne maîtrisaient plus une situation difficile mais la tenait sous contrôle. Ils ne se plaçaient pas sur le plan mais au plan... D’autres anglicismes phonétiques, tels de très désagréables aï, ponctuaient leurs conversations de bizarres cris douloureux quand ils cherchaient leur aïPad, leur aïPod, ou leur aïPhone, alors qu’en silence leurs mails agressifs écrasaient victorieusement les mels et les courriels aux consonances trop hexagonales !

- « Heureusement, s’écria Cunégonde, que de valeureuses associations défendent notre belle langue Française et agissent activement pour freiner, retarder ou contrarier cette horrible invasion ». Candide lui fit doucement remarquer que les multiples lois promulguées dans ce sens avaient eu, hélas, des effets totalement et notoirement nuls, même avec le secours de la très honorable académie Royale. Pour comble de ridicule, M. Toubon, le ministre qui les avait présentées en 1994, avait vu son nom immédiatement déformé par la presse satirique en Mister Allgood ! Tous les jours, sur les lucarnes plasmatiques, nos présentateurs et nos speakerines se permettaient en live des coupables facilités pour paraître plus in... Leur fascinante téléglossie participait allègrement à cet horrible hallali linguistique que renforçaient par moments les orgueilleuses proclamations publicitaires d’une Deutch quality vantant les mérites des manufactures prussiennes ! Achetons du made in France, s’écria Cunégonde, oubliant ses origines, le château de Thunder-ten-tronckh et sa lointaine Westphalie. Se rendant compte de cette trahison involontaire, elle ajouta, pour changer de sujet : « Et si on parlait maintenant des problèmes de genre ? ». Pangloss et Candide, à l’unisson, lui demandèrent fermement de clore sa délicieuse bouche et de ne plus évoquer ce périlleux sujet qui avait failli antérieurement les mener au bûcher. Pour la consoler, ils assurèrent à la douce enfant qu’elle deviendrait encore plus glamour et que « tout serait pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles » !

Jacques Frexinos

Editorial de décembre 2012
Notre bel hôtel Dumay ...

Oui, il est beau et même encore plus beau après les récents travaux (juillet-novembre 2012), portant sur la terrasse et la façade nord de l'aile sud (façade sur cour). Mais ne rêvons pas, tout n’est pas définitivement fini ! Cette nouvelle tranche de restaurations fait suite aux quatre précédentes, déjà réalisées depuis 1986 par notre association afin d’assurer la solidité et la pérennité de l’édifice. Ce n’est donc qu’une étape supplémentaire s’inscrivant dans la longue histoire de cet hôtel dont la construction a débuté à partir de 1590. Le docteur Siméon Durand en 1914, a entrepris les « premières » restaurations du XXe siècle avant de faire la donation aux Toulousains de Toulouse en 1948. Le vieil hôtel renaissance de style italien retrouvait alors une nouvelle destinée et était « classé » aux Monuments Historiques en 1950 et, pour les intérieurs, inscrit au registre supplémentaire en 1990 !

- En 1986, les premiers projets de restaurations étaient initiés, sous la présidence de Gratien Leblanc, au titre des Monuments Historiques sous la direction de l’architecte des Monuments Historiques (M. Bernard Voinchet) ou de l’architecte des Bâtiments de France. Cette première tranche du programme fut réalisée quelques mois plus tard, sous la présidence Robert Gillis, par l’entreprise Sagné & fils, de décembre 1988 à juillet 1989. Elle portait sur la maçonnerie des trois étages de la façade est sur cour avec le rejointoiement ou le remplacement de l’appareil de briques et la réfection des encadrements des ouvertures en pierre de taille.
- En 1991, la seconde tranche comportait la restauration de la menuiserie des étages de la façade est et de la galerie ouest sur cour avec la suppression de l’étage supérieur, retrouvant ainsi l’état d’origine du XVIIe siècle. Les charges qu’exerçait cette galerie supplémentaire, rajoutée par Siméon Durand après 1914, menaçaient en effet la stabilité de l’édifice, d’où la nécessité supplémentaire d’une consolidation de l’angle de maçonnerie nord-ouest et de la réfection du portique.
- La troisième tranche (1996-1998) a porté sur la maçonnerie du rez-de-chaussée de la façade Est sur cour et de l’angle sud-est et de l’arc est du portique Sud avec mise en place d’une poutrelle de soutènement des solives du plafond. C’est alors que de sérieuses menaces d’effondrement de la charpente et de la couverture de l’aile Nord, nécessitèrent la reprise en urgence et en totalité de ces parties, travaux initialement non prévus. Il fallut également supprimer la cheminée de la façade Ouest et les canons en toiture ainsi que consolider la stabilité de l’escalier de l’aile Nord et restaurer la voûte sur croisée d’ogives de la tour scaligère (1999)( ).
- En 2000, la poutre du centre de la salle d’apparat situé au rez-de-chaussée de l’aile Est allait donner de sérieux soucis au Conseil d’administration et à son président Lucien Remplon. Sa possible rupture entraînait son remplacement qui fut effectué pendant l’hiver 2002-2003, avec la dépose du plancher de la salle Henri-Puget à l’étage supérieur. La poutre Nord ayant subi également des désordres dus à l’humidité du mur mitoyen est, des pièces métalliques durent être insérées dans le mur pour la soutenir. Simultanément le chauffage électrique était installé dans le sol et l’éclairage entièrement refait. La salle d’apparat, superbement restaurée, fut alors renommée salle Pierre-de-Gorsse.
- A partir de novembre 2005, le musée dut être fermé pendant plus de deux ans. Ce fut d’abord en raison d’une invasion de vrillettes qui entraîna leur éradication par anoxie de centaines d’objets du musée et un traitement chimique des boiseries intérieures. Ensuite un projet de restauration de la salle Henri Rouzaud, dont les murs, balafrés par de gigantesques fissures pénétrantes, criaient misère, fut étendu aux salles Puget, Rouzaud, Gay et Rozès de Brousse également atteintes (plâtrerie des murs et fissures, peintures, « gypseries »). La réouverture du musée, rénové dans son intérieur et ses collections, fut enfin possible le 1er juillet 2008.
- Après ces « grands travaux internes », l’année 2009 s’annonçait sous les meilleurs auspices lorsque survint un nouveau problème... Le 19 septembre 2009, pendant les Journées du Patrimoine, la cloison mitoyenne des salles Félix-Mathieu et Henri-Puget s’affaissait brutalement de quelques centimètres, laissant apparaître une communication entre les deux salles et entraînant bien sûr la fermeture immédiate du musée ! Les experts consultés, nous expliquèrent « que ce n’était pas grave » et qu’il s’agissait « simplement » du travail de la « nouvelle » poutre de la salle Pierre-de-Gorsse, placée en 2002 ! Il fallut encore une fois réparer, c’est-à-dire refaire entièrement la cloison et aussi la salle. L’idée de rationaliser le parcours de la visite, nous poussa alors à permuter et à refaire la muséologie des deux salles Félix-Mathieu et Léon-Joulin !
- Au début 2012, le Conseil d’administration programma la rénovation des deux pièces, dites des Arts et Traditions populaires (ATP 1 et 2) qui bien que très attractives étaient devenues au fil des ans les plus anciennes et les plus misérables du musée. Le nouveau parcours muséal se finit aujourd’hui sur une nouvelle scénographie consacrée aux terres vernissées et aux outils de la vie quotidienne et aux vêtements et tissus toulousains du XIXe siècle. Ce projet fut le travail de plusieurs membres du Conseil en collaboration étroite avec Mme Rey-Delqué, Amandine de Pérignon et Jérôme Kerambloch.
- Cette fin d’année a vu se terminer la cinquième tranche des restaurations dont un compte rendu détaillé sera ultérieurement publié. Il s’agit de travaux portant sur la terrasse, la façade Sud sur cour et le retour sur une partie de la façade est. Ce grand chantier a été mené à bien grâce à l’efficace activité d’Aline Tomasin. Sans elle, sans sa détermination et sa connaissance des problèmes, rien n’aurait pu être fait aussi bien et aussi vite ! Nous lui exprimons ici toute notre très vive reconnaissance car ses interventions ont été essentielles dans la constitution du dossier, les demandes de subventions, la gestion et le suivi des travaux réalisés par l’entreprise Rodrigues-Bizeul, sous la directive de Bernard Voinchet, architecte. Ces restaurations (142 000 €) ont été subventionnées par la DRAC à la hauteur de 41% de leur totalité et nous sommes extrêmement reconnaissants, surtout par les temps qui courent, de cette aide capitale.

Les travaux de l’hôtel Dumay seront-ils un jour finis ? De futures tranches sont déjà en perspective et quelques fuites d’eau très récentes (début octobre) nous permettent de donner une réponse catégoriquement négative. Tel Sisyphe, nous il nous faudra poursuivre les restaurations nécessaires, heureux certes de voir notre hôtel devenir de plus en plus beau mais inquiets de constater que nos finances sont de plus en plus maigres ! Qu’allons-nous devenir ? Nous vous remercions de contribuer à calmer cette angoisse existentielle en pensant à régler, dès janvier prochain, votre cotisation 2013 ! Nous en avons extrêmement besoin. Merci d’avance !!!

JACQUES FREXINOS

Editorial de novembre 2012

Où Candide refusa de prendre des vessies pour des lanternes !

En fait de vessies, c’étaient les nouveaux projecteurs qui se substituaient, progressivement mais inexorablement, aux vieilles lanternes de notre bon Vieux-Toulouse. La découverte des méfaits de cette pernicieuse mutation avait déclenché l’ire de Candide, qui rejoignit celle de nombreux Toulousains de Toulouse et participa alors avec passion aux discussions, supputations, élucubrations et commentaires acerbes motivés par cette sombre affaire lumineuse. Manifestement l’esthétique de ce nouvel éclairage n’était pas accueillie avec aménité ! Certes le clan des critiques pouvait comprendre que l’usure du temps était un argument logique pour justifier un remplacement mais une question toute simple et à vrai dire très pertinente revenait régulièrement : pourquoi, en supposant que cela fut vraiment nécessaire, ne pas avoir simplement renouvelé à l’identique le matériel déjà en place ?

Cette campagne avait débuté depuis plusieurs mois mais, avec le temps, l’épidémie s’étendait insidieusement, apportant régulièrement de nouvelles atteintes. Candide, Pangloss et Cunégonde, unis dans cette désolation, reconnaissaient toutefois qu’ils pleuraient un éclairage de style faussement historique, imité des réverbères du XIXe siècle, et mis en place autour des années 1960. Pourtant, ces humbles copies, à l’allure ancienne et si romantique, leur paraissaient bien mieux s’intégrer à l’architecture du Vieux-Toulouse que les nouveaux projecteurs dont la forme plate et moderne les faisait ressembler à des appareils de chauffage ou à des grille-pains renversés dont l’installation progressait malgré les réticences de nombreux « tolosates ». Ces pauvres indigènes, à l’esprit simple et aux goûts classiques, persistaient à défendre une esthétique qui n’allait pas forcément dans le même sens que l’évolution de certains éléments du mobilier urbain...

Candide, dont le cœur saignait et dont l’esprit s’embrasait violemment devant cette mutation sacrilège, avait alors demandé des explications au vieux capucin, qui habituellement lui servait de guide tout en essayant de le convertir à cette nouvelle religion destinée à combattre les horribles méfaits du « pollutionisme ». Le saint homme lui répondit que les experts de l’allumage des modernes réverbères avaient des arguments irréfutables pour promouvoir l’installation des nouveaux projecteurs ! La question de leur laideur fut brièvement résolue par une réponse lapidaire : des goûts et de couleurs... D’autant ajouta le saint homme que leur forme est si épurée qu’elle s’adapte facilement « à tout ». Candide lui répliqua que cela était vraiment à démontrer... Pour le reste, le bon religieux savait que ces nouvelles chandelles avaient surtout deux mérites essentiels : l’efficacité et l’économie ! Pour confirmer cette assertion, il apprit à Candide que « ses » vieilles lanternes avaient été recalées sans appel à l’examen de « l’indice du rendu des couleurs » et lors des redoutables épreuves de « performance énergétique ». De savantes épreuves avaient démontré leur « médiocre perception nocturne » (sic), « l’ambiance terne » (sic) et la « pollution lumineuse importante » (resic) qu’elles dégageaient. Il leur était enfin reproché d’être équipées de sources au sodium haute pression, donnant une teinte jaune-orangée et, propriété hautement rédhibitoire frisant l’hérésie, d’avoir avec leurs 150 W une consommation énergétique très importante, double de celle des nouveaux réflecteurs équipés en 75 W. Ces derniers étaient par contre d’une sobriété exemplaire et leurs lampes aux iodures métalliques irradiaient une « teinte blanc chaud » donnant une ambiance « confortable et dynamique » tout en dirigeant leur lumineux faisceau uniquement vers le sol alors que les vieilles lanternes enluminaient non seulement les rues mais aussi les murs voisins !

Le vieux capucin demanda alors à Candide ce qu’il opposait à tous ces solides et raisonnables arguments. Le jeune homme persista obstinément dans son adhésion à l’éclairage « d’autrefois » et, malgré tous les schismatiques péchés des « vieilles lanternes », soutint qu’elles lui suffisaient amplement pour ses promenades nocturnes et qu’il se passait volontiers, et sans regrets, du « confort » et du « dynamisme » des nouveaux projecteurs ! Il ajouta que ce qui était mesuré en lux n’était pas obligatoirement perceptible, même par ses yeux juvéniles, et que le mieux étant l’ennemi du bien, il préférait cent fois une jolie rue avec une vieille lanterne à une rue, soi-disant mieux éclairée, mais enlaidie par un vilain projecteur. Quant à l’argument économique, si apprécié des sages gestionnaires urbains, notre bouillant détracteur dut bien reconnaître que la lutte contre le gaspillage des kilowatts était non négligeable dans la discussion et, à vrai dire, bien difficile à réfuter. Mais alors, pourquoi, ajouta-t-il, ne pas repeindre en blanc les façades toulousaines comme nos sages capitouls l’avaient ordonné avant cette funeste Révolution de 1789 ? Cela transformerait la ville rose en ville blanche et augmenterait encore les économies réalisées ! Redevenant plus sérieux Candide demanda si on n’aurait pas pu, avant cette vaste campagne de remplacement, et après s’être assuré qu’elle était vraiment nécessaire, « moderniser » les vieilles lanternes afin d’y adapter des ampoules bien moins gourmandes. Cette idée toute simple avait-elle été envisagée et, si elle était réalisable, les modifications conséquentes seraient-elles revenues plus chères que l’achat des nouveaux appareils ? Le vieux capucin, désespéré par l’inconscience et l’obstination de ce renégat qui faisait passer « son » esthétique urbaine avant les exigences d’une modernité rationnelle et bienfaisante, haussa les épaules, tourna les talons et disparut en marmonnant que de telles hérésies méritaient que l’on ralluma les saints buchers qui purifiaient aux temps des pestes les ruelles viciées de la cité et permettaient en même temps de faire griller quelques hérétiques réticents !

Candide, dont la fine oreille avait entendu toutes ces joyeusetés historiques, se tourna désespéré vers son vieux maître, quêtant du regard un conseil philosophique et un rassurant réconfort. Pangloss, qui jusque là n’avait pas été très disert, se lança alors dans une longue tirade d’où il ressortit, après maintes dissertations, des vœux fervents afin que, à l’avenir, on sauvegarda au moins le charme désuet mais irremplaçable de quelques vieilles rues, non encore atteintes par cette funeste épidémie : « Que le Vieux-Toulouse encore « sain » soit au moins épargné par cette terrible contagion lumineuse ! » s’écria-t-il. Candide, les larmes aux yeux, partagé entre sa désespérance et l’utopique espoir de voir se réaliser ce souhait si sage, conclut en soupirant : « Qu’on arrête au moins de nous faire prendre des vessies pour des lanternes ... et tout sera pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles ».

JACQUES FREXINOS

Editorial d'octobre 2012

Les « embellisseurs » veulent détruire la rue Saint-Rome !

Rassurez-vous, c’était en 1912…
Il y a donc cent ans, le Cri de Toulouse publiait dans ses colonnes un long article portant sur l’embellissement de Toulouse et faisait renaître à cette occasion l’éternelle querelle des anciens et des modernes sous une forme beaucoup plus prosaïque que véritablement littéraire.
Un texte publié par un journaliste parisien très connu à l’époque, André Hallays, avait mis le feu aux poudres en rapportant, dans le Journal des Débats (presse nationale), les projets d’embellissement de la rue des Changes et de la rue Saint-Rome à Toulouse et les conflits d’opinions (et d’intérêts…) qui s’en suivaient. Il commençait son papier en citant Montalembert : Toulouse m’a paru être la métropole et comme la patrie du vandalisme ; du moins je n’en ai jamais vu tant d’exemples resserrés dans un si petit espace ! André Hallays, qui habituellement n’épargnait pas Toulouse de ses critiques acerbes, n’hésitait pas à ajouter : Depuis ce temps là, Toulouse a tout fait pour garder son rang, le premier, dans l’histoire du vandalisme français. Il développait ensuite sa diatribe en citant les stupides démolitions ayant anéanti d’admirables chefs d’œuvre de la Renaissance méridionale et rappelait les écrits d’Armand Praviel qui n’hésitait pas dans la Revue hebdomadaire à intituler son article «Une ville vouée au massacre» !

La rue Saint-Rome et la rue des Changes, étaient alors concernées par un projet de destruction de toutes les vieilles maisons, lancé par une société immobilière qui proposait aux propriétaires le remplacement des insalubres habitations par des immeubles neufs, reconstruits dans une rue élargie. Une très bonne affaire en perspective ! Cela devait se faire avec la bénédiction (le mot est peut-être inapproprié, étant donné le contexte politico-religieux de l’époque…) de la municipalité qui soutenait sans réserve le parti des « embellisseurs », ainsi désignait-on ceux qui avaient à cœur l’embellissement et la prospérité de notre grande cité ! Dans cette affaire, poursuivait André Hallays, il existait toutefois quelques hommes de bon goût pour protester sans relâche contre cette impudente sauvagerie. On ne les écoute pas, ou bien on les tourne en dérision. Le journaliste parisien citait alors la Société des Toulousains de Toulouse qui en accord avec les membres de la Société d’Archéologie et ceux du Syndicat d’Initiative protestait fermement et soutenait que l’intérêt de quelques propriétaires vendant leurs immeubles ne se confondait pas avec l’intérêt général. Le président des « Toulousains de Toulouse », J.-R. de Brousse, déclarait également : A Toulouse, c’est toujours les « embellisseurs » qui finissent par avoir raison. Seulement à force de « s’embellir » cette ville perdra toute grâce et toute séduction. Les bons Toulousains s’en apercevront un jour, mais trop tard.

Après avoir exposé les arguments des deux parties, le rédacteur du Cri de Toulouse, qui avait apparemment montré son penchant pour la défense du patrimoine toulousain, faisait une brusque et surprenante volte-face. Après avoir rendu hommage au sentiment qui guidait les « Toulousains de Toulouse » et leur très érudit président, il soutenait franchement les « embellisseurs » en déclarant : Il est possible qu’il y est, dans la rue Saint-Rome, trois ou quatre immeubles intéressants parmi les deux ou trois cents vieilles masures dont l’hygiène publique autant que le souci d’embellissement commandent la disparition. Ainsi, tout en regrettant la disparition des quelques vieux hôtels, le Cri de Toulouse attaquait la position prise par M. Hallays et par les « Toulousains de Toulouse ». Le rédacteur de l’article, (probablement M. Bergé, directeur-administrateur du Cri de Toulouse), présentait en effet ses arguments en écrivant : Dût la sensiblerie de quelques artistes privilégiés en éprouver quelque peine, il est indispensable que les villes modernes donnent à leurs habitants toutes les garanties sanitaires nécessaires. Auparavant il avait stigmatisé : les privilégiés de la fortune, ceux que la nature a comblés de bien-être et qu’une éducation raffinée pousse vers le culte des belles choses… Sa conclusion était sans appel : Nous avouons préférer le bien-être et la santé de nos concitoyens à la satisfaction très spéciale et toute platonique dont certains amateurs de « vieux murs » et de « vieilles poteries » prétendent jouir à nos seuls dépens.

Que dire et qu’opposer à ces arguments irréfutables alliant à la fois l’hygiène et la compassion, sinon qu’une troisième voie pouvait être explorée : construire ailleurs pour reloger mieux tout en gardant et en restaurant les chefs d’œuvre antérieurement voués à la destruction… Facile à dire, mais plus délicat à mettre en application et certainement moins rentable pour les propriétaires et les « embellisseurs » !
Cette querelle, toujours prête à resurgir, a été maintes fois retrouvée pour d’autres « embellissements », non seulement à Toulouse mais aussi dans d’autres villes Françaises. Heureusement, dans le cas précité, le dénouement n’a pas tourné à l’avantage complet des « embellisseurs » puisque aujourd’hui la rue des Changes et la rue Saint-Rome, n’ont pas été « détruites » et, après avoir été dépavées, goudronnées, puis « dégoudronées » et repavées, après l’installation du très hygiénique tout-à-l’égout, conservent toujours leur caractère « pseudo-médiéval » et leur popularité certaine. Certains rêveurs pensent que c’est le côté « Vieux-Toulouse », avec ses tours capitulaires, ses mirandes et ses vieilles maisons à corondages ou massecanats, qui attire toujours les visiteurs... D’autres, plus réalistes, ont compris depuis longtemps que, comme les abeilles autour de la ruche du numéro 39, les chalands se pressent surtout autour des multiples commerces de vêtements en tout genres, chaussures, bimbeloteries, téléphonie, crêperies, pâtisseries etc. !

JACQUES FREXINOS

L'Auta sur Gallica

L'Auta a été numérisé par la BNF. Les numéro sont consultables à l'adresse :

http://gallica.bnf.fr/

L'AUTA décembre

PROCHAINES VISITE ET CONFÉRENCE

  • vendredi 8 décembre : visite de l'Hôtel de Police
  • jeudi 14 décembre : visite du 80e Salon des Méridionaux
  • Lundi 11 décembre : conférence : Toulouse et la Garonne

SOMMAIRE

  • Les petits cailloux blancs - A. Tomasin
  • Un étudiant perpignanais à Toulouse au début du XVIIIe siècle, Raymond Rovira - J.-P. Daraux
  • Mémoires des Compagnons de la Libérations à Toulouse - P. Mailhos
  • Adam Smith, l'Hôtel Dumay et le cinéma - Y. Le Pestipon
  • Généalogie d'un fondeur toulousain au XIXe siècle : Louison - B. Ollié-Guiraud
  • Les fouilles archéologiques de l'hôtel Saint-Jean de Jérusalem à Toulouse - O. Gaiffe
  • Latécoère et la "Ligne" - L. Remplon
  • Toulouse... Hier... l'ile du Ramier - J.-P. Suzzoni
  • Note de lecture - J. Frexinos
  • La mode éphémère de la faluche - J. Frexinos
  • Tables des matières - Année 2017