L'édito du mois

Une rue bien nommée.

Les noms de rues sont des repères qui permettent de raconter la ville. Depuis le Moyen-Âge, elles portent des noms, liés à leur emplacement géographique ou aux corporations qu’elles abritaient. C’est le cas de la rue des Couteliers qui, depuis le Moyen-Âge, nous dit Jules Chalande, réunissait « espasiers, taillandiers, esperonniers, couteliers et razoriers ». Un ensemble de métiers, liés au travail du fer, qui formait une corporation demeurée active jusqu’au XVIIIe siècle.

L’irruption toute récente, au numéro 23 de la rue, d’un immeuble neuf vient nous rappeler avec un réalisme puissant ce passé artisanal. La présence insolite de cet immeuble dans une rue dont le nom demeure, certes, attaché à ces vieux métiers, mais qui a radicalement évolué au point d’en faire oublier l’existence, nous interpelle. D’autant que, ne l’oublions pas, nous sommes en secteur sauvegardé, zone dans laquelle toute intervention, même aussi simple que la peinture des portes ou des volets, n’est autorisée qu’à la suite d’un examen attentif.
Pour que l’immeuble baptisé opportunément « Couteliers » sur le site de l’agence (installée rue de l’Homme armé...) qui le propose à la vente ait acquis droit de cité il aura donc fallu que maître d’ouvrage et architecte présentent des arguments convaincants ! Lesquels ?
La volonté de faire un clin d’œil à la production artisanale de la coutellerie ? Si c’est le cas, le résultat est criant de vérité ! Une façade en forme de présentoir à couteaux. Verticale et… glaçante.
La nécessité pour les concepteurs de se couler dans l’emprise particulièrement étroite laissée par la disparition dans l’indifférence générale d’une des rares maisons à corondage épargnées par le grand incendie de Toulouse… ? C’est peut-être plus réaliste ; la référence à l’histoire de la rue ayant alors été un aimable et bien opportun prétexte.
Un mélange des deux qui a su rejoindre une intention de « réveiller la ville » en intégrant des signaux forts dans le paysage urbain ? Sur ce plan, le but est atteint. Le projet est en rupture totale avec l’urbanisme ambiant. La greffe prendra t’elle auprès des Toulousains? C’est une autre question.
En ce qui nous concerne, nous dirons pour conclure que la rue des Couteliers ne tire pas avantage de ce projet ni sur le plan d’une légitimité historique convoquée bien mal à propos, ni sur celui de l’insertion dans un tissu urbain qui ne demandait pas l’installation d’un totem à la gloire d’un passé historique qui peut être évoqué par bien d’autres moyens.

Aline Tomasin

L'Auta sur Gallica

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L'AUTA mars 2021

SOMMAIRE

  • Une rue bien nommée - A. Tomasin
  • Gabriel Griffon. Une symphonie picturale - A. de Pérignon
  • Le Dr Volf Bergraser : grand maître international d'échecs français - A. Carrère Fourtine
  • Plume et ciseau : un sculpteur peut aussi avoir des lettres... Falguière et l'écrit - Ph. Laporte
  • L'incroyable épopée du saint-simonisme et ses conséquences toulousaines - J. Fexinos
  • Sylvestre Clerc ( 1892-1965) : apôtre de la Paix - S. Vinel
  • In Memoriam Lucien Remplon
  • In Memoriam Gérard Villeval