Vie de l'Association

Visite du musée du Pays rabastinois et de l’église Notre-Dame-du-Bourg le jeudi 14 novembre 2019


C’est un merveilleux guide, Monsieur Ahlsell de Toulza, qui nous a fait découvrir les richesses du musée de Rabastens, ville à laquelle il est intimement lié par ses origines familiales. Conservateur du musée qu’il a grandement contribué à créer et à enrichir, il a séduit les Toulousains de Toulouse auxquels il appartient depuis plus de cinquante ans, par son enthousiasme et sa grande érudition.
Il nous a fait l’historique et la description minutieuse des trésors du musée : remarquable collection de céramique du XVIIe siècle, médailles, découvertes archéologiques, dont celle d’une villa romaine presqu’aussi belle que celle de Montmaurin… et exposition de la magnifique mosaïque qui y fut trouvée, impressionnants chefs-d’œuvre de compagnons du devoir, etc…
Aux étages supérieurs de ce bel hôtel particulier, il nous a présenté une très riche collection de tableaux de maîtres : Gaudion, Boyals, Bouillères, Leonardi, Jane Atché, mais aussi de fort beaux portraits des XVIe, XVII et XVIIIe siècles dont ceux du baron de Gragnague et de Mgr Chastenet de Puységur, tous ces artistes ayant la particularité d’être nés à Rabastens ou d’y avoir vécu. La visite du musée s’est terminée par une exposition, qui sera visible encore quelques mois, consacrée à la haute couture parisienne (Dior, Balmain) dont plusieurs créateurs eurent, là également, des attaches rabastinoises (Un important fonds d’archives de ces modèles étant conservé au musé).
Dans un second temps, Monsieur de Toulza, nous conduisit à l’église Notre-Dame-du-Bourg, joyau du XIIIe siècle, dont il nous fit un passionnant historique et nous permit, par privilège spécial… de visiter le chantier de restauration du chœur où l’on tente de retrouver les peintures du XIVe siècle, masquées par des enduits et peintures du XIXe siècle. La nuit était tombée lorsque nous quittâmes à regret cette belle cité de Rabastens et ses richesses.
Michel Pujol

 

Nouvelle acquisition
Un bel instrument entré dans nos collections : le piano de Louis Deffès.
Don de Mme Anne-Marie Bourdiol-Ducasse (arrière petite-nièce de Louis Deffès)


Le piano dont nous avons fait l’acquisition a appartenu à Louis Deffès (1819-1900). Premier compositeur toulousain à obtenir le prix de Rome de composition, en 1847, Louis Deffès est l’auteur d’une quinzaine d’opéras, d’œuvres symphoniques, de musique de chambre, de musique religieuse et de quelques chorales. Mais Louis Deffès est surtout et presqu’uniquement connu comme le compositeur ayant mis en musique un poème de Lucien Mengaud devenu ainsi la Toulousaine (Toulousaino ou Tolosenca en occitan). Ce dernier, issu de la petite bourgeoisie locale, fut apprenti orfèvre à Lavaur puis travailla à Toulouse dans une bijouterie avant de devenir employé de la ville. Chantre du "Midi", il va incarner pour quelques décennies la renaissance de la poésie occitane notamment avec son recueil Rosos et Pimpanèlos (1866). Toulouse lui érigea un buste en 1852 qui fut placé en 1894 dans le jardin du Grand Rond, où il est toujours visible. Notre exposition temporaire de l’été 2018 a également rappelé qu’il eut une discrète « carrière » de peintre amateur et exposa dans les différents salons des Beaux-Arts et de l’Industrie.

De cette association naquit cet hymne de la Ville rose, autrefois connu de tous et interprété aussi bien lors de célébrations officielles que lors de fêtes populaires. Elle reste aujourd’hui la seule œuvre de Louis Deffès à avoir été enregistrée. Directeur du conservatoire de Toulouse de 1883 à 1900, il y laissa aussi son empreinte. Après son décès la municipalité de Toulouse ouvrit une souscription publique pour la réalisation d’un monument à sa gloire. Le sculpteur Abel Fabre, originaire de Blagnac, proposa un monument, dont nous exposons une maquette à côté du piano. Il présentait la forme d’un imposant tombeau avec une haute stèle verticale abritant un buste du compositeur ; tandis que sur le côté une muse au regard triste tient une lyre, une couronne de lauriers et une palme sont posées au pied de la stèle. Le monument définitif, réalisé par l’architecte Curvale et l’entreprise Gache et fils (cimetière Terre-Cabade), fut inauguré le 14 Juillet 1904 en présence du maire Honoré Serres et d’une nombreuse assistance. Il est aujourd’hui toujours visible au cimetière de Terre-Cabade (secteur 5-4 bis). Bien que très proche de la maquette d’Abel Fabre, il présente toutefois quelques petites différences : la muse est placée dos à la stèle, la couronne de lauriers est absente.

Ce piano a toujours été conservé dans la famille du célèbre compositeur. Légué à sa fille ainée Marie-Louise, c’est ensuite la fille de celle-ci, Jeannette Bourdiol, qui en a hérité. La donatrice, Anne-Marie Bourdiol-Ducasse, étant la nièce de cette dernière. Une tradition familiale, rapportée par une autre petite-fille de Louis Deffès, précise que celui-ci n’eut, à titre privé, qu’un seul piano.
Ce piano a été acquis par le compositeur auprès de la réputée manufacture parisienne d’Henri Herz (1803-1888) qui, dans le rapport de l’exposition universelle de Paris de 1867, est présentée comme une des trois plus importantes en France, avec celle de Mme Érard et celle de MM. Pleyel et Wolff. Cette manufacture a reçu de nombreuses récompenses et distinctions lors d’expositions internationales, durant la seconde moitié du XIXe siècle. Un certificat d’authenticité, placé à l’intérieur du piano, atteste de la provenance de l’instrument et précise que celui-ci est un modèle A, numéro de série 30 402. C’est le facteur toulousain Balas, installé au 15 rue du Musée, qui commercialisait les pianos de Herz à Toulouse, comme en témoigne une plaque fixée à l’intérieur.

Au sein de la salle Rozès-de-Brousse, le musée du Vieux-Toulouse expose un certain nombre d’objets évoquant le souvenir de Louis Deffès et de la plus connue de ses compositions : maquette du tombeau du compositeur, photos et portrait charge de celui-ci, édition ancienne de la partition de la Toulousaine portant un autographe et on signalera aussi un petit bas-relief en plâtre du sculpteur toulousain Dominique Fourcade, représentant Louis Deffès jouant sur un piano semblable à celui-ci (piano droit avec les piédroits courbés et deux chandeliers sur la face avant). Le musée conserve aussi un important fonds documentaire sur l’artiste, donné en grande partie par une de ses petites-filles. Cet objet a trouvé sa place au sein de ces collections en y ajoutant un instrument sur lequel le compositeur a lui-même joué. Précisons pour terminer que le clavier du piano est protégé par un tissu de soie brodée portant quelques notes et paroles de la Toulousaine…

Amandine de Pérignon et Jérôme Kerambloch