L'édito du mois

Patrimoine et mémoire

Terrain d’intervention des archéologues, sujet de prédilection favori des sociétés savantes, le patrimoine fixe concrètement les jalons de notre propre histoire. Il illustre de façon concrète l’adage, d’origine incertaine certes, mais frappé au coin du bon sens : « celui qui ne sait pas d’où il vient ne sait pas où il va ». 
La vertu du patrimoine est précisément de nous indiquer d’où nous venons. Qu’il soit matériel : les bâtiments, les objets ; ou immatériel : les pratiques culturelles et les savoirs, le patrimoine représente en effet un héritage commun que nous partageons
Aujourd’hui, sa conservation ne fait plus débat. Pourtant, transmettre le patrimoine sans le dénaturer pour lui garder sa valeur de grand témoin de l’histoire est un exercice complexe, souvent rendu plus difficile lorsque les espaces sont destinés à de nouveaux usages. Des exemple récents (la réhabilitation de la poste de Saint Aubin primée l’an dernier) montrent pourtant que les inscrire dans l’avenir est possible. 
Pour autant, la réussite d’une transmission fidèle du patrimoine ne peut se faire qu’au travers d’une étude soigneuse ! C’est cette démarche que nous avons entreprise pour notre hôtel Dumay afin de gérer son avenir, et que nous présentons dans le premier article de cet Auta.
Le souci de transmission de la mémoire s’incarne aussi dans les objets. Si le protocole de restauration obéit aux mêmes impératifs que ceux appliqués aux bâtiments sur le respect de l’authenticité notamment, la question cruciale est de retrouver ces objets lorsqu’ils ont disparu. Vols, défauts de surveillance, parfois une mise à l’abri oubliée… sont parmi les causes de disparition des objets. 
Comment ne pas être capté sur ce sujet par la recherche aussi haletante que rocambolesque d’une croix disparue d’une église dans le Muretain ? Au-delà de la valeur de cet objet, on retiendra que les efforts déployés pour le retrouver témoignent de la volonté d’une communauté de recouvrer un élément marquant de sa mémoire collective. 
Même combat, à un autre niveau mémoriel, pour la relation de la statue de Falguière, « exportée » en Allemagne lors de la deuxième guerre mondiale et retrouvée après une très longue traque dans les réserves des musées berlinois. L’œuvre a été restituée à la France et va réintégrer avec bonheur son socle d’origine. 
Je terminerai mon propos pour rappeler que notre musée est un lieu de mémoire et remercier les généreux donateurs qui enrichissent, depuis plus d’un siècle, ses collections. 

Bonne lecture


Aline Tomasin